Début 2011, soit sept ans après la création du régime national d’assurance maladie (NHIS), seuls 34% de la population (d’après les chiffres officiels, revus à la baisse suite à la pression des ONG) étaient couverts.
Une coalition d’ONG, dont Oxfam, a lancé en février 2012 une campagne pour l’accès universel aux soins de santé. Alors que les Ghanéens éliront leur nouveau président en décembre, il est crucial de mettre cet enjeu au cœur de la campagne électorale et plus tard, de la politique sanitaire du gouvernement.
Explications d’Albert Arhin, chargé de plaidoyer santé d’Oxfam au Ghana, et Sidua Hor, coordinateur de la campagne.
Pourquoi cette campagne pour l’accès universel aux soins de santé, alors que le Ghana est montré comme un exemple à suivre ?
L’objectif de la campagne est de perfectionner le système sanitaire ghanéen : certes la situation est bonne, meilleure que chez la plupart de nos voisins ouest-africains, mais nous pouvons faire beaucoup mieux. Il y a beaucoup d’erreurs et de manquements auxquels il est nécessaire de pallier.
Ainsi, dans une étude publiée en avril 2011, nous avons montré comment le gouvernement comptabilisait plusieurs fois une même personne déjà inscrite dans ses statistiques par exemple. Mais au taux de couverture réel qui est relativement bas s’ajoutent beaucoup d’incohérences et de barrières, notamment financières, qui empêchent la population d’avoir un accès effectif et équitable à des soins de santé de bonne qualité.
Ainsi depuis 2008, les femmes enceintes sont, en théorie, exemptées de paiement. C’est-à-dire qu’elles n’ont pas à payer la prime d’achat ou de renouvellement de leur carte d’assurance maladie. Cependant, pour avoir accès à cette exemption, elles doivent prouver leur grossesse et pour cela faire une échographie qui coûte plus cher que la prime elle-même ! Le système ne fonctionne que pour les personnes disposant de revenus confortables.
Pour la campagne, l’objectif principal est donc la suppression de tous les frais à la charge des usagers lorsqu’ils vont se faire soigner. Ceci permettra d’éviter que les patients aient à débourser directement une somme, souvent conséquente, qui pourrait les faire basculer dans la pauvreté ou qu’ils renoncent aux soins. Nous demandons au gouvernement de mettre en place des politiques qui permettront d’atteindre cet objectif d’ici à 2015.
Parmi vos revendications, vous parlez de sources de financement alternatives. Pouvez-vous nous en dire plus ?
En matière de financement, il y a des incohérences. Le régime national d’assurance maladie (NHIS) n’est financé qu’à hauteur de 5% par l’ensemble des primes collectées auprès des adhérents, prime qui s’élève entre 5$ et 25 $ [1]. Le reste étant financé par la TVA, le budget de l’Etat, l’aide extérieure…
Mais pour collecter ces primes, l’Etat dépense plus que ce qu’elles lui rapportent ! C’est pourquoi nous avons proposé de supprimer ces primes, qui empêchent de nombreux ménages d’avoir accès à des soins. D’autant plus que ces familles contribuent déjà au financement du NHIS à travers la TVA !
5$ par an cela peut sembler faible, mais ces 5$ représentent un budget important pour les ménages les plus démunis qui pourraient l’allouer à d’autres dépenses vitales. Il est possible de supprimer ces primes et de les remplacer par d’autres sources de financements tels que l’impôt foncier, l’impôt sur les sociétés -notamment les multinationales, la taxe minière et sur le pétrole etc…
Par exemple nous avons calculé qu’augmenter la taxe minière à 27,5% (au lieu de 25% actuellement [2]) permettrait de lever environ 28 millions $. De même une taxe sur les transactions financières de seulement 1% permettrait de financer tous les coûts liés à la couverture maladie universelle. Revoir les mécanismes juridiques de collecte de l’impôt sur les sociétés s’impose car, par exemple, certaines entreprises changent de nom et d’adresse tous les cinq ans afin de profiter indéfiniment d’exemptions fiscales.
Il y a des solutions mais elles nécessitent une volonté politique forte. Nous pouvons mobiliser des ressources domestiques mais l’Etat doit afficher un réel engagement notamment pour éliminer les gaspillages et lutter contre les fraudes et la corruption qui décrédibilisent le système.
Vous avez rencontré des décideurs français et européens récemment, qu’attendez-vous d’eux ?
L’Europe aide financièrement le Ghana. Il est important que ces fonds soient utilisés efficacement et contribuent réellement à améliorer l’accès de la population ghanéenne aux soins de santé. Nous sommes donc venus sensibiliser les décideurs français et européens à nos revendications, qui s’appuient d’ailleurs sur des recommandations de l’OMS, qui depuis 2005 [3], invite clairement les Etats à éviter de recourir au paiement direct par les usagers en augmentant la proportion des financements publics pour la santé.
Vous êtes également allés à la rencontre de la société civile française, notamment à l’occasion de l’université d’été du CRID…
Nous avons partagé nos expériences et nous avons compris que même le système français de protection sociale présentait des dysfonctionnements. De notre côté, nous avons montré qu’il existe des initiatives prometteuses et réalistes pour la santé dans les pays du Sud. Ces initiatives ne sont pas un copier-coller des systèmes qui existent en Europe, elles représentent une alternative qui pourrait peut-être les inspirer ! Il est important que les citoyens du Nord comme du Sud se mobilisent car ils sont les premiers concernés.
Enfin, nous avons expliqué les changements obtenus depuis le lancement de notre campagne en février 2012. C’était difficile au début, les autorités étaient sur la défensive mais, petit à petit, les ministères ont commencé à s’ouvrir, certaines personnes nous soutiennent même si c’est en coulisses. Entre autres choses, le gouvernement a amélioré le processus de délivrance des cartes d’assurance maladie et il a entrepris de mieux communiquer vis-à-vis de la population. Plusieurs de nos recommandations ont été intégrées durant la préparation du budget 2012, le gouvernement envisage par exemple de taxer les revenus du pétrole pour financer le budget général et cela pourrait bénéficier aux services sociaux dont la santé. Le troisième plus important parti politique du pays a repris certaines de nos idées dans son programme…
C’est la preuve que notre travail et la mobilisation des citoyens et citoyennes paient ! Et ce n’est pas terminé, d’autres actions sont prévues d’ici la tenue des élections présidentielles à la fin 2012 et nous espérons obtenir d’autres changements significatifs et la mise en place d’une vraie couverture en santé pour tous.














