L’IVG en 2025 : panorama du droit à l’avortement dans le monde

Le dimanche 28 septembre 2025, Oxfam France célèbre la Journée mondiale pour le droit à l’avortement. En France, c’est le 17 janvier 1975 que la loi Veil dépénalise l’avortement et marque un tournant pour l’émancipation des femmes. Son recours n’est désormais plus sanctionné mais demeure la cible des mouvements conservateurs 50 ans après. Malgré leurs attaques continues, les organisations féministes ont depuis obtenu d’autres avancées notables pour défendre et protéger ce droit fondamental du backlash. C’est à présent une liberté reconnue par la Constitution française par exemple. Toutefois, l’accès à l’IVG n’est toujours pas pleinement effectif voire régresse parfois – dans le monde en 2025, y compris à l’échelle nationale. Il reste aujourd’hui criminalisé dans plusieurs pays où les restrictions et interdictions mettent gravement en péril la vie des femmes. Pour que toutes puissent disposer de leurs corps. Oxfam plaide en faveur d’un avortement légal, sûr et accessible. 

État des lieux du droit à l’avortement : enjeux, avancées et reculs à l’échelle mondiale    

Pourquoi l’IVG est un droit fondamental pour les femmes 

L’avortement est une composante essentielle des droits sexuels et reproductifs. Reconnu soin primaire par l’OMS, il dépasse les enjeux de santé publique et se révèle aussi terminant pour l’éducation et l’emploi des femmes, entre autres. Fort de ce constat, les États ont eu tendance à libéraliser leurs législations au cours des 30 dernières années. Des réformes dans plus de 60 pays ont fait progresser l’accès à l’IVG sur l’ensemble des continents.

Où le droit à l’avortement progresse-t-il aujourd’hui ?  

En Amérique latine par exemple, l’avortement est légalisé en Argentine en 2020, dépénalisé en Colombie en 2022, et dans 24 des 32 États du Mexique à ce jour. Côté Europe, l’Irlande l’autorise jusqu’à 12 semaines avec certaines restrictions depuis 2019, et l’Irlande du Nord sur demande depuis 2020. Cependant, dans ces deux juridictions, les services d’avortement sont indisponibles dans de nombreuses régions. À Malte, il n’est plus illégal en toute circonstance depuis 2023, et s’ouvre pour la première fois pour les femmes dont la vie est en danger, et le fœtus, non-viable. En Asie, la Corée du Sud juge son interdiction contraire à la Constitution en 2021, et la même année, la Thaïlande l’autorise sans conditions jusqu’à 12 semaines, sur demande jusqu’à 20 semaines, et à tout moment dans certains cas, comme un risque pour la santé physique ou mentale de la personne enceinte par exemple. En Afrique, le Bénin légifère aussi en ce sens peu après, et le Sierra Leone discute présentement d’un projet de loi à cet effet. 

Carte référençant l'état du droit à l'avortement dans le monde (c) Center for reproductive rights

Restrictions et interdictions : les reculs sur le droit à l’avortement dans le monde 

En revanche, un recul significatif a également été observé ailleurs comme au Salvador, au Nicaragua, en Pologne et aux États-Unis la Cour suprême a annulé l’arrêt Roe v. Wade en 2022. La situation est désormais dramatique en Alabama, au Missouri, au Texas ou encore en Géorgie, contrairement à la Californie, l’Ohio, l’Illinois et le Colorado, par exemple. Les législations sont ainsi très hétérogènes au niveau international. De sévères réserves sont maintenues en Afrique, à l’instar du Sénégal et de Madagascar, ainsi qu’en Asie, à l’image du Laos et des Philippines. En somme, 40 % des femmes en âge de procréer dans le monde vivent sous des lois restrictives, soit environ 753 millions d’entre elles.

En bref, selon les pays, l’avortement est autorisé…

  • Sur demande, sans restriction et avec un délai dans 77 pays
  • Pour des raisons socioéconomiques dans 12 pays
  • Seulement sur motif médical dans 47 pays
  • Uniquement pour sauver la vie de la mère dans 44 pays
  • Strictement interdit dans 21 pays.

De la légalisation à l’accessibilité : l’IVG, un droit encore entravé

Même dans des contextes favorables, de nombreuses barrières sociales, économiques et culturelles subsistent. Elles empêchent les femmes de prendre des décisions autonomes quant à leur grossesse.  

Exemple : l’inégalité d’accès à l’IVG en France   

En France par exemple, les évolutions législatives récentes ont simplifié, facilité et amélioré la prise en charge des patientes. Cependant, la disponibilité des professionnel·les et structures de santé demeure très disparate sur le territoire avec de longs délais d’attente. Les femmes immigrées ou vivant en milieu rural rencontrent des difficultés majeures dans leurs parcours de soins. De plus, la stigmatisation et la coercition persistent : 1 femme française sur 3 a ressenti des pressions lors de l’avortement. Cette opposition émane principalement des mouvements anti-IVG, souvent d’inspiration religieuse, proches de la droite traditionnelle et de l’extrême droite. Ils contestent activement le choix libre, autonome et éclairée des femmes quant à leur propre avenir. 

Le backlash contre l’avortement : une menace organisée aux lourdes conséquences  

Comment les mouvements anti-avortement s’organisent   

La Manif pour tous, la Fondation Jérôme Lejeune, le Centre européen pour le droit et la justice, le Congrès mondial des familles… Partout dans le monde, les acteurs anti-genre se professionnalisent, se transnationalisent, sont plus organisés, structurés et financés, sans compter leur influence croissante, y compris au sein des instances multilatérales. Par exemple, le Réseau politique pour les valeurs organise un sommet transatlantique chaque année depuis six ans. Sous le thème « Unir les cultures pour la vie, la famille et les libertés », l’édition 2023 s’est déroulé à l’ONU avec plus de 200 dirigeant·es politiques et civiques issu·es de 40 pays dont le ministre de la Protection de l’enfance de l’Équateur, la ministre des Femmes du Nigeria, des députés du Ghana, de l’Ouganda, du Paraguay, de la Finlande, du Panama, de la Colombie, du Brésil ainsi que des membres du Parlement européen. Ensemble, ils parviennent à imposer de nouvelles entraves à l’IVG. 

Résultat : Près de la moitié des femmes dans le monde ne disposent pas librement de leurs corps.

Quelles actions concrètes du backlash anti-IVG ?

Les États conservateurs sont ainsi outillés pour progressivement menacer, fragiliser puis limiter et finalement bafouer un droit humain pourtant reconnu comme tel par les normes internationales. Plus concrètement, ce backlash se traduit par des initiatives collectives et politiques publiques défavorables parmi lesquelles les campagnes de désinformation massive, les clauses et objections de conscience ainsi que des contraintes administratives et matérielles à l’égard des médecins.

▶️ Les femmes sont obligées d’écouter les battements de cœur du fœtus en Hongrie et en Russie. En Italie, un projet de loi en ce sens a été soumis au Parlement, mais sa discussion n’avance pas à ce stade. En revanche, avec l’adhésion de la Présidente du Conseil des ministres Giorgia Meloni, les groupes pro-vie sont autorisés dans les cliniques d’avortement depuis avril 2024.

Les freins sont d’autant plus importants en contexte de crises. Lors des conflits, les femmes sont exposées à des ruptures contraceptives brutales, à des violences sexuelles accrues et à des services de santé limités. Par exemple, les restrictions à l’éducation imposées par les Talibans en Afghanistan pourraient augmenter la maternité précoce de 45 %, et la mortalité maternelle de 50 %, dans un pays où déjà 24 femmes meurent chaque jour en donnant la vie.

Des conséquences dramatiques sur la vie et la santé des femmes

Sans procédures sécurisées et encadrées disponibles, les femmes sont contraintes d’employer des méthodes clandestines.

En effet, les pays autorisant et interdisant l’avortement enregistrent le même nombre de recours : 37 personnes sur 1000 contre 34/1000.

Les obstacles engendrent non pas une baisse mais une hausse des avortements à risque, c’est-à-dire dans des conditions dangereuses, un environnement inadapté et avec du personnel insuffisamment compétent. Près de la moitié des IVG dans le monde sont pratiquées dans de telles circonstances. 7 millions de femmes sont ainsi hospitalisées chaque année et 39 000 en décèdent tragiquement. Les femmes précaires et marginalisées avec des ressources limitées sont parmi les plus affectées. Elles disposent de moyens lacunaires pour faire face aux coûts d’un déplacement dans un État favorable par exemple. 

Mobilisations pour un accès universel du droit à l’avortement 

Oxfam a soutenu la campagne « Ma voix, mon choix » jusqu’à la victoire de cette initiative citoyenne européenne avec plus d’un million de signatures. Dans le but de garantir l’accès à l’IVG en Europe, elle vise à soutenir les femmes ne pouvant en bénéficier par la prise en charge des frais de déplacement et de santé. Il est impératif que toutes puissent profiter d’informations, d’éducation et de services disponibles, accessibles, acceptables et de qualité. 

En 2025, l’accès légal et sécurisé à l’avortement reste donc un combat d’actualité partout dans le monde !