Agriculture africaine : l’impasse des pôles de croissance agricoles

07/06/2017

A l’occasion du G20 Africa Partnership qui se tiendra les 12 et 13 juin 2017 à Berlin, Action contre la Faim, le CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France publient le rapport « Agriculture africaine : l’impasse des pôles de croissance agricoles ». Les pôles de croissance agricoles, comme les partenariats entre pouvoirs publics et entreprises privées, sont présentés comme des solutions miracles pour l’agriculture africaine, mais ne font en réalité qu’aggraver l’insécurité alimentaire et nutritionnelle des populations.

Depuis quelques années, les pôles de croissance agricoles se multiplient et occupent une place grandissante dans les stratégies de développement agricole et les politiques nationales en Afrique subsaharienne, sans que leur impact positif sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la lutte contre la pauvreté ait été démontré. A ce titre, le développement des pôles de croissance agricoles ne semble pas pouvoir contribuer positivement à l’objectif d’éliminer la faim et la malnutrition, de doubler la productivité agricole et les revenus des petits producteurs, d’assurer la viabilité des systèmes de production alimentaire et de mettre en oeuvre des pratiques agricoles résilientes d’ici 2030.

Les pôles de croissance agricoles, parfois appelés agropoles, sont développés sur des zones de terres agricoles dotées d’un fort potentiel, souvent irriguées ou potentiellement irrigables, et sur lesquelles les pouvoirs publics souhaitent favoriser la concentration des investissements publics et privés. Ils sont dotés d’infrastructures de soutien à la production, à la transformation et à la commercialisation des matières premières agricoles, et sont connectés aux marchés régionaux et internationaux pour l’achat d’intrants ou la vente des produits. Ils bénéficient de facilités réglementaires, législatives, douanières et/ou fiscales pour encourager les investissements privés, et reposent sur des partenariats entre les acteurs publics (Etats, pays bailleurs de fonds, banques de développement, etc.) et les acteurs privés (grands investisseurs privés, firmes multinationales, etc.) pour la création, le financement, le développement et la gestion de l’ensemble des activités qui y sont menées.
 
A l’image des zones économiques spéciales, les projets de pôles de croissance agricoles cherchent à attirer l’investissement privé par un environnement réglementaire et des régimes douaniers et fiscaux privilégiés par rapport au reste du territoire. Ils peuvent cumuler des incitations au niveau national, pour diminuer les contraintes administratives et réglementaires et faciliter la prise de parts de marché pour les entreprises des semences, d’engrais, etc., ou au niveau de la zone des pôles de croissance dédiés aux investisseurs privés, avec des réductions ou exonérations d’impôts sur les sociétés et/ou sur les bénéfices, de taxation douanière sur les importations d’équipement, de taxation douanière sur les exportations de produits, etc. Comme au Burkina Faso, le développement de mesures incitatives sur un pôle de croissance peuvent inspirer des mesures générales sur tout le territoire. Il n’existe à ce jour aucune analyse du coût-bénéfice de ces mesures incitatives pour les Etats, ni d’analyse de l’effet d’aubaine ou d’incitation réelle pour les investisseurs.
 
La critique des pôles de croissance agricoles prend de l’ampleur en Afrique, non seulement de la part des populations locales déplacées ou perdant des terres du fait de ces projets, mais également de la part d’acteurs du secteur privé local qui ne bénéficient pas d’un soutien à l’agro-industrialisation souvent formaté pour les grands investisseurs. Les organisations paysannes sont également mobilisées, dénonçant notamment un modèle de développement qui promeut une agriculture à deux vitesses, en favorisant les investissements des entreprises nationales et multinationales au détriment de ceux des exploitations familiales.
 
La sortie du rapport est accompagnée d’une vidéo réalisée par le studio StoryCircus, disponible ici.