Les communiqués de presse
Paris, le 28 juin 2006
Aucun accord conclu cette année à l’OMC ne sera en
faveur du développement
Les pays pauvres essaient de limiter les dégâts
A la veille de la Conférence ministérielle de l’Organisation
mondiale du commerce (OMC) à Genève, Oxfam International rappelle
qu’aucun accord à ce stade ne sera bénéfique aux
pays pauvres.
Après presque cinq années de négociations à l’OMC,
Oxfam International affirme que les offres actuelles restent floues et que
le potentiel de « développement » du cycle
a été perdu en raison des intérêts personnels
et de l’obstination de l’Union européenne (UE) et des
Etats-Unis.
“Si cet accord échoue, il n’y aura aucun doute sur les
raisons de cet échec “ explique Céline Charveriat, responsable
de la campagne « Pour un commerce plus juste » d’Oxfam
International. "Les Etats-Unis veulent plus d’accès
aux marchés agricoles européens que l’Europe ne veut
en donner. Et de son côté, l’UE souhaite de plus amples
réductions des subventions américaines que les Etats Unis vont
en accorder. L’un et l’autre semblent prêts à sacrifier
ce cycle, plutôt que de trouver un compromis.“
“Les Etats-Unis et l’UE ont tellement joué le jeu
de l’intransigeance qu’à moins qu’ils ne changent
de cap à la dernière minute, une opportunité unique
de s’accorder sur des règles du commerce mondial propices
au développement va être perdue“ ajoute Céline
Charvériat. “Les ingrédients essentiels manquent
encore pour déboucher sur un accord qui aiderait les pays pauvres .
La grande promesse du « développement » a
quasiment disparu“ a-t-elle ajouté.
Les propositions actuelles vont autoriser les pays riches à augmenter
leurs subventions agricoles néfastes aux pays pauvres contrairement à ce
qui avait été promis. Les Etats-Unis pourraient ainsi passer
leurs subventions agricoles de 19,7 milliards de dollars (niveau de 2005) à 22,7
milliards de dollars, et celles de l’UE passeraient de 22,9 milliards
de dollars à 33,1 milliards (1) .
“Les producteurs européens et américains les plus
gros et les plus riches continueront à surproduire et à vendre
leurs excédents bon marché sur les marchés mondiaux.
Or, c’est précisément ce à quoi les pays en
développement s’opposent dans le cadre des négociations“ explique
Céline Charvériat. “Le fait que les offres actuellement
sur la table ne règlent pas ce problème constitue l’une
des plus grandes trahisons de l’esprit de Doha.“
Par ailleurs, toujours dans le domaine agricole, les pays riches veulent
protéger jusqu’à 8% de leurs lignes tarifaires des réductions
de droits de douanes – alors que dans le même temps, ils veulent
limiter le nombre de produits que les pays en développement souhaitent
protéger. Et ce, malgré le fait que ces pays ont besoin de
protéger encore plus les ”produits spéciaux” essentiels à leur
développement et à la subsistance de leurs habitants.
Dans le domaine industriel, l’Union européenne a proposé une
formule qui ouvrirait les marchés industriels mondiaux. Cela signifierait
pour les pays en développement une réduction de leurs droits
de douane de 70% alors que les pays riches ne les réduiraient que
de 25% (2) . Un accord à l’OMC
pourrait confirmer ces réductions et mettre ainsi en péril
de nombreux emplois dans les pays en développement.
Les chiffres de l’ONU démontrent qu’en réduisant
drastiquement leurs droits de douane sur les biens agricoles et industriels,
les pays en développement perdront à peu près 63 milliards
de dollars sur leur revenu total.
Les pays les plus pauvres du monde pourraient gagner 2,5 milliards de dollars
par an s’ils avaient accès sans droits de douane ni quotas aux
marchés des pays riches. Or, on leur propose actuellement seulement
97% d’accès aux marchés ‘en franchise de droits
et sans quota’ (free access), ce qui signifie que les produits pour
lesquels les pays pauvres sont les plus concurrentiels, comme le textile,
en seront exclus (3).
“Les pays en développement croyaient en la promesse d’un
accord qui leur offrirait un accès plus important aux marchés
des pays du Nord. En réalité, les offres en cours les condamneront à ouvrir
grand leur marché pour très peu de retours“ complète
Céline Charvériat.
Oxfam International considère que certaines des propositions mises
sur la table pourraient aider les pays en voie de développement, notamment
l'engagement des Etats-Unis et de l’Europe à mettre un terme
aux subventions aux exportations d'ici 2013. "Mais tout bien pesé,
nous croyons que ces offres prises dans leur ensemble desserviront les pays
en développement" conclue Céline Charvériat. "Ces
pays sont aujourd’hui soumis à une pression énorme :soit
ils signent l’accord, soit ils prennent le risque d’être
rendus responsables de l'échec du cycle."
Pour les Etats-Unis : comparaison entre les subventions distorsives
pour le commerce estimées en 2005 et les réductions proposées
dans le cadre du cycle de Doha. Les données sont issues des simulations
officielles réalisées par le gouvernement canadien pour l’UE,
les Etats-Unis, l’Australie et quelques autres membres de l’OMC.
Pour l’UE : comparaison entre les subventions distorsives pour
le commerce estimées après la réforme de la PAC (1999-2003)
et les réductions proposées lors du cycle de Doha. Les
données sont tirées des simulations d’Oxfam International
et du gouvernement canadien.
Ces calculs sont réalisés à partir des réductions
proposés par l’UE et sur la base des droits de douane moyens
sur les biens industriels d’une sélection de pays développés
(Canada, Etats-Unis, Japon, UE et Norvège) et de pays en développement
(Brésil, Inde, Indonésie, Pakistan, Paraguay).
L’UE ou le Canada proposent déjà un accès à leurs
marchés sans droits de douane ni quotas, alors que le Japon et les
Etats-Unis sont à la traîne. Toutefois, les complexes règles
du “pays d’origine” empêchent toujours un accès à tous
les marchés des pays développés, sauf probablement le
Canada.
Pour plus d’informations, contactez à Genève,
Romain Benicchio au +41 797979 990.
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