Multinationales vs paysans africains : qui profite de la Nouvelle Alliance du G8 ?

Hier, la FAO, l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, annonçait que 805 millions de personnes souffraient de la faim dans le monde, soit une personne sur 9. L’organisation se félicitait de la baisse de ce chiffre depuis plusieurs années.

Bien entendu, tout progrès dans la lutte contre la faim est un signe positif, mais 805 millions de personnes, c’est encore trop de vies menacées. A Oxfam, nous travaillons depuis de nombreuses années sur les causes profondes de l’insécurité alimentaire et les solutions concrètes qui peuvent être apportées.

Le G8 réfléchit lui aussi depuis plusieurs années à la question, mais n’a pas forcément les mêmes réponses que nous… ou la même persistance dans son engagement à lutter contre la faim dans le monde.

En 2009, en Italie, les chefs d’Etats et de gouvernement avaient promis 22 milliards de dollars sur trois ans pour lutter contre la faim et la malnutrition, mais à la fin de la période d’engagement, plus d’un quart des financements promis manquaient toujours à l’appel.

En mai 2012, à la veille du G8 de Camp David, nouvelle annonce, celle d’une "Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition". La particularité cette fois ci est l’objectif clairement affiché de mettre à contribution le secteur privé afin que celui-ci vienne compenser, par ses investissements, l’incapacité des gouvernements à tenir leurs engagements budgétaires.

Notre enquête

Deux ans plus tard, avec Action contre la faim et le CCFD-Terre Solidaire, nous avons voulu faire le bilan de cette initiative. Nous avons mené une enquête approfondie : nous avons réalisé des études de terrain au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, mais également rencontré de nombreux membres de la société civile africaine et analysé l’ensemble des documents officiels disponibles.

Nos conclusions viennent d’être publiées dans un rapport au nom sans ambigüité : "La faim, un business comme un autre". En effet, le constat est sans appel : la Nouvelle Alliance menace la sécurité alimentaire en Afrique et a des conséquences néfastes sur le droit à l’alimentation des populations les plus vulnérables, sur la lutte contre la malnutrition, le développement des PME africaines, les droits fonciers des paysans et leur accès aux semences et aux ressources naturelles.

Pourquoi un constat aussi négatif ? Notre étude de la Nouvelle Alliance nous a montré que  le véritable objectif du G8 n’était pas de mettre fin à la pauvreté et à l’insécurité alimentaire en Afrique, mais de faire profiter leurs entreprises de perspectives de croissance et de profit. Nous avons par exemple constaté que de nombreux pays africains parmi les plus gravement affectés par l’insécurité alimentaire et nutritionnelle sont laissés en dehors de cette initiative. Ce sont plutôt les pays qui offrent le plus de perspectives de croissances et de profits pour les multinationales et les gros investisseurs qui ont été ciblés en priorité. 

De l'intérêt du public

Nous ne sommes pas par essence opposés à l’intervention du secteur privé dans la lutte contre la faim, toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre pour permettre au plus de grand nombre de personnes de vivre dignement. Mais les entreprises ne doivent pas se substituer aux Etats, et les investissements agricoles du secteur privé ne peuvent venir qu’en complément d’investissements publics de qualité.

Le rapport souligne en particulier le rôle trouble de la France. Si cette dernière s’est dans un premier temps montrée relativement critique face à la Nouvelle Alliance, elle figure aujourd’hui parmi les trois premiers contributeurs de l’initiative, à hauteur de à 754 millions d’euros par an. Surtout, la France fait preuve d’un manque total de transparence quant aux financements qu’elle accorde aux multinationales membres de l’Alliance (via PROPARCO, la filière de l’Agence Française de Développement dédiée au secteur privé).

Lutter contre la faim n'est pas qu'une question de quantité

Olivier De Schutter, ancien Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation, a signé la préface de ce rapport. Il y souligne que "compte tenu des progrès des technologies agricoles au cours du siècle dernier, nous savons que les obstacles techniques sont surmontables : ce sont le courage et la lucidité politiques qui font défaut". Dans une tribune publiée sur Slate, il ajoute "Lutter contre la faim, ce n'est pas seulement augmenter les volumes des céréales produites, ou des légumes produits pour l'exportation: c'est investir dans les plus pauvres, et leur donner les moyens d'améliorer leur sort. Et c'est écouter". Et c’est exactement ce que nous allons continuer à plaider auprès des Etats.

 


Ce communiqué a été produit avec le soutien financier de la Commission européenne. Son contenu relève de la seule responsabilité d'Oxfam France et de ses partenaires et ne reflète pas nécessairement les positions de la Commission européenne et de ses services.


 

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