Réponse de la BNP Paribas à notre rapport « Agrocarburants : les banques françaises font le plein »

Dans le cadre de notre campagne Banques : la faim leur profite bien, nous avons interpellé les banques françaises qui financent les producteurs d’agrocarburants, qui mettent en péril la sécurité alimentaire mondiale.
En tête du classement, la BNP Paribas qui nous a répondu le 15 avril.

Laurence Pessez, déléguée à la Responsabilité Sociale et environnementale de la BNP Paribas a envoyé un courrier de réponse à Luc Lamprière, directeur général d'Oxfam France, que nous publions, avec l'autorisation de la banque, sur notre site (en téléchargement en bas de cet article).

Plusieurs éléments sont particulièrement intéressants dans cette réponse :

  • La BNP Paribas nous annonce qu'elle va lancer un processus d'élaboration d'une politique visant à encadrer ses financements et ses investissements dans le secteur agricole. Grâce aux informations qu'Oxfam France lui a envoyées sur les impacts de la production massive d'agrocarburants, la BNP pourra prendre en compte ces enjeux dans sa politique sectorielle.
  • La BNP Paribas conteste les données mises en avant par Oxfam France dans son rapport, mais refuse d'y apporter un correctif, par respect du secret bancaire. Les données rassemblées par un consultant de Profundo pour Oxfam France sont pourtant accessibles sur des grandes bases de données payantes, mais ouvertes à tous. Nous regrettons donc qu'une opacité systématiquement entretenue sur les activités bancaires limite le dialogue que nous pouvons avoir avec l'ensemble des banques.
  • La BNP Paribas précise toutefois que son exposition aux agrocarburants serait de 150 millions d'euros sur la période de 2009 à 2012 pour les 10 principaux producteurs européens identifiés par Oxfam France. Nos recherches concluaient pourtant que la BNP Paribas avait prêté 1,4 milliards à ces producteurs sur la même période. Cette différence s'explique par un biais méthodologique : pour calculer son exposition, la BNP Paribas a ramené ses financements "non dédiés" au pro-rata de la part du chiffre d'affaire directement liés à la production d'agrocarburants pour ces entreprises. Nous souhaiterions rappeler ici que dans le cas d'un financement non dédié, les banques ne savent pas quel est l'usage qui sera fait de ce financement par les entreprises. Or, les entreprises que nous ciblons dans notre rapport sont de très grandes multinationales, aux activités variées. Plus l'entreprise est grande et diversifiée, plus la méthode de calcul appliquée par la BNP Paribas minimise la part des financements arbitrairement attribuée à la production d'agrocarburants. C'est exactement la raison pour laquelle Oxfam France n'avait pas considéré qu'il était possible de calculer l'exposition des banques aux agrocarburants. Les chiffres que nous donnons dans notre rapport sont le résultat d'une simple addition de l'ensemble des prêts accordés par les banques à ces entreprises entre 2009 et 2012. Nous considérons que financer les 10 principales entreprises productrices d'agrocarburants, même pour des activités non fléchées, contribue à leur renforcement. Ces entreprises mettent en péril le droit à l'alimentation de centaines de millions de personnes en produisant des agrocarburants : nous considérons donc qu'il est urgent d'arrêter de les financer.