Coronavirus : pour un vaccin gratuit et universel !

Le coronavirus touche toute l’humanité. Le futur vaccin pour le combattre doit dès lors être pour toute l’humanité. Oxfam demande un vaccin accessible à tout le monde de façon gratuite et universelle ! Pourtant, la course folle au vaccin est déjà lancée et le « nationalisme vaccinal » prend déjà le pas sur la solidarité, et un principe de réalité : personne ne sera en sécurité tant que nous ne le serons pas tous. Au lieu de promouvoir le partage des savoirs, en mettant fin au principe des brevets, l’industrie pharmaceutique conserve ses logiques de monopoles et de profits. Il serait pourtant indécent et meurtrier de laisser les grandes entreprises pharmaceutiques faire des profits sur le futur vaccin, et ce au détriment de nos vies.

Intérêt général vs intérêts des grands groupes pharmaceutiques

L’urgence d’un vaccin contre le coronavirus

La pandémie du coronavirus a déjà couté la vie à des centaines de milliers de personnes à travers le monde, et risque de faire basculer des millions de personnes dans la pauvreté et la faim.

Dans un monde si inégal, il est urgent de trouver un traitement contre le coronavirus, accessible à toutes et tous dans le monde.

Les risques de la course au vaccin

La communauté scientifique est actuellement fortement mobilisée pour trouver au plus vite un vaccin efficace et sûr pour lutter contre ce fléau mondial. Un tel vaccin serait un espoir pour sortir l’humanité de ce cauchemar. Actuellement, près de 100 potentiels vaccins sont en cours de développement, certains étant déjà passés au stade d’essai clinique.

Néanmoins, le système mondial de développement de nouveaux médicaments et vaccins est profondément défaillant car soumis aux règles du jeu du marché et des grands groupes pharmaceutiques. Les médicaments produits sont souvent vendus à des prix excessifs et inabordables, le traitement de nombreuses maladies n’étant même pas développés car considérés comme non rentables et générant peu de profits. Cela est particulièrement vrai pour les maladies impactant les plus pauvres. Les droits liés à la propriété intellectuelle sont utilisés par les grands groupes pharmaceutiques pour faire monter les prix des médicaments, profitant de droits exclusifs pour produire ces derniers pendant plus de vingt ans. Ces pratiques sont justifiées par la nécessité de retour sur investissement de la recherche, mais en réalité une grande partie de la recherche et du développement provient de fonds publics. C’est souvent le cas pour les recherches les plus innovantes où le risque d’échec est élevé, et c’est le cas pour la recherche actuelle contre le coronavirus.

Les médicaments, un business qui rapporte gros

Les prix exorbitants des médicaments a fait l’objet pendant de longues années de luttes des militants du droit à la santé. La lutte contre le VIH-sida notamment fut marquée par la mobilisation pour forcer les grands groupes pharmaceutiques à baisser les prix des traitements et qu’ils permettent la production de génériques.

L’exemple récent du vaccin contre la pneumonie est une illustration des risques d’un futur vaccin contre le Covid-19. Alors que la pneumonie est la principale cause de mortalité des enfants âgés de moins de 5 ans avec plus de 2 000 morts par jour, deux entreprises pharmaceutiques – GSK et Pfizer – se sont partagé le brevet des vaccins pendant des années. Les prix exorbitant qu’elles en demandaient sont responsables de la mort de millions d’enfants qui n’ont pas pu accéder aux précieux vaccins étant donné leurs coûts. Pendant ce temps, les deux entreprises ont engrangé 50 milliards de bénéfices sur la vente des vaccins contre la pneumonie. Ces seulement en décembre dernier, et après des années de campagnes menées par Médecins sans Frontières (MSF), qu’elles ont accepté de baisser leurs prix. Néanmoins, uniquement pour les pays les plus pauvres, et donc des millions d’enfants n’ont toujours pas accès aux vaccins.

Malheureusement, c’est une histoire qui se répète. En mars, le fabricant de médicaments Gilead a tenté d’élargir son monopole sur un traitement potentiel contre le virus – le Remdesivir, un antiviral ayant fait ses preuves contre la maladie à Ebola. Gilead a dû faire marche arrière qu’après avoir suscité un tollé général. Depuis, Gilead a donné une partie importante de ses stocks actuels de Remdesivir au Gouvernement des États-Unis mais, selon certaines informations, la poursuite de la production de ce médicament devrait assurer à l’entreprise des bénéfices considérables. Certains analystes de Wall Street anticipent que Gilead facturera ce traitement à hauteur de plus de 4 000 dollars par patient, alors même que son coût peut atteindre seulement 9 dollars par patient.

Le monde ne doit pas répéter ces erreurs. La seule façon de sortir de ce cauchemar de la pandémie du coronavirus et d’éviter un recul majeur de la lutte contre la pauvreté est le développement d’un vaccin ou traitement sûr et efficace accessible à toutes et tous.

Un petit groupe de pays riches a déjà acheté plus de la moitié des doses des vaccins à l’étude

Alors qu’ils ne représentent que 13% de la population mondiale, un petit groupe de pays riches a déjà pré-commandé plus de la moitié des doses des 5 vaccins les plus avancés – en phase 3 d’essai clinique – contre la COVID-19. C’est ce qu’à dénoncé Oxfam, en amont d’une réunion des ministres des finances et de la santé du G20 dédiée à la pandémie.

Au-délà d’une inégalités criantes, cette course au vaccin entraine un risque majeur de santé mondiale : ces entreprises pharmaceutiques n’ont pas les capacités de produire un vaccin en quantité suffisante pour toutes celles et ceux qui en ont besoin. Même dans l’éventualité, très peu probable, que l’ensemble des cinq vaccins réussissent la phase de test, environ deux tiers (61%) de la population mondiale n’aura pas accès à un vaccin avant au moins 2022. La probabilité est grande pour que la plupart de ces expérimentations échouent, augmentant ainsi le nombre de personnes sans accès.

Cette course aux vaccins n’est que l’illustration d’un système à bout de souffle, où monopole et profits de grands groupes pharmaceutiques priment sur l’intérêt général et la santé mondiale.

L’un des principaux potentiels vaccins, développé par Moderna, a reçu 2,48 milliards de dollars d’aides publiques dédiées. Malgré cela, l’entreprise a affirmé avoir l’intention de tirer profit de son vaccin et a vendu l’intégralité de ses options d’approvisionnement aux pays riches – à des prix allant de 12 à 16 dollars par dose aux Etats-Unis et jusqu’à 35 dollars la dose dans d’autres pays – rendant ainsi impossible la protection d’un très grand nombre de personnes en situation de pauvreté. Et quand bien même Moderna serait engagée dans des efforts réels pour mettre à l’échelle sa production : des études soulignent que l’entreprise à la capacité de produire des vaccins pour seulement 475 millions de personnes, soit 6% de la population mondiale.

Le coût estimé de la fourniture d’un vaccin à chaque personne sur la planète est inférieur à 1% du coût attendu de la COVID-19 sur l’économie mondiale. Si les gouvernements et les géants pharmaceutiques n’entendent pas les arguments de solidarité, de justice et d’humanité, celui-ci devrait leur parler. Les arguments économiques en faveur de la mutualisation des savoirs et des brevets sont sans appels. Autant que le principe moral.

Les États doivent s’engager en faveur d’un vaccin pour tou-te-s

Vacciner la moitié la plus pauvre de l’humanité contre le coronavirus pourrait coûter moins que quatre mois de bénéfices des grandes compagnies pharmaceutiques. Face à une pandémie mondiale, ayant couté la vie à des centaines de milliers de personnes, les dirigeants mondiaux doivent s’engager à ce qu’aucune barrière ne soit faite à la recherche et au développement, à la production ainsi qu’à la distribution juste et équitable de traitements contre le Covid-19 sous prétexte de la propriété intellectuelle. Nous appelons à un accord concret qui priorise le droit à la santé plutôt que les intérêts et profits des grands groupes pharmaceutiques.

Un élan international en faveur de la reconnaissance du futur vaccin comme « bien public mondial »

Le 4 mai dernier, à l’initiative de l’Union européenne, des chef-fe-s d’Etat du monde entier se sont réuni-e-s pour lancer une coopération internationale en faveur du futur vaccin contre le coronavirus. Cette conférence a apporté son soutien à une initiative mondiale sur les diagnostics, les traitements et les vaccins pour toutes et tous lancée quelques jours plus tôt sous l’égide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) : Act-Accelerator. Près de 7,4 milliards d’euros ont été mobilisé par le Etats pour financer le développement d’un traitement et d’un vaccin contre le coronavirus. La France ayant contribué à hauteur de 500 millions d’euros. Le grand absent de cette conférence était les Etats-Unis, refusant de s’inscrire dans une dynamique multilatérale de coopération en faveur d’un vaccin pour toutes et tous.

Le Président français Emmanuel Macron a fait partie des premiers leaders mondiaux à s’engager en faveur d’une coopération internationale pour l’accès à toutes et tous aux traitements. Aux côtés d’autres leaders européens tels qu’Angela Merkel, Giuseppe Conte et Ursula Von der Leyen, il a publié une tribune en marge de la conférence du 4 mai appelant à faire des futurs traitements et vaccin contre le coronavirus « un bien public mondial d’une importance unique pour notre siècle » et déclarant « avec nos partenaires, nous nous engageons à le rendre disponible, accessible et abordable pour tous ».

De nombreux dirigeants mondiaux, actuels et anciens, tels que Cyril Ramaphosa, président sud-africain, Imran Khan, Premier ministre pakistanais, Michel Sidibé, ministre de la santé malien, Winnie Byanyima, directrice d’ONUSIDA, Ellen Johnson Sirleaf, ancienne présidente du Libéria, et personnalités de renoms tels que Thomas Piketty et Nora Lustig ont signé une lettre ouverte en faveur d’un vaccin universel et gratuit pour toutes et tous, appelant les gouvernement à ne pas favoriser les grands groupes pharmaceutiques au détriment de millions de vies.

Défendre l’intérêt général contre les profits des grands groupes pharmaceutiques à l’Assemblée mondiale de la Santé

Lundi 18 mai 2020, les ministres de la Santé du monde entier se réuniront dans le cadre de la 73ème Assemblée mondiale de la Santé. Cette année l’ordre du jour est l’adoption d’une résolution pour mettre en place une coordination mondiale de lutte contre la pandémie du coronavirus et fixer les règles du jeu des futurs traitements et vaccins.

Dans sa version initiale du projet de résolution, l’Union européenne avait proposé un langage positif sur la mise en commun des brevets issus de la recherche contre le coronavirus, ce qui serait une étape décisive dans la reconnaissance mondiale du vaccin comme bien public mondial.

Néanmoins, les États-Unis font pression dans les négociations de la résolution pour remplacer les principes de mise en commun des brevets par une défense des droits de propriété intellectuelle, pour défendre les intérêts des grands groupes pharmaceutiques.

Les pays européens doivent s’opposer à cette tentative américaine de faire primer les intérêts économiques au détriment de millions de vies. La voix de la France est attendue !

Les demandes d’Oxfam pour un vaccin pour toutes et tous !

Oxfam propose donc un plan mondial en quatre points pour garantir un accès juste au futur vaccin contre le coronavirus, qui appelle aux actions suivantes :

  • Partage obligatoire de la totalité des connaissances, des données et de la propriété intellectuelle en relation avec le Covid-19, et engagement à accorder des financements publics uniquement à condition que les traitements ou les vaccins mis au point soient exempts de brevet et accessibles à tou-te-s.
  • Engagement à accroître les capacités mondiales de fabrication et de distribution des vaccins, financé par les pays riches. À cette fin, il faut bâtir des usines dans les pays disposés à partager et investir dès maintenant dans les millions de travailleurs et travailleuses de la santé supplémentaires nécessaires pour assurer la prévention, les traitements et les soins, tant aujourd’hui qu’à l’avenir.
  • Élaboration d’un plan de distribution équitable, approuvé par tous les pays, avec une clause non modifiable garantissant l’équité afin que l’approvisionnement soit basé sur les besoins et non sur la capacité à payer. Les vaccins, les traitements et les tests devront être produits puis fournis aux pays et aux organisations au plus faible coût possible, idéalement à un coût maximal de 2 dollars par dose de vaccin, et administrés gratuitement à toute personne en ayant besoin.
  • Engagement à corriger le système de recherche et développement de nouveaux médicaments, qui est défaillant. En effet, ce système donne priorité aux bénéfices des compagnies pharmaceutiques plutôt qu’à la santé des habitant-e-s du monde entier, si bien que de nombreux médicaments nécessaires mais non rentables ne sont jamais mis au point, tandis que ceux qui voient le jour sont souvent trop coûteux pour les pays et les personnes les plus pauvres.

Ne pas garantir la disponibilité d’un vaccin gratuit pour tous serait indécent.

Ensemble, appelons tous les dirigeants mondiaux à garantir un vaccin gratuit et distribué équitablement à tous et toutes dans le monde !