Pour Oxfam France, cette décision du Sénat, initiée par le groupe socialiste, à l’occasion des débats budgétaires, est un premier pas dans la bonne direction. La négociation du budget 2012 est en effet l’occasion de permettre de concrétiser en France la mise en œuvre d’une taxe sur les transactions financières au profite des luttes contre la pauvreté et le changement climatique.
Mais face à la charge des sénateurs du groupe UMP et de Pierre Lellouche, Secrétaire d’Etat au commerce extérieur, reprenant à son compte la plupart des arguments des institutions financières françaises qui dissimulent leur hostilité à la taxe en invoquant une soi-disant nécessaire unanimité des places financières pour qu’elle soit mise en place, la route risque encore d’être longue avant la conclusion un tel accord. En contredisant massivement les engagements pris par le Président de la République, le gouvernement et l’UMP ont préféré renvoyer les négociations au niveau européen, dont le calendrier est incompatible avec une mise en place de la taxe en 2012.
Oxfam France appelle Nicolas Sarkozy à clarifier la position de la France sur la mise en place rapide d’une taxe française sur les transactions financières. S’il soutient véritablement une taxe au nom de la France, le Président français doit peser sur sa majorité pour qu’un amendement répondant, au moins au niveau national, aux exigences de la lutte contre la spéculation et des urgences de la solidarité internationale soit également soutenu au niveau de l’Assemblée nationale.
Plus encore, Nicolas Sarkozy doit agir pour que les avancées des débats au Parlement ne soient pas compromises par les blocages du Ministère des Finances qui, en s’opposant à une taxe française affectée au financement des grands enjeux globaux, ne semble voir pour le moment que le niveau européen et le comblement de son propre déficit.
Pour Luc Lamprière, directeur général d’Oxfam France : "Les engagements pris par le Président de la République lors du sommet du G20 devant les Français et la communauté internationale doivent être tenus. Pour mettre en place une taxe sur les transactions financières dès 2012, la France n’a pas d’autre choix que d’utiliser le projet de loi de finances et de privilégier le niveau national, comme cela existe déjà dans plusieurs pays. Sans quoi, ses déclarations tout au long de l’année 2011 n’auront été que de la poudre aux yeux. Nicolas Sarkozy doit mettre au diapason son gouvernement et appeler sa majorité à soutenir un taxe française sur les transactions financières au bénéfice des populations les plus pauvres".
Selon le sénateur Christian Cambon, seul sénateur membre du groupe UMP à avoir défendu fortement une taxe nationale au bénéfice de l’aide au développement, une telle taxe rapporterait 10 milliards d’euros, limiterait la spéculation financière et "pourrait multiplier par deux l’aide publique au développement française".
Notes aux rédactions
- Dans sa conférence de presse à l’issue du G20 de Cannes, Nicolas Sarkozy a indiqué que "la taxe sur les transactions financières [était] un élément du débat et [qu’il espérait] qu’elle sera un élément concret de mise en place dès l’année 2012"
- Le 20 octobre dans un discours prononcé au Ministère des affaires étrangères, le Président Français avait clairement affirmé l’importance de ne pas attendre des décisions unanimes pour avancer en déclarant que "sa détermination [était] totale [pour] qu’au minimum un groupe de pays leaders se dotent d’une taxation sur les transactions financières."
- Les rapports du FMI établissent que plusieurs pays membres du G20 disposent déjà de taxes sur les transactions financières et qu’elles sont techniquement faisables au niveau national : "Taxing Financial Transactions : Issues and Evidences", mars 2011 ; "Taxing Financial Transactions : An Assessment of Administrative Feasibility", John D,. Brondolo, Août 2011.
- Le rapport remis par Bill Gates à la présidence française du G20, "Innovation With Impact : Financing 21st Century Development", conclut également que " les taxes sur les transactions financières existent déjà dans de nombreux pays, où elles génèrent des revenus importants. Il est donc évident qu’elles sont techniquement réalisables."
- Le rapport de 99 partners et son résumé proposant un mode d’emploi sur une taxe française sur les transactions financières sont disponibles sur le site d’UNITAID.
- Oxfam France, avec Aides, membre de Coalition PLUS et Attac, a mené campagne tout au long de l’année 2011 pour la "Taxe Robin des Bois", une taxe sur les transactions financières à hauteur de 0,05% dont les revenus seraient dédiés au développement et au climat. www.taxerobindesbois.org
Contact presse
Magali Rubino : mrubino@oxfamfrance.org / +33630466604














