Pourquoi cette campagne ?
Ne laissons pas 50 ans de lutte contre la pauvreté partir en fumée ! Sans action forte et rapide de la communauté internationale, et en particulier de la France, lors de la conférence de l’ONU sur le climat en décembre 2009, les progrès accomplis depuis cinquante ans en faveur du développement seront menacés. Aux côtés de dix autres ONG françaises, Oxfam France est signataire de l’appel « L’Ultimatum climatique » qui demande à Nicolas Sarkozy de s’engager en faveur d’un accord historique à Copenhague. Objectif : 1 million de signatures pour le climat !
Dans le cadre de cette coalition, Oxfam France lance pour la première fois une campagne pour attirer l’attention sur les enjeux des dérèglements climatiques pour les pays du Sud. Ceux-ci font d’ores et déjà des millions de victimes et affectent directement le travail que nous menons dans les domaines de la santé, de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et de la prévention des conflits. Catastrophes naturelles, pénuries d’eau, sécheresses, maladies : le changement climatique est une réalité dont les effets sont déjà visibles pour des millions de personnes à travers le monde, essentiellement dans les pays pauvres.
Malgré la signature de traités internationaux tels que le protocole de Kyoto, la planète se réchauffe au-delà du seuil de variabilité naturelle du climat. Si nous ne faisons rien, ce réchauffement pourrait atteindre 4 °C d’ici à 2100. Les conséquences sociales et écologiques seront irréversibles. La conférence de l’ONU sur le climat organisée à Copenhague en décembre 2009 réunira les chefs d’état et de gouvernement de 192 pays pour une occasion historique de changer la donne. L’objectif : répondre à l’urgence de la situation et aux nouvelles données scientifiques, avec comme ultime priorité de maintenir l’augmentation de la température mondiale sous la barre des 2 °C par rapport à 1850, en s’accordant sur des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) résultant de l’activité humaine.
Les pays riches, pollueurs historiques et principaux émetteurs de GES, portent une double responsabilité : celle de cesser de nuire, en réduisant dès maintenant et drastiquement leurs émissions ; celle d’aider les pays pauvres, en finançant les coûts auxquels ceux-ci doivent déjà faire face pour s’adapter aux conséquences du changement climatique et limiter leurs propres émissions. Les pays industrialisés doivent admettre la profonde injustice au coeur du changement climatique : les populations les plus vulnérables du monde sont les principales victimes du réchauffement de la planète, alors qu’elles en sont les moins responsables et ne disposent pas des moyens techniques, humains et financiers pour s’y adapter. Ils doivent reconnaître et prendre leurs responsabilités à l’égard de ces pays pour lesquels le changement climatique est un fardeau supplémentaire dans la lutte contre la pauvreté.
La France doit prendre la tête de ce combat, au niveau mondial, européen et national. C’est pourquoi, à travers cette campagne, nous avons interpellé le président de la République, Nicolas Sarkozy, le ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, ainsi que les députés français afin qu’ils se saisissent de l’urgence de la situation et mettent tout en oeuvre pour honorer notre « dette écologique » envers les pays pauvres.
Le véritable coût du changement climatique ne se mesurera pas en euros, mais en vies humaines. Le compte à rebours a commencé.
Le réchauffement de la planète
La communauté scientifique s’alarme de l’augmentation continue de la concentration de gaz à effet de serre (GES) qui, en retenant la chaleur, provoque un réchauffement de l’atmosphère et dérègle le climat. Les conséquences sont d’ores et déjà observables : fonte généralisée des glaciers, élévation du niveau des océans, augmentation du nombre de catastrophes météorologiques extrêmes (canicules, inondations, cyclones…), bouleversement des écosystèmes.
Si nous n’agissons pas immédiatement, l’augmentation globale des températures moyennes pourrait atteindre 4 °C d’ici à 2100, voire plus, avec des conséquences irréversibles. L’objectif actuel, et jugé « économiquement acceptable » par la plupart des pays, est donc de maintenir le réchauffement planétaire sous le seuil des 2°C, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre résultant de l’activité humaine.
Cependant, même si les dirigeants du monde entier parviennent, lors de la conférence de Copenhague, à s’accorder sur cet objectif, quelque 660 millions de personnes souffriront des conséquences irrémédiables du réchauffement d’ici à 2030. Et c’est au niveau des tropiques, où vit la majorité de la population mondiale et parmi elle une grande partie des communautés les plus pauvres, que les impacts seront les plus dévastateurs.
L’expérience du réseau Oxfam dans près de 100 pays permet de dresser un constat sans appel : des centaines de millions de personnes parmi les plus vulnérables au monde souffrent déjà des conséquences du changement climatique. Si rien n’est fait pour l’enrayer, ce sont cinquante ans d’efforts en matière de développement et de lutte contre la pauvreté qui partiront en fumée.
Pauvreté et inégalités : le coût humain du changement climatique
Chaque année, 250 millions de personnes en moyenne sont touchées par les catastrophes naturelles. D’ici à 2015, ce nombre pourrait augmenter de plus de 50 % pour atteindre plus de 375 millions de personnes, tandis que d’ici à 2050, plus de 200 millions de personnes pourraient être contraintes à l’exil, poussées par la faim, la dégradation de l’environnement et la perte des terres cultivables. Toute une série de menaces auxquelles s’ajoutent la diffusion des maladies, la pénurie d’eau et les risques de conflits…
- Multiplication des famines : À court terme, l’un des impacts les plus ravageurs du changement climatique sur l’humanité sera vraisemblablement la multiplication des famines. Dans les pays en développement, plus de 70 % des personnes dépendent de l’agriculture pour vivre. Avec le dérèglement des saisons, la dégradation des terres et la multiplication des récoltes déficitaires, des millions de personnes vivant dans des pays déjà confrontés à des problèmes de sécurité alimentaire devront abandonner les cultures et les méthodes agricoles traditionnelles. Selon les prévisions les plus optimistes, entre 740 millions et 1,3 milliard de personnes seront victimes de famine chronique d’ici 2080, tandis que 3,2 milliards, soit un tiers de la population mondiale, manqueront d’eau.
- Menace sur la santé : Tandis que le climat altère déjà des formes de maladies ou de pathologies à l’échelle de la planète, des maladies qui sont longtemps restées confinées dans certaines zones géographiques commencent à migrer et entrent en contact avec de nouvelles populations non immunisées contre elles. Selon les conclusions de l’OMS, la santé de 235 millions de personnes est déjà affectée chaque année par le changement climatique. Les estimations concernant le nombre de décès annuel est estimé à 150 000, dont 85 % d’enfants. Les pathologies les plus fréquentes sont le paludisme, les maladies diarrhéiques et la malnutrition.
- Catastrophes naturelles : Tempêtes, inondations, sécheresses ont augmenté de manière spectaculaire. D’ici à 2015, le nombre moyen de personnes touchées chaque année par ces événements pourrait augmenter de plus de 50 % pour atteindre 375 millions, tandis qu’en 2030 nous connaîtrons au moins trois fois plus de catastrophes climatiques qu’aujourd’hui. Les populations vulnérables sont les plus touchées. Dans les pays riches, on dénombre en moyenne 23 décès chaque fois qu’une catastrophe naturelle survient, contre 1 052 décès dans les pays les plus pauvres. Avec l’intensification de l’érosion côtière, le nombre d’habitants actuellement menacés par les inondations est passé de 13 à 94 millions. Certains pays sont voués à perdre tout ou une grande partie de leur territoire insulaire.
- Pénuries d’eau : Le rythme effréné de la fonte des glaciers perturbe l’approvisionnement en eau douce et provoque des inondations. Les réserves sont tellement menacées que des centaines de villes dépendant des glaciers de l’Himalaya et des Andes seront confrontées à de graves pénuries d’ici à quelques dizaines d’années. On prévoit une augmentation de 10 à 40 % des risques d’inondation dans les régions humides, et une diminution de 10 à 30 % de la disponibilité en eau dans les régions sèches. Le manque d’eau menace la santé et compromet, en détruisant les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire. Il pousse les populations affectées à la migration et à l’exode vers les villes, et détruit les structures sociales. Il peut enfin devenir une cause perpétuelle de conflit, tant local qu’international.
- Migrations et conflits : On estime que le changement climatique est directement à l’origine du déplacement temporaire ou à long terme de 26 millions de personnes dans le monde, et qu’un million de personnes supplémentaire sont déplacées à cause d’événements climatiques chaque année. La prévision la plus largement acceptée concernant le nombre de « réfugiés climatiques » d’ici à 2050 est de 200 millions. Les gouvernements s’inquiètent également de l’éclatement possible de nouveaux conflits liés à la raréfaction des ressources naturelles due au changement climatique. 46 pays, représentant une population totale de 2,7 milliards de personnes, font désormais face à la menace de la violence à cause du changement climatique. Aujourd’hui déjà, 40 % de tous les conflits intranationaux sont liés à des litiges concernant les ressources naturelles.
Pour un pacte équitable et ambitieux à Copenhague
Du 7 au 18 décembre 2009 se tiendra à Copenhague, au Danemark, la prochaine conférence des Nations unies sur les changements climatiques. La première période d’application du protocole de Kyoto arrivant à échéance en 2012, cette conférence capitale a pour objectif d’arrêter de nouveaux engagements en matière de lutte contre les dérèglements du climat.
Confrontés à ce péril collectif, les dirigeants du monde entier devront parvenir à surmonter leurs divergences d’intérêts et s’accorder sur un nouveau régime multilatéral de lutte contre le réchauffement, intégrant les Etats signataires du protocole de Kyoto mais aussi les Etats-Unis. L’accord devra en outre conférer de nouvelles obligations aux grandes économies émergentes, jusqu’ici dispensées de contraintes.
Si la lutte contre les changements climatiques requiert la participation de tous les pays, les pays industrialisés doivent être les premiers à agir. Responsables des émissions passées de GES, ils restent aujourd’hui de grands pollueurs, avec, pour 25 % de la population mondiale, 50 % des émissions.
Pour maintenir la hausse de la température moyenne globale en dessous des 2 °C par rapport à 1850, ils doivent donc s’engager à réduire d’ici à 2020 leurs émissions de GES d’au moins 40 % par rapport à 1990. Ils doivent également aider les pays en développement à réduire les leurs par des financements et des transferts de technologies appropriés.
Mais cela n’est pas suffisant. Les pays en développement restent plus vulnérables aux impacts des changements climatiques que les pays industrialisés car ils ne possèdent pas les moyens techniques, humains et financiers pour y faire face. Une situation d’ « injustice climatique », où les populations les moins responsables du réchauffement de la planète en sont les principales victimes.
Pour soutenir les efforts de réduction des émissions de GES et l’adaptation des pays du Sud aux conséquences actuelles et futures du dérèglement climatique et pour s’acquitter de leur « dette écologique » envers ces pays, les pays industrialisés doivent leur octroyer 110 milliards d’euros par an au minimum, dont 40 milliards pour l’adaptation entre 2013 et 2020, indépendamment des engagements déjà pris en matière d’aide publique au développement.
L’action politique n’est pas négociable. Il est inacceptable que des centaines de milliards soient mis si facilement sur la table pour renflouer banques, assureurs ou constructeurs automobiles et que parallèlement des centaines de millions de vies soient mises en péril, faute d’action adaptée.
L’avenir de la planète se construit aujourd’hui : mobilisons-nous !
Le changement climatique est en marche et ne s’arrêtera pas à nos frontières. Même si c’est au Sud que ses conséquences sont et seront plus dramatiques, riches ou pauvres, nous sommes tous concernés, à chacun d’entre nous de prendre ses responsabilités, d’adopter un mode de vie plus écologiquement responsable en fonction de nos possibilités, de changer nos habitudes mais surtout d’appeler les décideurs politiques à se montrer à la hauteur des enjeux à venir.
Nos demandes
- Le président de la République, Nicolas Sarkozy, le ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, et les députés doivent s’engager dans ce combat afin que la France contribue pleinement au financement de l’adaptation et de la réduction des GES dans les pays en développement, en s’assurant que des fonds, additionnels et distincts de l’aide publique au développement, seront débloqués pour que ces pays s’adaptent aux effets néfastes du changement climatique.
- Le Président et le gouvernement français doivent tout mettre en oeuvre pour obtenir, en décembre à Copenhague, un accord qui engage les pays riches à réduire les émissions de GES d’au moins 40 % d’ici à 2020, par rapport au niveau de 1990, et à fournir 110 milliards d’euros par an aux pays en développement pour réduire leurs propres émissions et s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique.
- Nous demandons également aux députés de poursuivre les travaux de l’Assemblée nationale sur le climat en créant une Mission d’information parlementaire sur le financement de l’adaptation au changement climatique et de la réduction des émissions de GES dans les pays en développement.
Le résultat de la conférence de Copenhague dessinera l’avenir climatique de l’humanité. L’enjeu est donc crucial, et notre mobilisation plus que jamais nécessaire.
- Voir également le dossier complémentaire de la campagne
Campagne lancée en septembre 2009 et réalisée avec l’aide financière de l’Union européenne. Le contenu de cette campagne relève de la seule responsabilité d’Oxfam France et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union européenne.


















