L’impact de la mode : drame social, sanitaire et environnemental

Quel est l’impact de la mode, et de l’évolution de l’industrie textile, sur la planète et pour les personnes qui travaillent dans les chaînes de production ? L’industrie du textile engendre des impacts socio-environnementaux désastreux à l’échelle mondiale. Le secteur de la mode compte parmi les industries ayant un des impacts les plus importants sur les changements climatiques et renforce les inégalités socio-économiques à travers le monde. Les multinationales de la « fast fashion » (mode rapide, jetable, basée sur l’hyperconsommation) sont les principales actrices de ces catastrophes. Les populations les plus pauvres de la planète sont celles qui en paient le prix fort. Oxfam France propose des produits de seconde main dans ses magasins solidaires et valorise la mode éthique, afin de lutter contre la surconsommation et ses conséquences sur l’environnement et les salarié·e·s dans les chaînes de production.

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Le drame du Rana Plaza, électrochoc pour les consommateurs

Le 24 avril 2013, dans la banlieue de Dacca au Bangladesh, le Rana Plazza s’est effondré. Cette usine textile de huit étages produisait des vêtements pour de grands distributeurs européens de mode rapide dite « fast-fashion ». Le bilan humain s’est avéré catastrophique : 1 138 ouvrier·e·s ont perdu la vie et 2 500 ont été blessé·e·s. Mondialement médiatisé, l’effondrement de l’immeuble a éveillé les consciences des consommateurs et des consommatrices et a mis en lumière les conditions de production déplorables de l’industrie textile.

Cet événement a-t-il pu constituer un premier « électrochoc », porteur d’un nouveau mode de consommation ?

Depuis quelques années, un nouveau mode de consommation et de production se fait jour, fondé sur la volonté de développer une mode éthique et durable (« slow fashion »). Location de vêtements, circuits courts de production et de distribution, promotion du « Made in France » ou « Made in Europe », sont des exemples de pratiques liées à cette nouvelle façon de penser la mode.

Les conditions de production des travailleurs ont évolué sur les questions sécuritaires et salariales depuis l’effondrement du Rana Plaza, mais cela reste encore minime et insuffisant. Les manifestations ouvrières et les grèves se poursuivent. En janvier 2019, cinquante-deux usines au Bangladesh ont été bloquées par les ouvriers réclamant de meilleurs salaires.

La mode au détriment de la planète et des hommes

Les constats du rapport « La mode sans dessus dessous » de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) sur l’impact de la mode, de l’industrie textile, sur l’environnement sont explicites :

  • 100 milliards de vêtements par an sont vendus dans le monde.
  • l’industrie textile est le troisième secteur le plus consommateur d’eau dans le monde après la culture du blé et du riz. La production de textile utilise 4% de l’eau potable disponible dans le monde.
  • 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre sont émis chaque année par le secteur du textile, soit 2% des émissions de gaz à effet de serre mondiaux.

L’impact de la mode jetable :  un désastre socio-environnemental

Traditionnellement, l’industrie de la mode produisait deux collections par an : la collection estivale et la collection hivernale. Cependant, depuis le début des années 2000, la mode rapide et jetable est en plein essor. A l’heure actuelle, 100 milliards de vêtement sont produits par an, soit 60 % de plus qu’il y a quinze ans.

La mode dite rapide ou jetable, communément appelée « fast-fashion » correspond au renouvellement des collections de manière intensive et massive. Ainsi, toutes les semaines, de nouvelles collections sont proposées en magasins à prix toujours plus bas. La dimension économique prime au détriment des aspects écologiques et sociaux. La mode jetable répond autant qu’elle alimente une demande des consommateurs qui en veulent plus et à un moindre coût. Avec une qualité moindre des vêtements produits et des tendances toujours plus éphémères, le phénomène de surconsommation s’en trouve amplifié.

Cette production et surconsommation de masse sont à l’origine du désastre socio-environnemental de l’industrie textile.

1° La production des matières premières :

  • Les matières synthétiques : le polyester est la matière synthétique la plus produite. Le polyester représente 70% de la production de matière première issue du pétrole. Cette production est responsable de 31% de la pollution plastique des océans. Cela correspond à 500 000 tonnes de micro plastiques reversées dans les océans.
  • Les matières végétales : le coton représente ¼ de la production mondiale de matière primaire issue de l’agriculture. L’impact environnemental de la culture du coton conventionnel est alarmant : l’utilisation d’engrais et de pesticides est abusive. L’eau, en grande quantité, est indispensable pour la production du coton.
  • Les matières animales : fortement utilisées dans l’industrie du textile, la laine (de mouton, de chèvre et d’alpaga), la fourrure (de lapin et de vison), le cuir (de veau, de vache ou d’agneau) et la soie sont convoitées. Cela au prix – trop souvent – de la maltraitance animale et de l’élevage intensif.

2° La fabrication ou la transformation des matières premières

Dans le processus de fabrication, l’utilisation de substances chimiques au cours des différentes étapes de production est une des causes principales de la pollution des eaux par l’industrie textile. Les eaux usées et non traitées sont rejetées directement dans les océans.

3° Le transport

Par soucis de rentabilité, les firmes multinationales externalisent leur production dans les pays du Sud. On considère qu’un jean parcourt en moyenne 65 000 km du champ de coton au magasin de vente, soit 1,5 fois le tour de la planète.

Ainsi, les 1,2 milliards de gaz à effet de serre générés par l’industrie textile résultent de la fabrication et du transport des produits. Ces émissions sont égales à celles du trafic aérien et maritimes mondiales réunies.

4° L’entretien des produits textiles

La pollution de l’industrie textile ne s’arrête pas au cycle de production. En effet, elle continue après la vente des produits. 12 % de la consommation d’eau d’un vêtement est réalisé post-achat, lors de l’entretien du vêtement, au cours de son lavage. Du fait de celui-ci, c’est 500 000 tonnes de microfibres (trop petites pour être filtrées dans les stations d’épuration) non-biodégradables qui sont retrouvées dans l’océan chaque année, soit l’équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastiques.

5° Le gaspillage vestimentaire

Dans ce système basé sur la surconsommation, la mode jetable porte bien son nom. En Europe, 4 milliards de tonnes de déchets vestimentaires sont jetés par an. 20 % des vêtements sont recyclés (parmi eux, 2/3 sont réutilisés et 1/3 sont transformés en chiffons ou en isolants). 80% sont jetés en décharge ou incinérés. Le site d’informations Novethic a résumé l’ampleur du gaspillage vestimentaire avec ces quelques chiffres :

  • 70% des vêtements qui constituent notre garde-robe ne sont pas portés.
  • Chaque année, un Français achète 9kg de vêtements et en donne 3 kg.
  • En moyenne, les vêtements sont portés 7 à 10 fois.
  • L’équivalent d’une benne de vêtements est jetée chaque seconde dans le monde.

Cependant, le gaspillage vestimentaire ne concerne pas seulement les consommateurs mais aussi les marques de mode rapide. En effet, pour que les prix restent abordables, les marques se doivent de produire en masse. Ainsi, les invendus sont stockés mais cela a un coût onéreux : le loyer des entrepôts de stockage et les impôts sur le stockage. Aussi, le recours à l’incinération des invendus est très fréquent. Il est courant que les entreprises elles-mêmes jettent leur production et contribuent au gaspillage vestimentaire.

L’esclavagisme moderne lié aux pratiques inadmissibles de l’industrie textile

Le secteur de la mode emploie 75 millions de personnes à travers le monde. L’industrie du textile dite « jetable » a des conséquences sociales : exploitation des enfants, des femmes, salaires précaires et conditions de travail indécentes. En effet, les multinationales sous-traitent et externalisent leur production dans un souci de rentabilité.

Le choix des pays où sont produits puis importés les vêtements répond à des critères « stratégiques » : la main d’œuvre y est moins onéreuse et la réglementation sur l’usage des pesticides et des engrais n’est pas toujours mise en place. En Europe, le droit du travail protège les collaborateurs quant à leurs conditions salariales. La mise en place de la procédure « Reach » sur le marché européen assure par exemple un contrôle partiel sur la fabrication et l’utilisation des substances chimiques.

Les enfants, les exploités de l’industrie textile

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 111 millions d’enfants de moins 15 ans exercent un travail dangereux à travers le monde. Au Bangladesh, 15% des enfants issus des bidonvilles de la capitale de Dacca âgés de 6 à 14 ans exercent un travail à temps plein. Déscolarisés, ils travaillent 64 heures par semaine pour 30 euros par mois. Passés 14 ans, le pourcentage d’enfants issus de bidonvilles travaillant dans l’industrie textile passe à 50%.

Les inégalités criantes dans la chaîne de production

Novethic compare les « sweatshops », ateliers du XIXème siècle en Grande Bretagne et aux Etats-Unis dans lesquels l’exploitation des employés prévalait, aux industries du textile et du jouet actuelles. Les conditions de travail des sweatshops répondent aux critères suivant :

  • Salaire indécent, en dessous du seuil de pauvreté.
  • Surexploitation lié au temps de travail (volume horaire journalier trop élevé, jours de repos insuffisant, heures supplémentaires forcées et non rémunérées).
  • Précarité du travail (aucune protection sociale, syndicale et sécuritaire de l’emploi).

Dans le rapport « Sans Dessus Dessous » de l’ADEME, sont relevés les risques d’intoxications (liées au tannage des matières animales et à la transformation des matières premières) et de maladies (telle que la silicose, affection pulmonaire incurable, due aux traitement spéciaux).

Le dossier « Textile : Cessons de creuser le gouffre des inégalités », réalisé en septembre 2017 par Oxfam Belgique, met en avant la division internationale du travail de l’industrie textile. Il souligne les inégalités au sein de la chaîne de production ainsi que l’impact environnemental et social mondial du secteur.

La surexploitation des femmes

Les femmes représentent 60 millions de travailleurs au sein de l’industrie textile dans le monde, avec un volume horaire journalier de 12 heures pour un gain de 1,5 centimes par pièce. Soit 0 ,6% du prix du produit confectionné.

Dans un rapport de l’ONG Human Rights Watch, de nombreuses violations des droits du travail ont été dénoncées, notamment au Pakistan par les « travailleuses invisibles ». Ces ouvrières de l’industrie textile sont exploitées depuis leur domicile, échappant ainsi à la réglementation du droit du travail.

La promotion de la seconde main au service de la solidarité dans les magasins Oxfam

Oxfam France possède plusieurs « Charity shops » depuis une dizaine d’années, c’est-à-dire des magasins solidaires de seconde main, sur le modèle des boutiques développées par Oxfam en Grande Bretagne depuis les années 1940. On compte aujourd’hui près de 700 magasins Oxfam de seconde-main au Royaume-Uni.

Ces magasins ont un double objectif :

  • Promouvoir la seconde main et ainsi défendre une mode plus durable, responsable, à rebours de la « fast fashion » et de toutes ses conséquences.
  • Collecter des fonds pour soutenir les actions de l’association Oxfam France, par la revente des produits donnés en magasins.

Choisir la seconde main, c’est défendre un autre mode de consommation, plus durable, plus responsable. Dans nos magasins, nous montrons que ce mode de consommation est possible et le rendons accessible au plus grand nombre. Pour cette raison, depuis 2019, Oxfam a lancé un nouveau défi à tous les consommateurs et consommatrices : ne rien acheter de neuf durant un mois entier ! C’est le #SecondHandSeptember ! L’occasion de montrer que la réutilisation, mais également la modération de sa consommation, sont tout à fait possible. En changeant progressivement nos modes de consommation, nous avons le pouvoir de faire advenir un monde plus durable et juste. 

Dans son Dressing à Paris, Oxfam France offre également des produits neufs proposés par des marques de mode éthique qu’elle met en lumière. Par leur mode de production et le choix de leurs matières premières, ces marques valorisent les circuits courts, la transparence, le respect des travailleurs et de l’environnement.

Chaussures produites par la marque éthique et responsable Jules & Jenn, revendues dans le Dressing d'Oxfam, pour lutter contre l'impact de la mode jetable.
Le Dressing d'Oxfam promeut une mode responsable et durable, en vendant des articles de seconde-main et de marques éthiques partenaires.
Des articles neufs, de marques éthiques partenaires, sont disponibles au Dressing d'Oxfam.

Aujourd’hui, Oxfam France possède six bouquineries et friperie sur le territoire. Au-delà de la revente de produits issus de l’industrie textile, l’association promeut ainsi également la revente de livres, de CD et vinyles, de jouets et d’objets de décoration de seconde main.