Romane a 24 ans. Bénévole au sein du groupe local de Lyon, elle a ensuite réalisé un service civique au siège d’Oxfam à Paris et a finalement rejoint l’équipe salariée pour animer le réseau des bénévoles et militant-e-s dans toute la France. Son engagement repose sur la conviction que chaque personne peut agir pour défendre ses opinions. Un engagement peut en engendrer des milliers, des millions et, ensemble, constituer la voix citoyenne porteuse des changements de demain. Pour ainsi parvenir à éradiquer la pauvreté.

L’engagement commence ici

Mon engagement avec Oxfam France résulte d’une volonté de véritablement m’engager ici, en France, sur des questions internationales. Je suis persuadée que pour changer durablement les choses, dans le bon sens et au niveau mondial, il n’est pas nécessaire de partir à l’autre bout du monde. Oxfam France est l’une des seules organisations qui propose ce type d’engagement, qui te permet de te sentir réellement actrice du changement.

Au cours de mes études, j’ai pu réaliser un stage dans une organisation à l’étranger et voir les problèmes que les programmes de volontariat pouvaient parfois poser. Selon moi, il est possible de réaliser un bénévolat réellement bénéfique sans avoir besoin de prendre son sac à dos. La compréhension des réalités sociales, du contexte local, que demande ce type de mission nécessite un travail de professionnel-le-s, souvent locaux, qui le réalisent très bien.

C’est là l’approche de l’ensemble de la confédération internationale Oxfam, que j’ai découverte en m’investissant plus avec l’association. Dans toutes ses interventions d’urgence ou ses programmes de long terme, Oxfam s’appuie avant tout sur des acteurs locaux et des équipes nationales. C’est par exemple ce que l’on observe aujourd’hui au Tchad.

Mais surtout, l’action d’Oxfam repose sur la conviction qu’il est possible de changer ici les choses car l’action sur le terrain, seule, n’est pas suffisante. Toutes les actions de plaidoyer, de campagne, de sensibilisation et de mobilisation du public, pour expliquer les réalités à l’autre bout de la planète et les raisons de celles-ci, qui se trouvent souvent très proches de nous, sont pour moi essentielles.

La distribution des richesses, un enjeu de société

Aujourd’hui, il y a suffisamment de richesses dans le monde, nous produisons assez pour nourrir l’ensemble de la population, et faire en sorte que chaque personne ait un salaire décent. Bien sûr, pour cela, il faudrait redistribuer les richesses.

Dernièrement, j’ai regardé le documentaire « The true cost », qui mettait en lumière le fonctionnement et l’impact de l’industrie textile à différents endroits de la planète. La catastrophe du Rana Plaza, en 2013, avait déjà mis sous les projecteurs le système d’exploitation sur lequel fonctionne cette industrie. Les ouvrières ont été forcées de travailler dans un bâtiment condamné, pour 3 euros par jour. C’est elles que l’on a retrouvé sous les décombres d’un bâtiment vétuste. Il y a pourtant assez de richesses pour qu’elles puissent travailler dans des conditions décentes et pour un vrai salaire.

Tout ce système est porté par des grandes marques que l’on retrouve chez nous. C’est cela qui me fait dire que l’on peut agir ici, à notre niveau, pour changer le monde.

Porter le changement en interpellant les responsables politiques

Interpeller les responsables politiques est réellement vecteur de changements. En allant rencontrer directement les député-e-s, en tant que citoyennes et citoyens, nous avons le pouvoir de mettre en lumière des questions importantes. Montrer par exemple que les inégalités, ce n’est pas seulement une question de richesse. C’est aussi les inégalités face au changement climatique, entre femmes et hommes, face à des catastrophes ou des conflits, en un mot : c’est global.

Le travail de plaidoyer, notamment réalisé par les groupes locaux de bénévoles, me fascine. C’est l’incarnation de ce qu’est être une citoyenne et un citoyen. En tant que citoyen-ne, il faut se dire que même si l’on n’est pas expert, même si ce n’est pas notre métier, nous pouvons rencontrer nos député-e-s pour défendre notre vision et nos arguments.

Nous pouvons aller les voir pour parler d’évasion fiscale, très sérieusement et de manière constructive, avec de véritables propositions. En cela, nous rentrons directement dans les débats qui se déroulent à l’Assemblée nationale.

Et j’ai la conviction que face à ces inégalités globales, le véritable changement passera par les citoyennes et les citoyens.

Cette année, une mobilisation citoyenne a permis de faire tomber une grande partie du verrou de Bercy. Elle a pris forme sur Twitter mais également par courrier et en direct, au travers d’un travail de plaidoyer local et national. C’est une avancée importante dans la lutte contre l’évasion fiscale des grandes entreprises. De l’engagement de chaque personne, à son niveau, a découlé un changement concret qui dépasse les seules frontières de la France.

L’importance d’agir à son niveau

La voix citoyenne est le passage essentiel pour tout changement durable et juste.

Partir de l’individu, croire dans sa capacité de porter le changement, c’est là toute la vision d’Oxfam. Pour faire naître l’étincelle, je pense que l’on peut partir de petits exemples concrets, parler du quotidien de chacun-e.

Par exemple, lorsque tu parles d’impôts en famille, souvent les discussions s’emballent. C’est là qu’il est important de rappeler que telle entreprise, telle banque, n’en paient pas parce que ses bénéfices sont transférés dans un paradis fiscal. A ce moment-là, tu peux rappeler qu’il est possible d’agir, de militer contre ce système.

S’engager, c’est simple. Ça peut partir d’une pétition, d’une information relayée sur ses réseaux, d’un don lorsqu’on le peut. S’engager, c’est parfois de toutes petites actions. Mises bout à bout, chacune d’entre elles a un impact réel.

Je suis persuadée que c’est d’abord en s’informant que naît, chez chaque personne, l’envie de s’engager. L’information créée l’indignation. Là naît l’action citoyenne.

Une association comme Oxfam a un rôle fondamental à jouer dans la mobilisation, la sensibilisation du grand public, pour réellement faire prendre conscience des grands enjeux actuels en matière de lutte contre le changement climatique, de justice fiscale, de justice sociale, des besoins humanitaires. Si nous devons faire grandir la prise de conscience des problèmes, notre rôle est aussi de montrer, en parallèle, que des solutions existent belles et bien.

D’une personne peut partir une vague citoyenne

Il est important de rappeler, de montrer concrètement que chaque action citoyenne a un impact.

Ce qui te pousse à t’engager, c’est de savoir que ta voix compte. Quand tu sais que tu peux être entendu-e, tu as envie de parler. Un apprentissage collectif est nécessaire pour constamment rappeler cela : la voix du citoyen est la voix de la démocratie.

Quelque chose que j’observe souvent me rappelle à chaque fois la manière dont l’engagement fonctionne selon moi : lors d’un débat, d’une conférence, il y a toujours un temps de questions avec le public. Souvent, ça a du mal à démarrer. Mais il suffit qu’une personne lève la main et ensuite tout le monde participe.

C’est ainsi que je vois l’engagement, comme une vague, une déferlante citoyenne qui part d’une personne ou d’un petit groupe de personnes. Oxfam, c’était un petit groupe d’amis. Aujourd’hui, ce sont des centaines de milliers de personnes.

En passant de bénévole à service civique, du groupe local au siège, j’ai pu être le témoin de tous les maillons de la chaîne qui, ensemble, constituent le mouvement Oxfam France. Ce que j’ai vu ? Que le travail est partout et les succès de l’association reposent sur la complémentarité des actions de chaque personne, à tous les niveaux. Le/la bénévole, le/la militant-e sont au centre de cette action.

Abolir la pauvreté est un objectif réaliste

A l’occasion des 30 ans d’Oxfam France, si je devais faire un vœu pour l’association, je lui souhaiterais d’avoir moins de travail à l’avenir. Cela voudrait dire que la société sera devenue moins inégalitaire. Mais c’est un souhait assez réaliste je pense.

Les Objectifs de Développement Durables visent à éradiquer l’extrême pauvreté d’ici à 2030. En faisant rentrer dans toutes les consciences l’absurdité des inégalités extrêmes actuelles, en faisant prendre conscience au plus grand nombre que lutter contre celles-ci est indispensable, nous pouvons parvenir à construire progressivement un monde plus juste.

Je ne pense pas que la vraie question soit : pouvons-nous éradiquer la pauvreté ? Je suis convaincue que l’on devrait toutes et tous se demander : mais pourquoi ce n’est pas encore fait ?

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