Oxfam France a participé au lancement de la campagne "Control Arms" en 2003 qui demande l’adoption de ce traité. Alors que d’importantes étapes ont déjà été franchies, nous continuons notre plaidoyer aux côtés de centaines d’ONG présentes dans près de 70 pays pour que ce traité devienne une réalité. Cinq comités préparatoires se sont tenus entre 2010 et 2012 et, enfin, la conférence onusienne d’une durée d’un mois a lieu du 2 au 27 juillet 2012 pour adopter le futur traité.
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Pourquoi un Traité international sur le commerce des armes ?
Chaque jour, des milliers de personnes sont tuées, blessées, violées et déplacées par des forces de sécurité officielles, des groupes armés, des bandes criminelles ou d’autres individus armés. Cette situation est favorisée par les nombreux transferts irresponsables d’armes classiques. L’accès facile aux armes n’encourage pas seulement les violations du Droit international humanitaire et des Droits de l’Homme, il a également des conséquences désastreuses sur le développement économique et social puisque les achats en armement de certains gouvernements dépassent les besoins légitimes de la défense nationale, détournant des montants importants des budgets de la santé et de l’éducation, et engendrant souvent des pratiques de corruption.

- "Les armes tuent une personne par minute". Lancement de la campagne, Londres, 2003. © ControlArms
“875 millions d’armes à feu (y compris les armes civiles, militaires et de maintien de l’ordre) sont en libre circulation dans le monde” Small arms survey 2010
Cette situation est exacerbée par la mondialisation croissante du commerce des armes…
Nous reconnaissons que les Etats peuvent légitimement produire, exporter et importer des armes pour les besoins de sécurité, de respect de la loi, de légitime défense et de maintien de la paix. Toutefois, les Etats doivent exercer ces droits dans le strict respect du droit international existant, qu’il s’agisse des embargos décrétés par le Conseil de Sécurité des Nations unies, du droit international humanitaire ou du droit international des droits de l’homme à portée universelle. En outre, de nombreux pays et ensembles régionaux se sont dotés de normes spécifiques relatives à l’import, l’export et au transfert des armes, qui s’imposent à eux (Afrique de l’Ouest, Afrique de l’Est, Amérique Latine, Union européenne, etc.). Cependant, de telles lois sont pour l’instant insuffisantes, voire inexistantes dans certains régions du monde, comme l’Asie et le monde arabe.
Il est surprenant de constater qu’il existe aujourd’hui des lois internationales strictes pour réguler le commerce des bananes et des iPods alors qu’un commerce aussi stratégique et dangereux que celui des armes classiques reste sans contrôle réel. Les marchands d’armes meurtrières et les trafiquants peuvent passer inaperçus et profiter des lacunes des différentes normes nationales et régionales. C’est pourquoi, plusieurs ONG dont Oxfam et un nombre grandissant d’Etats réclament un traité sur le commerce des armes (TCA) exhaustif et juridiquement contraignant visant à sauver des vies, empêcher les violations des Droits humains et protéger les moyens de subsistance des populations. Pour atteindre cet objectif, un TCA doit notamment établir des critères contraignants permettant d’évaluer l’opportunité de tout transfert, et clairement indiquer lorsqu’un Etat devra refuser d’autoriser un transfert d’armes.
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Le rôle des ONG : La campagne "Control Arms" de Rabat à Sao Paulo en passant par Paris

- Des bougies allumées à pour le lancement de la campagne. ©ControlArms
Des lauréats du prix Nobel de la Paix réclament en 1997, avec le soutien d’ONG, un Code de conduite sur les transferts internationaux d’armes. Trois ans plus tard, des ONG élaborent, avec l’aide d’experts juridiques internationaux, le premier "projet de convention cadre sur les transferts internationaux d’armes" qui formera plus tard la base des principes généraux régissant les transferts d’armes. L’année 2003 a été marquée par une grande mobilisation citoyenne internationale, puisque le 9 octobre la coalition d’ONG "Control Arms", co-pilotée par Oxfam International, le Réseau d’action international sur les armes légères (RAIAL) et Amnesty International, a lancé sa campagne en faveur d’un traité international dans près de 70 pays dont la France.
Des milliers de bougies…
En France, dès 2003, Oxfam France (à l’époque l’association Agir ici), mobilise déjà sur la question en lançant, avec des ONG qui formeront par la suite la plateforme "Contrôlez les armes", les campagnes "Surveillons les ventes d’armes : sauvons des vies !" et en 2005 "Armes : un commerce qui tue". La plateforme française, composée notamment par Amnesty International France, le Secours Catholique-Caritas, le CCFD-Terre solidaire, l’Observatoire des armements et Oxfam France, a mené un certain nombre d’actions de sensibilisation et de mobilisation dès sa création en 2008. L’équipe de France de football a même apporté son soutien à cette cause.
La campagne d’interpellation du président Nicolas Sarkozy intitulée : "2008 : le contrôle du commerce des armes à portée de main" visait à obtenir de la France, 4ème exportateur mondial d’armement, qu’elle s’engage à promouvoir à tous les niveaux –mondial, européen et national- des mécanismes et cadres juridiques contraignants de contrôle des transferts d’armes, qui soient centrés sur le respect de la Règle d’or. Oxfam France - Agir ici a récolté plus de 7 000 signatures au cours de cette campagne, auxquelles s’ajoutent les milliers d’autres collectées par les autres ONG membres de "Contrôlez les armes". Plus de 100 parlementaires français ont officiellement apporté leur soutien. Leurs signatures ont été remises au président de la première commission de l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) avec celles de plus de 2000 parlementaires issus de 124 pays.
En outre, la plateforme française rencontre régulièrement le Ministère des Affaires étrangères, l’Elysée, le Ministère de la Défense et plusieurs commissions parlementaires pour faire avancer le dossier au sein des instances françaises. Ainsi, l’ambassadeur Jean-Hugues Simon-Michel, en charge des négociations du TCA, déclarait lors du dernier Comité préparatoire qui s’est tenu à New-York en février 2012 : "Nous nous félicitons du rôle joué par la société civile dans ce processus et espérons bénéficier de son expertise indispensable pour la conférence diplomatique. Nous n’en serions pas là aujourd’hui sans le rôle de force motrice que les organisations non-gouvernementales ont joué dans ce processus. C’est pourquoi nous serions favorables à ce qu’une place plus importante leur soit réservée dans le déroulé des travaux de la Conférence."
La résolution de cette même commission a également noté en 2009 "le rôle que jouent les ONG et la société civile pour renforcer la coopération, améliorer l’échange d’informations et la transparence et aider les Etats à mettre en œuvre des mesures de confiance dans le domaine du commerce responsable des armes".
“Le total des dépenses militaires mondiales en 2009 est estimé à 1531 milliards de dollars,
soit une augmentation de 6 % par rapport à 2008,
et de 49 % depuis 2000.”
Stockholm International peace research institute, SIPRI Year book 2010
Le processus onusien en faveur d’un TCA
En décembre 2006, la résolution A/Res/61/89 de l’AGNU a lancé le processus onusien visant à réguler le commerce international des armes classiques via "un instrument global et juridiquement contraignant établissant les normes internationales communes pour l’importation, l’exportation et le transfert d’armes classiques".
En 2007, le secrétaire général des Nations Unies a consulté les Etats Membres sur la "viabilité, le champ d’application et les paramètres généraux"…
En décembre 2008, l’AGNU créée un groupe de travail à composition non limitée (GTCNL) ouvert à tous les Etats Membres, afin de réfléchir de manière plus approfondie aux aspects d’un éventuel traité, et décide également que l’élaboration d’un tel traité doit se poursuivre au sein de l’ONU. Le groupe se réunit deux fois en 2009 et se penche sur le contenu potentiel d’un TCA. De nombreux Etats réaffirment que le droit international des Droits de l’Homme, le droit international humanitaire et le développement économique et social doivent être au cœur du traité.
La même année, l’AGNU adopte une résolution majeure qui lance officiellement le processus de négociation avec un agenda précis de rencontres : 5 comités préparatoires entre 2010 et 2012 ainsi qu’une conférence onusienne d’une durée d’un mois en juillet 2012 pour adopter le futur traité.
Pourtant, jusqu’à cette date, un pays résistait encore et freinait toute nouvelle avancée significative : les Etats-Unis, le plus gros producteur et exportateur d’armes au monde, le seul pays à voter contre la résolution de l’AGNU en 2006 (153 Etats avaient voté en sa faveur). Le ralliement américain est salué par les ONG et laisse présager des avancées majeures sur le dossier. Il est toutefois utile de noter que plusieurs Etats, notamment de grands producteurs ou importateurs d’armes, demeurent encore sceptiques et hésitants sur l’objectif et le contenu du TCA.
A l’issue de ces comités préparatoires, un rapport a été produit qui transmet à la Conférence Finale de Négociation, entre autres documents de référence, le brouillon de traité produit par le Président des comités préparatoires, l’Ambassadeur Garcia Moritan. Ce "Chair’s Paper" est une synthèse des discussions ayant eu lieu pendant les comités préparatoires, rédigé sous la seule autorité du Président, il n’a aucun caractère officiel ou contraignant pour la suite des négociations. Pourtant, certains Etats, comme l’Iran ou le Pakistan ont cherché, en vain, à l’exclure des documents de référence pour la conférence finale. A l’inverse, ONG et partisans d’un traité fort voient dans ce Chair’s paper une base pour les négociations de juillet 2012. En effet, bien qu’imparfait, ce document, qui ressemble dans sa forme à un premier jet du traité, contient de nombreux éléments et il serait impossible d’aboutir à un tel texte en partant de zéro, en juste quatre semaines. Autrement dit, sans ce document comme base des négociations, le traité final serait inévitablement plus faible.
En outre, des règles de procédures ont été élaborées, qui déterminent la manière dont seront conduits les débats et, in fine, dont sera adopté le texte du Traité.
Et la France dans tout ça ?
La France a toujours formellement soutenu l’adoption d’un traité international pour réguler le commerce des armes classiques. Elle a été active dès le début du processus et elle continue à défendre sa position au sein des Nations unies. Cependant, la France (tout comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne) semble chercher avant tout à garder les Etats-unis dans le processus, et est prête à se plier à la "tyrannie du consensus" voulue par Washington, quitte à obtenir un traité faible, inefficace et oublieux des droits humains et du développement.
Placée au 4ème rang mondial des exportateurs d’armement…
La France n’a par ailleurs toujours pas adopté deux projets de loi très importants, l’un portant sur les activités des intermédiaires (du producteur à l’utilisateur en passant par le transporteur), et l’autre sur le respect des embargos internationaux.
Surtout, comme nous le soulignions dans une tribune publiée en mars 2012, la tension est manifeste entre le discours vertueux sur la scène internationale et la réalité de la pratique française d’exportations.
Récapitulons…

- ©ControlArms
Lors du lancement de la campagne des ONG en 2003, le projet est alors soutenu par uniquement trois pays : le Cambodge, le Costa Rica et le Mali.
En 2009, la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies qui ouvrait officiellement le processus de négociation du traité comptait 151 votes positifs. (Pour en savoir plus sur les positions des Etats, consultez le site interactif www.armstreaty.org).
En moins de dix ans, la communauté internationale a fait un énorme pas vers un monde plus sécurisé. Bien sûr, le traité n’est pas encore adopté. Nul ne sait quel sera son contenu final, s’il pourra ou pas relever le défi de sauver des vies et de lutter contre la pauvreté. Mais quoi qu’il arrive, il existe aujourd’hui une conscience partagée au plus haut niveau sur la nécessité de réguler ce commerce sanglant.
Un traité efficace compliquerait considérablement l’obtention de nouvelles armes et munitions pour les responsables des nombreux crimes de guerre et cas de violation des Droits humains dans le monde. Oxfam France suit de près l’ensemble du processus pour que les exportations d’armes irresponsables n’alimentent plus les violations des Droits humains, du droit international humanitaire, ou bien ne portent atteinte au développement économique et social.














