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Les communiqués de presse Communiqué de presse, le 3 juin 2008 Crise alimentaire : Oxfam International appelle à un changement d'approche radicalParis, 3 juin 2008 - Dans un rapport(1) publié aujourd’hui à l'occasion du Sommet sur la sécurité alimentaire mondiale organisé d’urgence à Rome cette semaine par l’Organisation des Nations unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), Oxfam International appelle les leaders mondiaux – dont Nicolas Sarkozy, qui interviendra à Rome lors du Sommet – à établir au plus vite un plan d'action global et coordonné. Ce plan doit inclure des réponses à court terme et à long terme, et aller au-delà de la seule aide humanitaire. A quelques semaines de la Présidence française de l’Union européenne, la France est particulièrement attendue sur cette question. « Les dirigeants politiques et les institutions multilatérales mondiales font face à un énorme défi. Mais la situation offre aussi une réelle opportunité de mettre en place les réformes tant attendues », explique Barbara Stocking, directrice générale d'Oxfam Grande-Bretagne, qui représente Oxfam International dans le cadre du Sommet. « Dans les pays où travaille Oxfam International, nous voyons bien l'impact catastrophique de la flambée des prix sur les populations pauvres. Ceux-ci dépensent déjà plus de la moitié de leurs revenus en alimentation », ajoute-t-elle. Oxfam International estime qu'une somme de 14,5 milliards de dollars supplémentaires est requise pour étendre l’aide alimentaire à plus de 290 millions d'hommes, femmes et enfants(2) menacés par la flambée des prix alimentaires. « Dire aux populations concernées que nous n’avons pas les moyens de mettre en place les mesures nécessaires pour répondre à cette crise, ce serait leur mentir ! Les montants requis sont somme toute assez faibles comparés aux mille milliards de dollars injectés depuis 6 mois dans le système financier par la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne afin d'éviter une crise financière », rappelle Luc Lamprière, directeur général d’Oxfam France – Agir ici. « Ce qui fait défaut en réalité, ce n’est pas l’argent, c’est la volonté politique d’en faire une vraie priorité pour la planète », déclare-t-il. De même, la part de l'aide publique au développement accordée annuellement à l'agriculture – s'élevant actuellement à 4 milliards de dollars – n'est que peu de choses en comparaison des 125 milliards de dollars consacrés par les pays riches à leurs agriculteurs en 2006. Bien que le manque d'investissement soit reconnu depuis longtemps comme une cause majeure de l'insécurité alimentaire, l'aide publique à l'agriculture a chuté de moitié entre 1980 et 2005(3). Un soutien massif s'impose pour lutter contre la pauvreté rurale chronique, améliorer les rendements et aider les petits agriculteurs à bénéficier de prix plus élevés. Le rapport d'Oxfam International insiste sur le fait que la réponse à la crise alimentaire doit aller au-delà de l'aide humanitaire. Pour soutenir les plus démunis, il faut aider les gouvernements des pays pauvres à mettre en place des mécanismes de protection sociale tels que des revenus minimums garantis, l'octroi de semences et de fertilisants pour les paysans pauvres ainsi qu’une TVA réduite sur l'alimentation, afin de soutenir dans le même temps la production agricole et le pouvoir d’achat de la population. Des changements politiques à plus long terme sont également nécessaires. Tout d'abord, revoir d'urgence les objectifs fixés par les pays riches en matière d'agrocarburants afin de stopper leur impact inflationniste. De récentes estimations indiquent en effet que l’augmentation de la demande de produits agricoles pour la production d'agrocarburants compte pour près de 30 % dans l'actuelle flambée des prix alimentaires, et d'innombrables preuves scientifiques démontrent que les agrocarburants ont un impact globalement négatif sur le changement climatique. La crise devrait aussi accélérer la réforme des systèmes d'aide alimentaire. Davantage d'aide devrait être délivrée sous forme de financements ou d'achats locaux, plutôt que de tout expédier depuis l'étranger. L'OCDE estime que 750 millions de dollars pourraient être libérés chaque année si les pays riches fournissaient leur aide alimentaire sous forme d'argent plutôt qu'en nature, en raisons des coûts colossaux d’acheminement, de stockage et de gestion qu’implique le système actuel. Enfin, conclure un accord commercial global dans sa configuration actuelle n'aiderait en rien à résoudre la crise : les propositions poussées à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ne feraient, au contraire, qu'assurer plus de libéralisation, réduiraient la flexibilité et exposeraient davantage les pays pauvres à la volatilité du marché. De même, les Accords de partenariat économique (APE), accords de libre-échange proposés par l’Union européenne à 76 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique – dont une majorité sont touchés par la crise alimentaire – ne sont en rien favorables au développement de ces pays : en libéralisant brutalement leurs marchés, de tels accords ne feront qu’enfermer ces pays dans la dépendance alimentaire et réduiront les marges de manœuvres des Etats pour faire face à de telles crises. « Sur ces questions commerciales, la France est étonnamment silencieuse face à l’Europe. Derrière un discours de soutien à l’agriculture, elle est absente des débats pour défendre les agricultures du Sud », remarque Luc Lamprière. « En s’exprimant à Rome, le président français souligne l’importance qu’il accorde au sujet. Néanmoins, ce n’est pas un discours supplémentaire qui est attendu, mais la capacité de la France à peser réellement dans les décisions pour impulser des solutions concrètes et durables en réponse à une situation qui n’est certes pas nouvelle », conclut-il. - FIN - (1) Rapport « The Time Is Now : How world leaders should respond to the food price crisis (Oxfam International, juin 2008). (2) Cette estimation renvoie aux 290 millions de personnes les plus pauvres réparties dans les 53 pays les plus affectés (les 49 pays les moins avancés (PMA), plus le Tadjikistan, le Zimbabwe, le Kenya et les Territoires palestiniens occupés). L'estimation des 14,5 milliards de dollars est basée sur une aide moyenne de 50 dollars accordée à chacune de ces personnes en 2008. Ce montant de 50 dollars est estimé d’après l'expérience d'Oxfam International et de nombreuses études relatives aux besoins alimentaires individuels à travers le monde. (3) Voir notamment le communiqué de presse d’Oxfam France – Agir ici sur l’aide française au développement. Télécharger le communiqué de presse (version pdf) Contact presse : |