Dans le camp de Lesbos, le piège continue pour les déplacées 1 an après l’incendie

Dans le camp de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, plus de 12 000 migrant-e-s étaient contraint-e-s de vivre, parfois durant des années, dans un espace prévu pour moins de 3 000 personnes. Environ 40% étaient des enfants, dans la majorité des cas, prises au piège des procédures de demandes d’asile. Aujourd’hui, dans le camp de Mavrovouni, dit « Moria 2 », temporaire et construit sans planification, les conditions de vie pour les 4000 personnes environ qui sont installées, sont toujours aussi désastreuses. Une preuve de plus du manque de volonté et responsabilité au sein de l’espace européen, directement engendrée par la crise des politiques migratoires de l’Union européenne.

Depuis 2015, Oxfam agit face à cette situation, en soutenant les actions des organisations locales partenaires. Nous apportons d’une part un soutien juridique aux personnes en demande d’asile et d’autre part offrons un espace de protection aux femmes et aux filles, populations les plus vulnérables du camp.

Un an après l’incendie du camp de Moria, le piège continue pour les demandeurs d’asile

Le feu du 8 septembre 2020 n’avait fait que s’ajouter à une situation humanitaire sur laquelle nous avions sonné l’alarme depuis déjà bien trop longtemps. Aujourd’hui la situation au camp de « Moria 2 » reprend le même chemin et ne s’explique qu’à cause d’une politique migratoire européenne désastreuse, injuste et inhumaine. Même face au Covid-19 l’assistance est loin d’être suffisante : environ 91% des milliers de personnes qui se retrouvent dans le piège de Lesbos ne sont pas vaccinées.

C’est ainsi que plusieurs milliers de personnes se retrouvent un an après dans les mêmes conditions indignes, après avoir auparavant été obligées de fuir leur pays, la guerre et les persécutions.

Dans la nuit du 8 septembre 2020, un gigantesque incendie a détruit l'intégralité du camp de Moria, sur l'île de Lesbos en Grèce. Plus de 12 000 personnes y survivaient, dans un camp prévu pour 3 000 personnes tout au plus. Crédit : Yousif Al Shewaili / Oxfam
Dans la nuit du 8 septembre 2020, un gigantesque incendie a détruit l'intégralité du camp de Moria, sur l'île de Lesbos en Grèce. Plus de 12 000 personnes y survivaient, dans un camp prévu pour 3 000 personnes tout au plus. Crédit : Yousif Al Shewaili / Oxfam

La solidarité citoyenne pour pallier aux conséquences de politiques inhumaines

Le nouveau camp était censé être temporaire, mais le voici 1 an après encore en place, incapable d’offrir des conditions dignes et justes pour les 4000 personnes environ qui sont dans le site. Dans le même temps, les conditions juridiques se compliquent pour les personnes en provenance de plusieurs pays, notamment l’Afghanistan, qui peuvent se voir obligées de retourner vers la Turquie, même si le pays n’acceptent plus de personnes depuis 2020.

L’accès aux services les plus essentiels tels que l’eau potable, produits d’hygiène, systèmes d’assainissement, médecins ou conseillers juridiques, n’y seront toujours pas assurés.

Une situation à Moria dénoncée depuis plusieurs mois, mais ignorée

Les conditions de vie dans les différents camps de l’île de Lesbos sont signalées de longue date par Oxfam mais aussi d’autres ONG.

 

Nous écrivions déjà en octobre 2019 : « […] les personnes fuyant des persécutions et conflits continuent de débarquer régulièrement sur les îles grecques, où elles sont contraintes de demeurer dans des conditions sordides et inhumaines. […] Ces femmes, hommes et enfants vivent dans des conditions sanitaires et sécuritaires inimaginables et manquent de tout. »

 

Ces dénonciations se sont renforcées avec l’arrivée de la Covid-19 et de la crise sanitaire qui a suivi. Là encore, nous avons donné l’alerte. D’importants problèmes d’hygiène étaient présents avant même la pandémie du fait de la surpopulation du camp. La COVID-19 ne fait qu’aggraver cette situation et met en danger des milliers de personnes, migrant-e-s comme habitant-e-s de l’île. Quand se laver les mains, avoir accès à un robinet, à un savon, ou se distancier des autres relève de l’impossible, lutter contre la pandémie est un défi.

Dans le camp de Moria, des milliers de personnes n’avaient accès à l’eau que cinq à six heures par jour, tandis que d’autres n’en avaient aucun. Jusqu’à 160 personnes utilisaient une même toilette, sale et mal entretenue, et il y avait plus de 500 personnes par douche. Dans certaines parties du camp, 325 personnes devaient partager un seul robinet et il n’y avait souvent pas de savon.

Au cours des derniers mois, en pleine pandémie, les autorités grecques ont imposé de strictes restrictions pour ces demandeurs d’asile. Des limitations de mouvement à l’intérieur du camp étaient mises en place, au lieu de renforcer la prévention et les réponses adéquates. Une situation prolongée à plusieurs reprises au cours des six derniers mois.

 

Pour la journée mondiale des réfugié-e-s, le 20 juin dernier, Sara, jeune femme contrainte de vivre dans le camp de Moria, témoignait déjà de son quotidien : « Les mesures mises en place face à la pandémie de la COVID-19 m’ont fait me sentir encore plus isolée, abandonnée, enfermée et sale. Je me suis retrouvée à devoir passé toutes mes journées allongées dans une petite tente, dans l’humidité. »
A Lesbos, dans le camp de Moria, plus de 13 000 migrants, dont 40% d'enfants, sont contraints de vivre dans des conditions inhumaines. Crédit : Giorgos Moutafis/Oxfam
A Lesbos, dans le camp de Moria, plus de 13 000 migrants, dont 40% d'enfants, sont contraints de vivre dans des conditions inhumaines. Crédit : Giorgos Moutafis/Oxfam

La politique migratoire de l’Union européenne à l’origine de la situation dans le camp de Moria

Oxfam ne dénonce pas seulement les conditions de vie au sein du camp de Moria, mais plaide auprès des principaux responsables de cette tragédie : l’Union européenne et ses politiques migratoires.

Nous avons assisté depuis longtemps à des refoulements aux frontières grecques, à des détentions systématiques. Mais nous témoignons également, depuis des mois, de garanties insuffisantes au sein même des processus de demandes d’asile : des processus accélérés sans accompagnement, pas d’accès à un médecin pour déterminer le degré de vulnérabilité d’une personne, un élément pourtant clé au moment du choix de la procédure à suivre, un manque d’informations sur les étapes et les délais… Des procédures qui semblent accroître les « chances » qu’une personne fuyant les conflits, les persécutions ou la guerre, ne bénéficie pas de la protection internationale, au lieu de réellement permettre le respect du droit d’asile.

Ces personnes en demande d’asile font déjà face à de nombreux traumatismes, et ne parlent pas la langue locale. Pourtant, elles sont tout de même obligées de s’en sortir sans aide gouvernementale ni accompagnement, à l’exception de celle que des ONG telles que les partenaires d’Oxfam sont en mesure de leur apporter.

Dans son rapport de décembre 2019 « No-Rights Zone », Oxfam France alertait déjà sur les procédures d’asile interminables que devaient subir les personnes en quête de protection. Un manque de soutien pour comprendre les différentes démarches du processus se faisait ressentir. Ce rapport alertait sur le manque d’assistance juridique et médicale, faute d’informations précises et de personnels suffisants.

Le nouveau « Pacte sur l’Asile et la migration » : la politique migratoire de l’Union européenne ne va toujours pas dans le bon sens

En septembre 2020, l’évolution des politiques migratoire européennes ne semblent toujours pas être en faveur d’une priorisation du respect du droit d’asile, ni de la cohérence de l’Union européenne avec les valeurs qui sont les siennes.

Le « nouveau Pacte sur l’Asile et la migration » de l’Union européenne, récemment présenté, ne semble pas mette en cause les échecs du passé, ni de donner accès à des procédures d’asile justes aux personnes en quête de protection. Cette politique migratoire continue de mettre la pression aux frontières de l’Europe, en Italie et en Grèce notamment. Elle maintient les prises de décisions dans les centres aux frontières, les fameux « hotspots », où une personne aura que quelques jours pour présenter une demande et être acceptée, ou renvoyée. Quelques jours sans avoir l’assistance légale ou médicale nécessaire pour que la demande soit correctement réalisée.

Ce nouveau Pacte ne vient pas non plus renforcer un principe de « responsabilité commune » entre tous les Etats membres de l’Union européenne, bien au contraire. Les Etats refusant de prendre en charge les demandes d’asiles ont désormais la possibilité de participer à la « solidarité commune ». Il leur suffit de assumer les renvois vers les zones frontalières des personnes refusées sur leur territoire.

Les procédures vont également être encore plus accélérées dans ces mêmes espaces frontaliers, sans pour autant penser aux moyens nécessaires pour accompagner les demandes d’asile. C’est justement ce que nous témoignons et dénonçons depuis des années au camp de Moria.

En résumé, ce nouveau Pacte sur l’asile et la migration, présenté le 23 septembre 2020, ne semble malheureusement pas remettre en cause la stratégie européenne actuelle, ni l’approche par les « hotspot ». Aucune leçon ne semble être tirée de la tragédie de Lesbos, et l’Union européenne semble à l’inverse s’incliner devant les gouvernements anti-migration et anti-réfugiés.

Des préoccupations croissantes au regard des procédures légales

Depuis l’incendie qui a ravagé l’intégralité du camp de Moria à Lesbos, l’inquiétude concernant la situation des personnes réfugiés ne fait que grandir. Peu d’informations sont transmises sur le nouveau camp temporaire. Les autorités grecques ont annoncé que les relocalisations vers le continent ou vers d’autres États membres de l’Union européenne ne seront possibles que pour les demandeurs d’asile vivant à l’intérieur de ce camp temporaire.

Les entretiens pour les demandes d’asile reprendront le 21 septembre.  En revanche, sans la possibilité de faire appel à des avocats ou de délivrer les documents nécessaires tels qu’une preuve de résidence à Lesbos, parties en fumée durant l’incendie. Des aides juridiques sont ainsi totalement inaccessibles au sein du nouveau camp.

Oxfam demande aux pays membres de l’Union européenne et au gouvernement grec des procédures justes, efficaces et équitables. De même, il est important de ne pas réitérer les erreurs commises jusqu’à présent, d’éviter un nouveau « camp de Moria » et à l’inverse d’assurer la sécurité des migrant-e-s, demandeurs d’asile et
réfugié-e-s, en leur apportant l’aide médicale et légale dont ils ont besoin.