Israël – Palestine : tirer les leçons des échecs passés

L’annonce du plan de « paix » de l’administration Trump, réalisée le 28 janvier 2020, constitue en réalité une feuille de route vers l’occupation permanente. Elle intervient dans un contexte de violences régulières à Gaza dans le cadre d’un blocus illégal depuis plus de 12 ans et le développement des colonies israéliennes en Cisjordanie. L’horizon du processus de paix israélo-palestinien plus d’un quart de siècle après la signature des accords d’Oslo semble pour le moins bouché. Plutôt qu’une reprise des négociations, Oxfam craint que les annonces et initiatives américaines récentes ne provoquent une escalade de la violence et appelle à élargir le dialogue, notamment avec les sociétés civiles de la région, afin de poser les bases d’une paix juste et durable.

C’est dans ce contexte qu’Oxfam, présente depuis les années 1980 dans les Territoires palestiniens occupés aux côtés de la société civile israélienne et palestinienne, est le témoin quotidien des conséquences des lacunes du processus d’Oslo et des violations systématiques des droits humains de la population palestinienne entraînée par l’occupation israélienne.

S’appuyant sur des entretiens menés en 2019 avec un large éventail d’observateurs palestiniens, israéliens et internationaux de premier plan, Oxfam publie un rapport s’attachant à cerner au mieux les causes des échecs d’Oslo, dans l’optique de définir les paradigmes d’un nouveau processus de paix inclusif et basé sur les droits.

Les actions d’Oxfam dans les territoires palestiniens occupés et en Israël

Plus de cinquante ans après la fin de la guerre des Six Jours, l’occupation des Territoires palestiniens par Israël a pénétré tous les aspects de la vie quotidienne des 4,8 millions de Palestiniennes et Palestiniens qui vivent en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza. Près d’un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté et les perspectives d’emploi, de sécurité et de santé se trouvent fortement limitées par l’occupation et le blocus israélien.

Le poids du conflit et de l’occupation crée des conditions de vie éprouvantes qui minent les communautés. Plus de la moitié de la population palestinienne dépend de l’aide internationale et près de deux millions de personnes vivent bloquées à Gaza, avec un accès très limité aux services les plus essentiels. Privés du droit de circuler, des millions de Palestiniennes et Palestiniens se retrouvent séparés de leur famille et n’ont aucune perspective.

Le travail d’Oxfam porte essentiellement sur le développement agricole et la protection des droits des femmes. Ainsi en Cisjordanie, Oxfam milite pour les droits des communautés à demeurer sur leurs terres, et défend les droits des femmes et des groupes marginalisés à participer aux décisions qui ont des répercussions sur leurs vies.

À Jérusalem-Est, Oxfam aide les femmes à démarrer leurs activités de micro-entreprenariat, soutient les partenaires locaux pour améliorer les infrastructures scolaires et veiller également à ce que les habitant-e-s bénéficient d’une aide juridique pour les aider à rester dans leur ville.

A Gaza, Oxfam travaille avec les agriculteurs et les pêcheurs qui se voient refuser l’accès à leurs moyens de subsistance. L’organisation fournit de l’eau potable et des services d’assainissement et apporte une aide d’urgence lors des pics de violence.

 

La fin du blocus de Gaza et des colonies israéliennes, conditions nécessaires à la paix

Oxfam milite également pour la fin du blocus à Gaza et des colonies en Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est), la sécurité de toute la population civile et le respect du droit international.

Les colonies israéliennes sont reconnues comme une violation du droit international et un obstacle majeur à la paix. Dans le cadre de son travail au quotidien, Oxfam constate l’impact néfaste des colonies israéliennes sur la vie et les moyens de subsistance des commerçants, des agriculteurs et des éleveurs palestiniens. Ces colonies sont une cause majeure de la pauvreté et du non-respect des droits dans les Territoires palestiniens occupés.

Pour autant, les colonies continuent de s’étendre en Cisjordanie. Au cours des vingt dernières années, la population de colons a plus que doublé pour atteindre aujourd’hui 600 000 personnes en incluant Jérusalem-Est.

Pour l’étiquetage des produits issus des colonies

Ce sont également les raisons pour lesquelles Oxfam s’oppose au commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie dès lors qu’elles sont construites illégalement, aggravant la pauvreté de la population palestinienne et compromettant les chances qu’une solution à deux États aboutisse.

Le commerce avec les colonies, ou les entreprises situées dans les colonies, contribue à légitimer leur présence et à nier les droits humains des Palestiniens. Oxfam encourage donc une consommation éthique et soutient le droit des consommateurs européens à connaître l’origine des produits qu’ils achètent. C’est pourquoi Oxfam appelle l’Union Européenne et la France à assurer un bon étiquetage des produits issus d’Israël et des colonies, afin que les consommateurs puissent les distinguer. De ce fait, Oxfam soutient la récente décision de la Cour de Justice de l’UE (CJUE) statuant sur un étiquetage obligatoire des produits importés issues des colonies israéliennes.

En revanche, Oxfam n’est pas opposée au commerce avec Israël et ne souscrit pas au boycott d’Israël.

 

Apprendre des échecs du passé pour enclencher un processus de paix durable

Ce sont les jeunes Palestiniens et Palestiniennes qui portent aujourd’hui le fardeau des échecs du processus d’Oslo initié 26 années plus tôt. Dans ce rapport, publié en novembre 2019, Oxfam tâche de relever les principales lacunes et ambiguïtés déjà présentes dans les textes signés à Oslo en 1993 afin d’en tirer les leçons et relancer un processus de paix plus urgent que jamais entre les Israéliens et les Palestiniens.

Le droit humanitaire et international comme base du processus de paix

Oxfam note par exemple qu’Israël a pu exercer des pressions économiques et militaires sur l’Autorité Palestinienne pour qu’elle se conforme aux accords d’Oslo, tandis que les Palestiniens dépendaient de la communauté internationale pour inciter Israël à respecter ses engagements – quand bien même cette communauté internationale n’a pas été mandatée pour le faire.

Oxfam recommande donc que les prochaines négociations soient ancrées dans le droit humanitaire et le droit international, et que des mécanismes de contrôles par des tiers soient clairement définis dans le cadre de délais fixés dans le temps par des textes réglementaires.

Inclure les femmes et la jeunesse dans le processus de paix

Autre élément crucial étudié dans le cadre de ce rapport: les négociations de paix doivent être inclusives, et ne peuvent plus ignorer le mal-être des femmes et de la jeunesse palestinienne.

En effet, les jeunes de moins de 29 ans constituent plus de 50% de la population du territoire palestinien occupé. Le taux de chômage dans la seule bande de Gaza s’élève à 52% et atteint même 74% pour les femmes et 69% pour les jeunes qui vivent à Gaza. De plus, le peuple palestinien n’a jamais pu exercer un contrôle souverain sur son économie, ce qui le rend dépendant de l’aide internationale pour sa survie quotidienne.

Oxfam considère que la communauté internationale porte en partie la responsabilité de l’échec du processus de paix. Il est urgent de prendre des mesures concrètes pour mettre fin à cette impasse et développer un nouveau processus de paix inclusif et reposant sur les droits et les principes.

Les populations israéliennes et palestiniennes méritent de vivre dans la dignité, sans craindre la violence ou l’oppression. Oxfam appelle la communauté internationale à ne pas laisser se reproduire un demi-siècle de violence, d’instabilité et d’incertitude.