Fiche 1 : Exclu(e)s de l’éducation / Campagne pour le droit à l’éducation pour tous
Que faire en France ?
Pour démarrer 2005 en fanfare, Agir ici en partenariat avec Aide et Action et Solidarité Laïque, lance une grande campagne de mobilisation en faveur d’un droit à l’éducation pour tous, soutenue par 45 organisations et qui appellera les citoyens français à se mobiliser.
Il sera demandé :
Au président de la République française :
- de s’engager en faveur d’une intégration systématique des questions de genre dans les politiques de coopération éducative et d’inciter le gouvernement à produire un rapport d’évaluation sur l’aide française en faveur de l’éducation des filles.
Au ministre des Finances ainsi qu’au ministre délégué à la Coopération :
- dès 2005, de consacrer aux pays les moins avancés plus de 60% de l’aide publique française allouée à l’éducation et d’en dédier l’essentiel au renforcement des systèmes éducatifs nationaux ;
- de soutenir financièrement les politiques nationales qui, tout en assurant un enseignement de qualité, visent à éliminer les frais de scolarité, obstacle majeur à la scolarisation des enfants.
Au niveau international : la Campagne Mondiale pour l’Education La Campagne Mondiale pour l’Education est née en 1999 de la rencontre de vastes mouvements de la société civile - syndicats enseignants, acteurs de l’éducation populaire, militants des droits de l’enfant et d’associations de solidarité internationale - mobilisés en vue de leur participation au forum mondial sur l’éducation d’avril 2000 à Dakar. Elle est aujourd’hui présente dans quasiment tous les pays du monde.
La Campagne est animée par la conviction qu’une éducation de qualité pour tous est un objectif qui peut être facilement atteint et dont l’échec aurait des conséquences tragiques pour le monde. Elle affirme que l’Education est :
- Un droit humain universel
- Une clé pour la lutte contre la pauvreté et pour un développement humain durable
- Une responsabilité centrale des Etats
- Un objectif à portée de main si la volonté politique suffisante est mobilisée
En 2005, 4 temps forts
- Le 8 mars, la Journée Internationale de la Femme sera une occasion forte d’entendre la voix des filles et des femmes
- La semaine d’action mondiale pour l’éducation, organisée du 24 au 30 avril 2005, sera le point culminant de la mobilisation en 2005 au niveau mondial
- La tenue du sommet du G8 en Grande-Bretagne en juillet sera également l’occasion de faire entendre aux dirigeants les plus puissants du monde notre cri d’alarme
- Enfin, la conférence des Nations-Unies, en septembre 2005, qui fera le point sur les progrès accomplis en direction des objectifs du Millénaire pour éradiquer la pauvreté nous donnera une opportunité de porter nos messages à l’attention de la communauté internationale, notamment dans le cadre de l’Appel Mondial contre la Pauvreté.
Fiche 2 : Qu’est ce que les objectifs du Millénaire pour le développement ?
En dépit de leurs limites (approche purement quantitative, élaborés sans la participation des populations pauvres…), les OMD constituent aujourd’hui les engagements les plus concrets de la communauté internationale en faveur du développement. Mesurables et limités dans le temps, les OMD sont pour les Etats un véritable test quant àleur volonté politique de construire un monde plus juste.
Les OMD définissent concrètement une série de cibles quantifiables assorties de délais (cf. objectifs 2 et 3) :
- 1) Réduire l’extrême pauvreté et la faim
- 2) Assurer l’éducation primaire pour tous > pour 2015 donner à tous les enfants, garçons et filles, les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires 3) Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes > pour 2005 éliminer les disparités entre les sexes dans l’enseignement primaire et secondaire > pour 2015 éliminer les disparités entre les sexes à tous les niveaux d’enseignements
- 4) Réduire la mortalité infantile
- 5) Améliorer la santé maternelle
- 6) Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies
- 7) Assurer un environnement durable
- 8) Mettre en place un partenariat mondial pour le développement
2005, un point d’étape pour les OMD
La lutte contre la pauvreté et les inégalités sera en 2005 au cœur de l’agenda politique international. La question du développement et de ses enjeux figure en effet au premier rang des priorités qui seront abordées lors du Sommet du G8 en juillet (Ecosse). Plus particulièrement, l’Assemblée générale des Nations unies fera le point en septembre 2005 sur la réalisation des OMD lors du « Sommet du Millénaire +5 ». Le bilan sera sans aucun doute négatif tant le retard accumulé est important. L’on sait d’ores et déjà que l’objectif sur la parité à l’école, fixé à 2005, ne sera pas atteint. Plus généralement, aucun des OMD ne devraient être réalisés d’ici 2015 et l’objectif de réduction de la mortalité infantile ne sera pas atteint en Afrique subsaharienne avant 2165 !
Cadre d’action de Dakar 2000
La décennie de l’Education pour tous, initiée en 1990, a trouvé son apogée lors du Forum mondial sur l’éducation en avril 2000 à Dakar. A cette occasion, les 188 Etats présents ont adoptés 6 objectifs en matière d’éducation pour tous dont 2 ont été repris dans le cadre des objectifs du Millénaire :
- 1. Améliorer sous tous leurs aspects la protection et l’éducation de la petite enfance
- 2. Assurer un enseignement primaire obligatoire et gratuit de qualité pour tous d’ici 2015
- 3. Répondre aux besoins éducatifs des jeunes en matière d’acquisition des compétences nécessaires à la vie courante
- 4. Améliorer de 50% le niveau d’alphabétisation des adultes et notamment des femmes
- 5. Eliminer les disparités entre les sexes d’ici à 2005 et instaurer l’égalité dans ce domaine en 2015
- 6. Améliorer sous tous ses aspects la qualité de l’éducation
Sources : www.un.org/french/milleniumgoals / www.undp.org/french/mdg/mdghome-f.htm
Fiche 3 : Les frais de scolarité : l’une des causes de la non-scolarisation
L’élimination des frais de scolarité suppose un investissement financier très important pour pouvoir répondre à l’augmentation du nombre d’élèves et maintenir un enseignement de qualité. La mise en place d’un accès gratuit pour tous à l’école a, en moyenne, multiplié par cinq les besoins de financement des pays qui s’y sont engagés (recrutement et formation des enseignants, construction de salles de classe, fourniture de manuels…). Le concours de l’aide internationale est, de ce point de vue, incontournable.
Illustrations
Ouganda
En 1995, les parents ougandais finançaient 60% des coûts directs de l’enseignement et 60% des enfants en âge d’aller à l’école n’étaient pas scolarisés. Le programme d’Enseignement Primaire Universel (EPU) initié en 1997 et visant à donner une éducation gratuite à 4 enfants par famille, aux orphelins et aux handicapés, a permis une spectaculaire augmentation des effectifs scolaires passant de 2,5 millions en 1997 à 6,5 millions d’élèves en 2003. Cela a créé une situation d’urgence au niveau de l’éducation qui a connu une forte baisse de sa qualité. Grâce à une grande coordination des donateurs (qui ont investi environ 370 millions de $) et une volonté politique locale (le budget alloué à l’éducation a augmenté de 22% en 1995 à 31% en 1999) des ressources ont pu être dégagées pour une éducation de meilleure qualité. Cependant, le nombre d’enseignants doit encore augmenter pour faire face à l’augmentation du nombre d’élèves. Le taux d’achèvement de l’éducation primaire reste de 61%. Les besoins de financement se font encore sentir.
Kenya
Depuis que l’école est devenue gratuite en janvier 2003, plus de 1.3 millions d’enfants ont été scolarisés pour la première fois, faisant passer à 5.9 millions le nombre d’élèves dans le pays. Parmi eux, beaucoup d’enfants dont les parents sont morts du sida et qui avaient dû abandonner les cours pour subvenir aux besoins de leur famille. Cependant, cette augmentation du nombre d’enfants inscrits dans les écoles s’est traduit par des classes surpeuplées où plus de 70 élèves s’entassent dans des classes prévues pour 40. Manquent également pupitres, fournitures scolaires et enseignants qualifiés. C’est pour faire face à cette pénurie en tout genre que plusieurs initiatives ont été lancées comme par exemple l’initiative pour une école primaire adaptée aux enfants (lancée en 2002 par le ministère de l’Education du Kenya et l’UNICEF). Néanmoins, ces actions restent insuffisantes et comme l’a rappelé Harry Belafonte, ambassadeur itinérant de l’UNICEF lors d’une visite au Kenya, "la communauté internationale doit honorer l’engagement qu’elle a pris d’aider les pays à remplacer les fonds dont ils se privent en éliminant les frais de scolarité".
"Chaque fois que je demandais à mes parents de m’emmener à l’école, ça se terminait par des disputes, ils me disaient que l’école était faite pour les riches et pas pour les pauvres." (Silvia Akinyi, 10 ans, Kenya)
Sénégal
Dans ce pays, le taux de scolarité est de 60%. La faiblesse de ce taux est en partie due au coût de l’éducation dans ce pays (frais de scolarité élevés, faiblesse des revenus des parents). Les frais de scolarité, versés sous forme de cotisations aux associations de parents d’élèves ou au gouvernement servent à la maintenance des infrastructures et l’équipement scolaire. A cela s’ajoute l’achat des manuels et des fournitures, une charge totale que les parents d’élèves considèrent comme trop lourde. Face à ce constat, le gouvernement sénégalais a annoncé qu’à la rentrée 2004-2005, chaque élève du cycle élémentaire aura au moins deux livres et des cahiers et chaque élève du moyen secondaire aura cinq livres. Les parents d’élèves attendent de "voir pour le croire" car le fardeau reste lourd : 5000 FCFA (environ 10 dollars) de frais d’inscription dans l’enseignement public, somme importante pour des familles souvent nombreuses.
Sources : Short Changed Rapport d’Oxfam International, User fees in primary education, Banque mondiale/juillet 2004 / UNICEF communiqué de presse Harry Belafonte exhorte tous les pays à abolir les frais de scolarité / Afrique Relance, Vol.18#1 (avril 2004), page 16 / Africatime.com : rentrée 2004-2005 : Sourang ouvre le « paquet qualité » de l’école
Fiche 4 : Scolarisation des filles : de nombreux obstacles sur le chemin de l’école
Quelques facteurs de discrimination :
Les frais de scolarité
Les frais de scolarité pèsent plus sur la scolarité des filles que des garçons. En effet, pour les ménages qui ont très peu d’argent, les garçons passent en priorité. Les mesures visant à réduire les frais liés à la scolarité sont donc un des moyens les plus efficaces d’accroître les effectifs scolaires, particulièrement dans le cas des ménages les plus pauvres, et très spécifiquement des filles. Ainsi, en Ethiopie, l’augmentation de l’indice de richesse des ménages d’une unité accroît les chances des garçons de fréquenter l’école de 16%, contre 41% pour les filles.
"C’est à cause des frais de scolarité que j’ai rencontré des difficultés pour continuer mes études. Quand vous ne payez pas vos frais de scolarité, le professeur vient et vous appelle par votre nom, et alors vous devez rentrer chez vous. Il vous dit d’apporter le message à la maison, et que quand vous reviendrez à l’école, il faudra amener de l’argent." Amina, Kenya
Des écoles loin des villages
La distance entre l’école et le domicile influe sur la scolarisation. Les parents sont réticents à laisser leurs enfants, et en particulier leurs filles, parcourir de longues distances à pieds, pour des raisons de sécurité.
En Egypte, une étude montre que la scolarisation des filles chute brutalement lorsque l’école est située à plus d’1,5 km du lieu d’habitation.
Le travail domestique
Traditionnellement dans de nombreux pays, ce sont les filles qui sont astreintes aux tâches domestiques. Dans les pays où les filles sont le moins scolarisées ou abandonnent l’école, c’est bien souvent parce qu’à la maison elles se chargent des travaux ménagers, vont chercher du bois ou de l’eau, s’occupent des frères et sœurs et des malades… Il n’est pas rare que ces pratiques discriminatoires se rencontrent au sein même de l’école (nettoyer les tableaux, balayer la classe, aller chercher de l’eau…).
"Une fille est envoyée chercher de l’eau, est envoyée faire les courses, est envoyée faire la lessive, est envoyée là ou là-bas alors que les garçons sont assis en train de réviser. Les filles ne peuvent même pas faire leurs devoirs. Lorsqu’on essaye, on est dérangé." Maria, Kenya
Des équipements scolaires inadaptés
Il arrive souvent que l’infrastructure scolaire ne soit pas adaptée à la scolarisation des filles lorsque, par exemple, elle ne dispose pas de toilettes séparées. Cet élément est un élément déterminant quant au choix d’envoyer ou non sa fille à l’école.
L’école : lieu de discrimination
Malheureusement, il arrive fréquemment que les programmes pédagogiques s’appuient sur des manuels scolaires qui reproduisent les visions stéréotypées à l’encontre des femmes et entretiennent ainsi des schémas d’organisations sociales favorables aux hommes. Dans certain cas, la sécurité des filles à l’école n’est pas assurée. Elles peuvent être victimes de violences allant de la simple brimade à l’abus sexuel ou au viol.
Sources : http://www.campaignforeducation.org/resources/Nov2003/UNESCO_GMR2003_FR.pdf / http://unesdoc.unesco.org/images/0013/001364/136412e.pdf
Fiche 5 : Les conditionnalités du FMI : à contre-courant de l’Education pour tous / La cas de la Zambie
De plus en plus d’élèves… et des écoles en manque d’enseignants
En 2003, le FMI a suspendu ses prêts en direction de la Zambie après que le gouvernement ait engagé des dépenses budgétaires dépassant le plafond fixé par le Fonds. Le FMI a insisté depuis pour que des mesures d’austérité soient prises afin de réduire le déficit budgétaire. Cette décision a eu un impact catastrophique sur le système éducatif zambien. Alors que les écoles ont besoin de la création de 9000 postes supplémentaires, plus de 8000 enseignants qualifiés sont au chômage. Pratiquement aucun nouvel enseignant n’a pu être recruté au cours de l’année 2004 et la moyenne d’enfants par classe est alors montée à 70.
“Nous ne sommes que 3 professeurs pour 526 élèves. Nous avons en moyenne 70 élèves par classe et chaque professeur est responsable de deux classes. Pour pouvoir vraiment travailler, nous aurions besoin d’être au moins 12 enseignants." Silas Silewu, directeur du Maano Basic School de Lusaka
Education et annulation de dette
La suspension des prêts du FMI a eu d’autres effets dévastateurs puisqu’elle a entraîné l’arrêt des programmes d’aide initiés par d’autres bailleurs de fonds. Les allègements de dette ont par ailleurs été retardés.
En Zambie, l’un des pays les plus pauvres du monde, plus de 70% de la population vit dans la pauvreté et un adulte sur cinq est infecté par le virus du sida.
L’éducation constitue sans aucun doute la pierre angulaire de toute politique de réduction de la pauvreté et est indispensable pour enrayer la propagation du sida. Pourtant, en 2004, le gouvernement zambien sera forcé de payer 377 millions de dollars pour rembourser sa dette alors qu’il ne dépensera que 221 millions de dollars pour l’éducation. Rien que les remboursements à destination du FMI s’élèveront à 247 millions de dollars, plus que le budget annuel pour l’éducation.
L’annulation de cette dette pourrait assurément financer l’expansion du système éducatif et employer plus d’enseignants. Les ressources consacrées au service de la dette constituent en effet des fonds prévisibles sur le long terme de nature à couvrir les dépenses du secteur public.
Le rapport de la Campagne mondiale pour l’éducation intitulée "Enseignants sous-évalués" donne un aperçu très large des conséquences des politiques menées par le FMI sur l’éducation. (Le rapport est disponible en français sur www.agirici.org et en anglais sur www.campaignforeducation.org)
Source : Rapport de la Campagne mondiale pour l’éducation "Les enseignants sous évalués", septembre 2004













