Les entreprises du CAC 40 : des profits, des inégalités, du débat !

12/06/2018

Oxfam et le BASIC ont publié le 14 mai dernier, un rapport qui a fait beaucoup de bruit : « CAC 40 : des profits sans partage », présentant de façon inédite comment la répartition inégale des richesses s’organise d’abord là où elles se créent : au sein des grandes entreprises françaises. Ce rapport a fait la une des médias et a lancé un débat nécessaire en amont des projets de loi Pacte et fraude fiscale. Explications.

Oxfam lance régulièrement l’alerte sur l’aggravation des inégalités mondiales en attirant l’attention des décideurs chaque année lors du Sommet économique de Davos qui réunit le gratin économique mondial. Nous avons ainsi commencé 2018 avec un chiffre scandaleux : l’an dernier, 82 % de la croissance des richesses mondiales a profité aux seuls 1 % les plus riches quand les 50 % les plus pauvres n’en récupéraient que des miettes. Le système économique est ainsi biaisé au point de privilégier une élite tout en laissant de côté des femmes et des hommes, qui contribuent pourtant par leur travail à la création des richesses mondiales sans toucher une rémunération suffisante pour vivre décemment.
 
La France n’échappe hélas pas à cette réalité. L’année dernière, les 10 % les plus riches détenaient plus de la moitié des richesses nationales quand les 50 % les plus pauvres se sont partagés seulement 5 % du gâteau. 
 
Oxfam a souligné le rôle des entreprises dans la création de la spirale des inégalités et a lancé un pavé dans la mare en publiant en mai, une étude inédite : « CAC 40 : des profits sans partage ». Notre rapport montre la responsabilité des grandes entreprises dans la création des inégalités, mais aussi le rôle qu’elles peuvent jouer pour mettre un terme à cette crise. Néanmoins pour Oxfam, l’action des entreprises, aussi volontariste soit-elle, ne sera pas suffisante sans régulation publique : un débat qui tombe à pic alors que s’engagent les discussions autour des projets de loi Pacte et fraude fiscale, qui touchent à la lutte contre les inégalités et au rôle que doit jouer l’entreprise dans l’économie de demain.

Que dit exactement Oxfam ?

Le rapport d’Oxfam et ses conclusions sur le partage inégal des bénéfices créés par les entreprises du CAC 40 a été très largement repris dans la presse quotidienne nationale, les agences de presse, les radios et télés :

Ces médias ont repris soit via leur une, soit via un long article, l’un des chiffres clés sur les dividendes record : « Depuis 2009, sur 100 euros de bénéfices, les entreprises du CAC 40 ont reversé en moyenne : 67,4 € en dividendes aux actionnaires ; 27,3 euros en investissement dans l’entreprise ; 5,3 € en primes pour les salariés. ».

Autre information capitale du rapport : les écarts de salaires vertigineux entre les dirigeants et les salariés des entreprises du CAC 40. Sur la période 2009-2016, les rémunérations des hauts dirigeants s’envolent au détriment de rémunérations toujours aussi faibles pour la plupart des employés. En 2016, les PDG du CAC 40 gagnaient en moyenne 257 fois le SMIC et 119 fois plus que la moyenne de leurs salariés au sein de leurs entreprises alors que ce dernier écart n'était que de 97 en 2009. A ce sujet, nous vous recommandons les articles de :

Enfin, Oxfam ne pouvait pas évoquer le brûlant dossier des inégalités sans parler de la fiscalité et des montages et opportunités offertes aux grandes entreprises pour alléger leur note fiscale, cela, toujours au détriment des contribuables, et des PME. Nous avons ainsi révélé qu’en 2016, malgré les scandales répétés d’évasion fiscale, les entreprises du CAC 40 comptaient encore 1 454 de leurs filiales dans les paradis fiscaux sans qu’on ne sache exactement combien d’impôts elles y paient. Nous avons aussi très largement dénoncé l'explosion des crédits d'impôts qui ont quasiment doublé en France depuis 10 ans atteignant plus de 26 milliards d'euros en 2016. Selon nous, si les impôts avaient cru au même rythme que les bénéfices depuis 2011, les entreprises auraient payé 13 milliards d'euros supplémentaires d'impôts au niveau international en 2016, soit l'équivalent de la somme nécessaire pour couvrir les besoins humanitaires de 93,2 millions de personnes dans 34 pays en crise dans le monde. Pour en savoir plus sur ce sujet, lisez l’article de :

Capital Les entreprises du CAC 40 qui raffolent le plus des paradis fiscaux

Que disent les critiques et que leur répondons-nous ?

Presque toutes les publications d’Oxfam sur la question des inégalités ouvrent le champ à un débat que nous accueillons toujours favorablement, et à des critiques auxquelles nous accordons aussi toute notre attention. Bien que le rapport, dont les données reposaient aussi sur le travail minutieux du bureau d’études le BASIC, était très largement documenté en termes de sources et de méthodologies, nombreux furent les économistes, les journalistes fact-checking, et parfois des détracteurs anonymes, à en disqualifier les propos. Ainsi, vous avez pu lire ces analyses critiques via :

et via Twitter, disant que le travail de longue haleine menée par notre équipe, ne reposait que sur des hypothèses farfelues…

Pour répondre aux questions soulevées, nous avons publié sur notre site web, l’article Informations complémentaires sur le rapport "CAC 40 : des profits sans partage" avec moult développements sur notre approche, nos calculs et les conclusions ayant permis l’aboutissement de ce rapport.

Et car les débats constructifs et mesurés participent à notre mission d’ONG indépendante et engagée contre la pauvreté et les inégalités, nous avons pris part via notre responsable de plaidoyer Manon Aubry, à des échanges dans les médias. Nous avons aussi relayé des mises au point venant de journalistes économiques tels que Marie Viennot de France Culture Partage des richesses : le piège des faux débats ou Alternatives économiques : CAC 40 Rapport Oxfam : des critiques malvenues.

Pourquoi est-il important de se mobiliser ?

Outre les médias, c’est surtout sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter que les échanges et les interactions d’Oxfam ont été les plus nombreuses. Le tweet épinglé d’Oxfam a généré plus de 100 000 impressions :

De nombreux médias online notamment au format vidéo, ont repris les chiffres du rapport « CAC 40 », soulignant nos demandes de campagne. C’est le cas de la vidéo de BRUT où notre responsable de campagne Justice fiscale et inégalités, Pauline Leclère insiste sur la nécessite pour les responsables politiques de soutenir une loi contre les inégalités.

Le combat continue. Oxfam dénonce les inégalités et les pratiques du CAC 40 qui les aggravent mais loin d’être une fatalité, la situation actuelle doit nous pousser à agir.

Pour lutter contre les inégalités, des solutions existent. Oxfam appelle le gouvernement et les parlementaires français à adopter des mesures fortes dans le cadre de l'examen de la loi PACTE et de la loi fraude fiscale :

1/ Partager plus équitablement les bénéfices entre les actionnaires et les salariés.

2/ Limiter les écarts de salaire au sein des entreprises.

3/ Mettre un terme à l'évasion fiscale des multinationales avec une liste crédible des paradis fiscaux assortie de sanctions fortes et la suppression du verrou de Bercy.

Pour suivre de près la campagne d’Oxfam, et nous aider à promouvoir nos solutions, rejoignez-nous sur les réseaux sociaux :

Et pour signer la pétition d’Oxfam pour une loi contre les inégalités, rendez-vous sur https://loi-inegalites.fr