
- Mulanje (Malawi), le 28 avril 2009
- Récolte de thé ©Abbie Trayler-Smith
- 2% de la population mondiale détient la moitié de la richesse mondiale.
- L’Europe et la Russie produisent 32 % de la richesse mondiale ; l’Afrique, 2,3 %.
- Plus d’un milliard de personnes dans le monde - soit près d’un individu sur sept - souffrent de la faim. Les trois quarts sont des paysans.
- Dans 83 pays pauvres, 3% des propriétaires possèdent ou contrôlent les quatre cinquième des terres.
- Aujourd’hui, 1,4 milliard d’humains vivent avec moins de 2 dollars par jour, tandis que 120 personnes possèdent à elles seules plus de 475 milliards de dollars.
Le modèle économique actuel, qui repose sur l’ouverture et la dérégulation des marchés agricoles et industriels, conduit à une répartition inéquitable des richesses entre les pays et à l’accroissement vertigineux des disparités entre riches et pauvres. Les crises alimentaires et économiques mondiales, qui touchent durement les pays et les populations les plus pauvres, ont encore une fois montré la faillite de ce modèle, en accroissant durablement la pauvreté et les inégalités. En 2009, 200 millions de personnes supplémentaires sont tombées dans la pauvreté et plus d’1 milliard de personnes souffrent de la faim, contre 850 millions en 2008.
Les règles internationales favorisent les pays riches
Les négociations commerciales multilatérales qui se déroulent à l’OMC et les accords commerciaux régionaux définissent aujourd’hui les conditions de développement de demain pour les pays les plus pauvres de la planète. Ils prescrivent la libéralisation du commerce des biens agricoles et industriels, des services (d’éducation ou de santé, aux services bancaires et d’assurance), définissent les règles de propriété intellectuelle, les conditions d’investissement des entreprises étrangères, ou encore les règles de concurrence. Alors que le commerce génère une importante richesse et a un potentiel pour réduire la pauvreté, son fonctionnement actuel prive des millions d’agriculteurs et de producteurs des pays du Sud de conditions de vie décentes. Les règles commerciales internationales favorisent les intérêts des pays riches et de leurs entreprises, sans prendre en compte les besoins et les spécificités des pays en développement.
Un secteur stratégique, face aux défis de la faim et de la pauvreté
L’agriculture est un secteur stratégique tant pour l’économie et l’emploi que pour la sécurité alimentaire des populations et la réduction de la pauvreté. Les trois quarts des populations pauvres dans le monde vivent en milieu rural, et la majorité dépendent directement de l’agriculture pour vivre. Pourtant, 80% des personnes qui souffrent de la faim dans le monde sont des paysans, des ouvriers agricoles, ou dépendent de la forêt ou de la pêche artisanale pour vivre.
Les décennies d’ajustement structurel dans les pays du Sud ont favorisé un modèle agricole dirigé vers l’exportation de matière première (café, cacao, coton, etc.) au détriment de politiques agricoles permettant de nourrir les populations. Les petits agriculteurs ont été marginalisés des investissements publics et de l’aide publique au développement et voient leurs productions concurrencées par les produits subventionnés des pays du Nord. En conséquence, 31 pays connaissent des situations d’urgence alimentaire en 2009, et les réponses apportées par la communauté internationale ne permettent pas de s’attaquer aux causes structurelles. La hausse brutale des prix alimentaires en 2008 a exposé les limites d’un système reposant sur l’importation pour nourrir les populations des pays du Sud et appelle un retour de politiques agricoles et commerciales permettant de répondre aux défis de la faim et de la pauvreté.
Les ressources agricoles (terre, eau, biomasse, semence et engrais) sont devenues des ressources stratégiques. Les Nations unies estiment plus de 30 millions d’hectares de terres ont été achetés ou loués par des capitaux étrangers (pays émergeants ou capitaux privés) sur les trois dernières années. Ces investissements ont été largement encouragés par les politiques énergétiques européennes et américaines, qui reposent sur l’importation d’agrocarburants et de biomasse pour atteindre leurs objectifs. Face aux multinationales et aux fonds d’investissement, les petits producteurs des pays du Sud peinent à faire valoir leurs droits sur les ressources productives comme la terre et l’eau. Les petits agriculteurs et notamment les femmes, qui produisent l’essentiel de l’alimentation des populations, doivent également adapter leurs pratiques agricoles aux changements climatiques qui les touchent dès aujourd’hui. L’agriculture est au cœur de la protection des ressources naturelles et de la biodiversité, qui sont devenus des éléments cruciaux des négociations climatiques.
Dans ce contexte, Oxfam France défend :
- une régulation plus importante des marchés en faveur des populations les plus pauvres. Qu’il s’agisse des produits agricoles, des biens industriels ou des services, les règles du commerce mondial doivent être jugées sur leur contribution à la réduction de la pauvreté, leur respect des droits de l’homme, et leur durabilité écologique ;
- la mise en œuvre de politiques agricoles et alimentaires, commerciales et climatiques au Nord et au Sud qui soient cohérentes et permettant de répondre aux enjeux de la faim et de la pauvreté dans les pays du Sud, ainsi qu’aux nouveaux défis posés par les changements climatiques. Les pays du Sud doivent pouvoir disposer des marges de manœuvres suffisantes pour développer leurs propres politiques, appuyées par des ressources financières suffisantes et coordonnées de la part de la communauté internationale ;
- une régulation plus importante des entreprises multinationales, des acteurs financiers et des fonds d’investissement afin qu’elles respectent les droits de l’homme et notamment le droit à l’alimentation











