Fiche 1 : Acteurs ici et là-bas, respectons leurs droits !
Les cibles
Cette campagne invitera les citoyens à demander :
Au président de la République et au ministre des Affaires étrangères :
- d’engager au plus vite le processus de ratification de la Convention des Nations unies sur les droits des travailleurs migrants ;
- de cesser de conditionner la coopération avec les Etats tiers à la mise en œuvre de clauses migratoires.
Au commissaire européen en charge de la Justice et des Affaires intérieures :
- d’inciter tous les Etats de l’Union européenne (y compris les futurs Etats membres) à ratifier la Convention des Nations unies sur les droits des travailleurs migrants ;
- de cesser de conditionner la coopération avec les Etats tiers à la mise en œuvre de clauses migratoires.
Les partenaires
Cette campagne d’opinion publique est lancée par Agir ici en partenariat avec la Cimade, le Gisti et la Ligue des Droits de l’Homme. Elle est soutenue, en France, par 32 associations et 5 syndicats.
Une mobilisation globale
En France
Parce que la campagne "Acteurs ici et là-bas, respectons leurs droits !" cherche avant tout à sensibiliser le public à la question des migrants, de nombreuses mobilisations seront organisées dans le cadre de la semaine d’actions contre le racisme, qui se tient du 17 au 23 mars. Dans ce même but, notre action sera prolongée dès septembre 2004, par une grande campagne de sensibilisation au développement principalement à destination des jeunes et notamment des lycéens : "Demain le monde… les migrations internationales et le développement".
Pour en savoir plus : www.inforacisme.com / www.globenet.org/demain-le-monde/
Au niveau international
Enfin, cette campagne s’insère également dans le cadre plus général d’une campagne mondiale en faveur de la ratification de la Convention des Nations unies sur les droits des travailleurs migrants. Notre action se fait l’écho, au niveau français, de cette mobilisation pour que la convention devienne un outil véritablement universel dans le sens où elle pose des normes minimales de protection qui doivent être reconnues par tous. Notre objectif principal vise à ce que cette convention soit ratifiée par le plus grand nombre d’Etats.
Pour en savoir plus : www.migrantsrights.org
Fiche 2 : Les migrants, acteurs des sociétés et du monde
Il est impossible de réfléchir au développement et au système mondial en dehors des flux migratoires. Ceux qui partent le font rarement volontiers. Peu d’entre eux sont attirés par les pays riches ; ils vont où ils peuvent et l’écrasante majorité des flux migratoires sont des flux Sud/Sud. Ils partent pour des raisons diverses, réfugiés chassés par les guerres et les conflits, les catastrophes ; émigrés économiques à la recherche de moyens de survie pour eux ou pour leur village. La modernité imposée, accélérée par la mondialisation bouleverse les sociétés et les déséquilibres alimentent les flux migratoires. Le rapport entre émigration et développement est complexe ; dans une première phase, le développement accentue l’émigration et c’est bien longtemps après que les flux se tarissent, voire s’inversent.
Dès leur arrivée, les migrants font de la coopération et contribuent au développement de leur région d’origine. La coopération des migrants s’inscrit dans une conception endogène du développement. Elle concerne au premier chef le développement local, la mobilisation de l’épargne domestique, la création de services locaux de proximité dans des villages et des quartiers, l’élévation du niveau de qualification et d’ouverture des groupes locaux. Certes, les difficultés et les contre-effets ne manquent pas (gaspillage de ressources, détournements d’objectifs et de moyens, etc.), mais ils peuvent être corrigés et n’empêchent pas l’intérêt majeur de la direction indiquée : des actions correspondant à une demande populaire et à la mobilisation des dynamiques internes. C’est une réponse au développement à l’échelle mondiale, révélée par la place des flux migratoires, mettant en avant le développement à la base et la participation.
Les modalités de coopération mises en place par les migrants prennent différentes formes qu’il faut rendre visibles. Au niveau macroéconomique, les flux financiers des migrants sont du même ordre de grandeur que l’Aide Publique au Développement ; environ 8 milliards d’euros pour la France. Les conséquences pour les revenus des ménages et la balance des paiements des pays d’origine sont considérables. Les projets soutenus par les migrants correspondent à une demande locale et à des besoins de proximité. Enfin et surtout, les flux arrivent directement à la base, dans les ménages les plus pauvres, avec un minimum de « dérivation ».
Les migrants sont un vecteur stratégique et privilégié de la sensibilisation des sociétés à la solidarité internationale, en France, en Europe et dans les pays d’origine. Les enjeux sont multiples. Permettre à une partie importante de la population française et vivant en France de s’investir activement dans des actions de solidarité internationale, le reconnaître et développer les canaux de cette implication, c’est renforcer un des meilleurs moyens de la dignité et de l’intégration. S’appuyer sur la richesse et la diversité des habitants et des citoyens en France, c’est ancrer la solidarité internationale dans la réalité des quartiers, des communes et des régions, c’est construire un niveau supérieur d’identité et d’unité en France, c’est ouvrir la France au monde. Enfin, la coopération des migrants illustre de mille façons l’intérêt et le rôle stratégique du partenariat entre des groupes et des associations, objectif et moyen de la coopération entre les sociétés comme alternative à un système international fondé sur la domination.
Les migrants sont aussi les acteurs du développement dans les pays d’accueil. Inutile de rappeler ici la contribution du travail des migrants à la richesse des sociétés qui les accueillent. Mais, ils sont bien mal récompensés. Après les avoir exploités, il s’agit de les marginaliser, voire de s’en débarrasser. Les migrants occupent aujourd’hui, dans l’imaginaire des sociétés mondialisées, la place des « classes laborieuses, classes dangereuses », réservée, il y a quelques décennies, au prolétariat. La mise au ban des migrants et des étrangers fait partie d’une politique de précarisation généralisée. Celle-ci, dans le cours actuel de la mondialisation, repose sur deux fondements : les inégalités sociales et les discriminations, les inégalités entre pays et la domination du Sud par le Nord. Les migrants sont au cœur de ces deux questions.
Extrait d’un article écrit par Gustave Massiah, Président du CRID, en novembre 2003 pour la Cimade à l’occasion de la journée internationale des migrants.
L’article intégral est consultable sur www.cimade.org
Fiche 3 : Les migrations internationales en chiffres
Au début du XXIème siècle, on constate qu’un habitant de la planète sur 35 est un migrant international. Le nombre total de migrant est estimé à 175 millions de personnes (3 % de la population mondiale). Au cours des 35 dernières années, le nombre de migrants internationaux a plus que doublé.
- 40 % des migrants vivent dans des pays en développement.
- Un immigré sur 5 vit aux Etats-Unis.
- L’Afrique a perdu le tiers de ses cadres et professions libérales au cours des dernières décennies.
Sources : Cimade, IOM (International Organization for Migration)
Rapatriement de fonds par les migrants
En 1999, dans le monde, les transferts issus de l’émigration représentent plus de cent milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB de l’Iran ou du Portugal. Les deux tiers de ces transferts concernent les pays en développement et, parmi eux, l’Asie est de loin le premier concerné. Ces apports monétaires constituent pour beaucoup de pays les premières sources de devises, apport essentiel à l’économie nationale notamment pour le Mali, les Philippines, le Maroc ou Haïti.
NB : Malgré tout, en raison de leur caractère fréquemment informel, le volume total des transferts de fonds est souvent difficile à déterminer.
Cas des dix plus grands pays de destination et pourcentage du PIB de quelques pays (2001)
| Pays | Milliards de US$ | Pourcentage du PIB |
|---|---|---|
| Inde | 10 | |
| Mexique | 9,9 | 1,5 % |
| Philippines | 6,4 | 8,9 % |
| Maroc | 3,3 | 9,7 % |
| Egypte | 2,9 | |
| Turquie | 2,8 | |
| Liban | 2,3 | 13,8 % |
| Bangladesh | 2,1 | |
| Jordanie | 2 | 22,8 % |
| République dominicaine | 2 | 9,3 % |
Décryptage : Les migrants d’origine jordanienne envoient 2 millions de $ à leur pays d’origine, ce qui représente 22,8% du PIB !
Sources: Banque mondiale, Global Development Finance 2003, Cimade
Fiche 4 : La Convention internationale sur la protection des droits des migrants : une alternative à promouvoir
Cette convention est essentielle dans le sens où, si elle ne concerne expressément que les travailleurs migrants, la ratification et l’application de ses dispositions garantiraient en fait aussi la protection des migrants. En effet, la définition donnée ici de manière internationale à la notion de « travailleurs migrants » prend en compte les personnes qui vont exercer une activité, qui travaillent ou qui en ont exercée une.
Une nécessité
Les migrations constituent un phénomène mondial et dynamique dont l’ampleur a augmenté de manière significative depuis la deuxième Guerre mondiale. Elles affectent ainsi beaucoup plus d’Etats-nations que par le passé, soit comme pays d’origine, soit comme pays d’accueil (parfois aux deux titres), soit comme pays de transit. Enfin, les migrants jouent un rôle important dans l’économie mondiale et leur présence permet d’influer sur nombre de questions politiques, sociales, économiques ou éthiques…
Pourtant, les travailleurs migrants restent en grande partie un groupe non protégé par la communauté internationale. Ces derniers et leurs familles n’ont généralement que des droits limités dans l’Etat où ils ont leur emploi et dont ils ne sont pas ressortissants. Sans défense et particulièrement vulnérables à l’exploitation, ils sont souvent privés de protection légale parce qu’ignorés par la législation nationale.
Les points forts de la Convention internationale
- 1- Elle donne pour la première fois une définition internationale de l’expression travailleurs migrants, définition large qui permet de prendre en compte tous les migrants.
- 2- Elle réaffirme les droits humains fondamentaux à tous les travailleurs migrants ainsi qu’aux membres de leur famille qu’ils soient ou non pourvus de papiers. Elle les considère comme des personnes vulnérables dont les droits fondamentaux doivent être protégés et qui ont le droit de les exercer. Le regroupement familial est ainsi réaffirmé.
- 3- Elle établit le principe de l’égalité de traitement avec les nationaux dans un certain nombre de domaines tels que la justice et les tribunaux et dans toutes les actions d’accès aux droits, à la santé, à l’éducation.
- 4- Elle cherche à protéger les travailleurs migrants et les membres de leur famille des mesures d’expulsion collective.
- 5- Elle invite les Etats d’origine comme ceux d’accueil et de transit à assumer leurs responsabilités afin de protéger les droits humains.
- 6- Enfin, elle met en place un système de contrôle de la bonne application de ces dispositions.
Objectif : changer les mentalités
La Convention vise à établir des normes minimales de protection des droits juridiques, politiques, économiques, civiles, sociaux et culturels pour les travailleurs migrants et les membres de leur famille qui soient universellement reconnues.
Instrument international actuellement le plus complet concernant la protection des travailleurs migrants, il a été ratifié par 25 Etats , principalement du Sud. Pousser les Etats du Nord a faire de même est l’un des principaux objectifs des organisations qui travaillent sur ce sujet. Ce n’est qu’une fois qu’un panel large de pays d’émigration et d’accueil aura ratifié la Convention qu’elle pourra jouer un rôle important pour convaincre les Etats non parties et faire peu à peu évoluer la situation de déshumanisation des travailleurs migrants, respecter leur dignité mais aussi faire évoluer les mentalités et l’image portée sur les migrants.
Sources : Migrants Rights International, Conseil œcuménique des Eglises
Fiche 5 : Les saisonniers de l’exploitation !
L’utilisation de la main d’œuvre étrangère dans le secteur agricole est ancienne. Avant les années 70, les travailleurs saisonniers provenaient principalement de la péninsule ibérique. Depuis, ils viennent des pays du Sud et de l’Est.
Les travailleurs saisonniers agricoles étrangers représentent environ 470 000 personnes en Europe. L’exploitation de ces ouvriers agricoles pour la récolte des fruits, des légumes et des fleurs est un phénomène que l’on trouve en effet partout en Europe (en Andalousie, dans les Bouches-du-Rhône, au Royaume-Uni, en Italie, en Flandres, aux Pays-Bas, en Allemagne, etc.). Il répond aux conditions du modèle de production de plus en plus intensif imposé aux agriculteurs par les grandes chaînes de distribution. Dans ce secteur peu mécanisé, les producteurs sont soumis à des contraintes de sous-traitants industriels et cherchent à employer, pour très peu de temps et en grande quantité, une main d’œuvre bon marché mobilisable sur-le-champ. D’où le recours à une immigration illégale mais aussi à une immigration légale forcée d’accepter un rythme infernal.
Un modèle économique de production agricole générateur d’exploitation « L’employeur doit avoir constamment sous la main une quantité de main d’œuvre telle qu’il puisse faire sa récolte quelles que soient les circonstances climatiques ou économiques (…) Il faut une armée de réserve d’ouvriers agricoles, comme une espèce d’assurance tous risques face à cette question de la récole. »
Jean-Pierre Berlan, Institut National de Recherche Agronomique- « Le goût amer de nos fruits et légumes », Forum civique européen
Des emplois de plus en plus précaires
Le salaire horaire brut moyen pour la cueillette de légumes va de 3 € au Portugal à 14,5 € au Danemark. La France se situe à 7,5 €.
A El Ejido, le salaire minimal des travailleurs agricoles devrait être de 36€ par jour. Malheureusement, les agriculteurs ne respectent pas les normes et la moyenne aujourd’hui tourne autour des 26€ par jour. Avec ces heures supplémentaires non payées.
Les saisonniers étrangers, à fortiori quand ils sont non déclarés, acceptent des conditions plus précaires et des salaires plus bas. Cette évolution tire vers le bas les normes sociales et les conditions de travail pour tous les salariés du secteur, des étrangers sans papiers aux étrangers en situation de séjour précaire jusqu’à tous les travailleurs saisonniers étrangers ou nationaux.
L’essor des entreprises d’intérim contribue à la précarisation croissante des saisonniers. Sociétés privées spécialisées dans le recrutement de travailleurs agricoles, elles présentent de nombreux avantages pour le maraîcher : il n’a pas à se soucier de trouver du personnel lui-même, il lui suffit de passer commande ! Pas de logement à fournir non plus et si un contrôle démontre que des ouvriers sont sans papiers, il ne peut être mis en cause puisqu’il n’est pas l’employeur…
Un modèle économique fonctionnant aussi sur le racisme
En Andalousie, la municipalité d’El Ejido mène une politique délibéré de ségrégation. Cette situation entretenue par des brimades et des provocations « diffère de l’apartheid sud-africain uniquement parce qu’elle n’est pas sanctionnée par la législation. Les pratiques locales de ségrégation sont le reflet d’une politique qui tâche de combiner importation de main-d’œuvre avec le déni des droits des travailleurs immigrés »
Emma Martin Diaz, professeur à l’Université de Séville, « Le goût amer de nos fruits et légumes », Forum civique européen
Dans la nécessaire mobilisation tant de l’immigration clandestine qu’officielle, « le racisme joue un rôle absolument structurant. Il est nécessaire de scinder le marché du travail par des méthodes diverses, dont le racisme »
Jean-Pierre Berlan, Institut National de Recherche Agronomique- « Le goût amer de nos fruits et légumes », Forum civique européen
Le contrat OMI : la légalisation des discriminations – le prototype d’un modèle d’exploitation en voie d’extension ?
En France existe l’un des plus anciens statuts de travail saisonnier agricole en Europe : les contrats OMI pour des Marocains, Polonais et Tunisiens. Des contrats semblables existent aujourd’hui dans d’autres pays européens.
Le contrat OMI institutionnalise la précarité à travers des discriminations légales et l’encouragement des pratiques illégales. Alors que même un "sans-papier" présent en France depuis plus de dix ans peut être régularisé, un ouvrier sous contrat OMI huit mois par an pendant vingt-cinq ans ne peut prétendre à aucun titre de séjour. En matière de droit du travail, alors qu’il s’agit de fait d’un CDD au rabais renouvelé indéfiniment, le travailleur ne peut jamais bénéficier des droits accordés aux détenteurs de CDD comme la prime de précarité ou encore la priorité de réembauche. Alors même qu’il cotise comme les autres, il ne peut prétendre à des prestations de chômage.
Surtout, précaire et renouvelable d’une année sur l’autre sur la seule volonté de l’employeur, le contrat OMI place le saisonnier dans la position de devoir accepter toutes les exigences de l’employeur, d’où de très nombreuses pratiques illégales, de fait largement tolérées par les pouvoirs publics : non-respect du droit du travail (dépassement d’horaires, pas de repos hebdomadaire, obligation de faire des heures supplémentaires non déclarées et sous payées, travail dangereux…), non déclaration et/ou non reconnaissance des accidents du travail, non-respect des obligations de l’employeur en matière de logement (insalubrité, surpeuplement). A ces pratiques illégales, s’ajoutent des refus illégaux du maintien de la couverture sociale à l’expiration du contrat.
Ces contrats sont une véritable incitation aux pires formes d’exploitation et par contagion, ils ont d’ailleurs des effets sur tous les autres salariés employés dans l’agriculture qui se voient peu à peu contraints de devoir s’aligner sur les salaires et les conditions de travail imposés aux saisonniers sous contrat OMI.
Le nombre de contrat OMI a quasiment doublé depuis quelques années. La moitié sont aux services des agriculteurs des Bouches-du-Rhône.
Sources : Mémorandum du « Collectif de défense des travailleurs étrangers dans l’agriculture provençale », janvier 2003 (codetras@espace.asso.fr / forumcivique.europe@wanadoo.fr) "Le goût amer de nos fruits et légumes. L’exploitation des migrants dans l’agriculture intensive en Europe", Forum civique européen, mars 2002, 131 pages (forumcivique.europe@wanadoo.fr)
Fiche 6 : Clauses migratoires : les cas de la Roumanie et du Maroc
En réduisant progressivement les contrôles internes à l’Espace Schengen, l’Union européenne exerce donc un contrôle de plus en plus fort sur ses frontières extérieures. A cette fin, elle contraint les pays du Sud et de l’Est à participer à cet effort de contrôle des frontières et de gestion des flux migratoires en instaurant une logique du donnant-donnant. Les clauses migratoires sont devenues un enjeu fondamental des rapports entre l’Europe et les pays tiers : présentes dans les partenariats économiques, elles conditionnent ainsi l’aide accordée au titre du développement à la mise en place d’actions concrètes de contrôle des frontières et de gestion des flux migratoires de la part des pays de départ et de transit. Le contrôle migratoire est un thème récurrent des rencontres de l’UE avec les pays tiers, renforçant ainsi les mesures existant au niveau bilatéral. Preuve en est la communication de la Commission européenne en décembre 2002 sur les questions des migrations dans les relations extérieures de l’Union : les propos sont alors explicites.
Contraintes et déséquilibres dans les pays de l’Est et du Sud
Les clauses migratoires au niveau communautaire concernent aujourd’hui la Méditerranée , l’Afrique , l’Europe centrale et l’Asie centrale . Des négociations sont en cours avec l’Amérique latine et l’Asie. Cette politique permet à l’UE de confier la gestion de ses frontières à des pays plus faibles démocratiquement et où les autorités étatiques peuvent agir sans avoir de compte à rendre… Ainsi l’Europe préserve-t-elle, de façade, le respect des droits fondamentaux en repoussant à l’extérieur de ses frontières des pratiques qui y sont contraires.
Transformés bien souvent en pays d’accueil par défaut, les pays tiers doivent ainsi faire face à de nombreuses difficultés : modification des législations nationales pour répondre aux pressions de l’UE , création de lieux de détention, stigmatisation des populations migrantes, négation du migrant en tant qu’acteur de développement… Les pays du Sud ont du mal à résister à la pression européenne . L’argent du développement se voit déjà utilisé pour la gestion des populations « devenues indésirables », et les bienfaits des migrations sur le développement des pays d’origine tout simplement oubliés.
La Roumanie
Bien que la Roumanie ait obtenu depuis le 1er janvier 2002 le droit de circuler librement sans visa dans l’espace Schengen, les conditions sont très restrictives : séjour de trois mois maximum et garantir des ressources financières équivalentes à 100 € par jour (soit 9000 €). Aujourd’hui, les Roumains présents en Europe sont le plus souvent expulsés pour ressources insuffisantes, mais leur expulsion signifie également confiscation de leur passeport par leurs propres autorités pour une durée de 5 ans.
De plus, la Roumanie doit, pour entrer dans l’Union, commencer à créer une frontière sûre à l’Est. Aussi la récente loi roumaine du 2 avril 2001 relative au régime des étrangers ainsi que la loi sur le régime juridique des frontières prévoient, entre autre, le renforcement des mesures contre l’immigration clandestine et l’instauration de visas pour les Russes, Moldaves et Ukrainiens qui n’en avaient pas besoin avant.
Le Maroc
De manière identique, le Maroc subit de multiples pressions de l’UE et de ses Etats membres. La coopération économique avec ce pays est déjà fortement conditionnée par des clauses migratoires : coopération policière et judiciaire axée sur l’immigration illégale. L’UE cherche à contraindre par tous les moyens le Maroc à conclure un accord de réadmission des migrants illégaux ayant transité par le Maroc avant de rejoindre l’Europe. Mais le sort attendu des migrants venus principalement d’Afrique sub-saharienne est particulièrement précaire, habitant dans les bois, se cachant des autorités. Le Maroc a également changé sa législation nationale le 16 janvier 2003 sur l’entrée et le séjour des étrangers et sur l’immigration clandestine, jouant bien évidemment le jeu de l’Europe. Des peines de prisons pour les immigrés entrés clandestinement au Maroc sont prévues, ainsi que pour toute personne étrangère ou marocaine tentant d’émigrer clandestinement du pays. Non seulement la délivrance des titres de séjour pour les étrangers sera plus restreinte, mais la mise en place de leur rétention est prévue – largement inspirée du modèle français – et avec une possibilité très limitée aux recours… Enfin, le Maroc a expulsé plus de 400 Nigérians par charters en vertu d’un accord de réadmission signé avec le Nigeria en décembre 2003 … loin des engagements internationaux en matière de droit d’asile.
Fiche 7 : Camps d’étrangers en Europe
Migreurop, Pour plus d’infos
Les camps d’étrangers : une réalité multiforme
Le terme de "camp" évoque un lieu fermé, géographiquement identifié, et dévolu au placement d’indésirables. Selon cette acception l’Union Européenne abrite des centaines de camps d’étrangers, des centres de rétention français aux îles grecques improvisées en camps au gré des naufrages et des arraisonnements d’embarcations convoyant des migrants dans l’Adriatique. Ces camps ce sont aussi ces zones tampons entre l’UE et les régions d’origine des migrants qu’on trouve notamment au Maroc, en Espagne (enclaves de Ceuta et Melilla, Iles Canaries) ou en Ukraine et où sont retenus au mépris de leurs droits fondamentaux les migrants dont le seul crime est de faire route vers l’Europe.
S’en tenir à cette définition stricte du camp aurait pour effet d’occulter une large part de la réalité. Les camps ce sont aussi l’ensemble des lieux de mise à distance des étrangers. Les formes que celle-ci peut prendre, sont multiples et parfois très éloignées de celle du "camp avec barbelés". Ainsi certains centres « ouverts » d’accueil, de transit ou d’hébergement ont une vocation apparente – apporter une assistance et un toit – qui masque mal le fait que leurs occupants, migrants et demandeurs d’asile, ne disposent en général d’autre choix que de s’y trouver. C’est le cas en Allemagne et en Belgique où le versement d’une allocation de survie et l’instruction des demandes d’asile sont subordonnés à la condition que les réfugiés acceptent d’être placés dans des centres d’accueil non choisis.
Sangatte, centre ouvert qui faisait office de sas vers la Grande-Bretagne, trouve aussi sa place dans cette typologie. Une des fonctions du centre géré par la Croix-Rouge était la mise à l’écart, tant physique que juridique, de ces étrangers qui auraient pu prétendre à l’asile s’ils avaient été informés de leurs droits. La fermeture de Sangatte, n’a pas pour autant mis fin à cette logique : le harcèlement policier et l’obligation d’invisibilité peuvent tout autant que des barreaux contribuer à enfermer les étrangers dans des lieux de relégation .
Les camps d’étrangers : stade ultime de la politique de migrations et d’asile de l’UE.
Cette logique de mise à l’écart des étrangers est la conséquence de politiques nationales et communautaires qui depuis plus d’une décennie visent un seul et même objectif : la criminalisation d’un droit fondamental rappelé par la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée par l’ONU en 1948, le droit de circuler librement. Aujourd’hui c’est même le droit d’asile qui est remis en cause, les demandeurs d’asile étant systématiquement suspectés du délit de "fausses persécutions".
Devant les réactions des associations de défense des droits des étrangers, et pour éviter d’avoir à organiser eux-mêmes la police des frontières et la logistique de l’enfermement des demandeurs d’asile, certains Etats membres essaient d’organiser la sous-traitance de ce contrôle des migrants à des Etats-tiers. La Grande-Bretagne souhaiterait ainsi que les Somaliens demandeurs d’asile soient regroupés dans un pays du sud de l’Afrique. Dans le même temps, les pays limitrophes de l’UE se voient imposer la prise en charge des étrangers qui passent ou sont passés par leur territoire (même en simple transit !). Le Maroc vient ainsi de recevoir son premier charter de migrants subsahariens arrêtés sur le territoire espagnol. Ultime avatar des pressions de l’UE sur les pays avec lesquels elle signe des accords de coopération, ces personnes sont appelées, au mépris de tout droit, à être enfermé, dans l’attente d’un hypothétique retour, dans des camps au sud du royaume chérifien.














