L’agroécologie, une alternative gagnante pour vaincre la faim et protéger la planète

Si notre système agricole et alimentaire produit assez pour nourrir l’ensemble de la planète, il est paradoxalement responsable d’une aggravation de la faim dans le monde. Il contribue en outre aux dérèglements du climat et accentue les inégalités et la pauvreté.

Ce modèle à dominante industrielle, fortement dépendant des énergies fossiles et centré sur la productivité et les profits, ne fonctionne qu’au prix de déséquilibres sociaux et environnementaux dont les populations les plus vulnérables subissent les plus lourdes conséquences.

Face aux défis d’assurer la sécurité alimentaire de tout-e-s, de répondre aux impératifs de lutte contre les changements climatiques, tout en respectant les droits fondamentaux des agriculteurs et agricultrices du monde entier, la solution doit être politique, globale et systémique. Elle doit passer par une transition vers des modèles agricoles plus justes, résilients et durables, parmi lesquels l’agroécologie représente aujourd’hui l’alternative la plus efficace.

 

Notre système agro-alimentaire actuel est destructeur et inefficace

Le modèle agricole conventionnel tel que nous le connaissons aujourd’hui est fondé sur le principe selon lequel l’agriculture est un marché comme les autres, qui doit assurer une productivité et une rentabilité économiques optimales1.

Fortement mécanisée, l’agriculture industrielle, ou agro-industrie, est une agriculture intensive qui se caractérise par une utilisation massive de capitaux et d’intrants (pesticides de synthèse, engrais chimiques etc.) et une mobilisation d’importantes surfaces pour des utilisations commerciales (notamment les agro-carburants et l’alimentation animale).
Le système agro-alimentaire actuel se caractérise également par une forte concentration des richesses et des pouvoirs aux mains d’un petit nombre d’acteurs, au détriment des petits producteurs.

Femmes pratiquant le maraîchage
Grâce à une ONG partenaire d'Oxfam, Alizeta, agricultrice au Burkina Faso, s'est formée au maraichage avec des techniques agricoles plus respectueuses de l'environnement. Ses cultures sont maintenant plus rentables et plus résistantes aux effets du changement climatique. Photo: Samuel Turpin/Oxfam

Un système agro-industriel qui alimente la faim, les changements climatiques et les inégalités

Ce système, largement promu et défendu par les pays du Nord, les institutions de commerce international et les puissants acteurs de l’agro-alimentaire, semble aujourd’hui arriver à son point de rupture. Il n’a pas permis de lutter durablement contre la faim, qui touche 690 millions de personnes dans le monde.

Il contribue également à d’importants dérèglements environnementaux, qui touchent en premier lieu les populations les plus vulnérables. La production agricole industrielle épuise les terres et rend l’agriculture de plus en plus vulnérable aux changements climatiques. Elle contribue à la déforestation massive, à la pollution des eaux et à l’effondrement de la biodiversité.

Enfin, le système agro-alimentaire industriel a des impacts négatifs sur les millions de petit-e-s agriculteurs et agricultrices, alors qu’ils fournissent près de 80% de l’alimentation mondiale. Mis en concurrence par des exploitations de taille industrielle et ultra-subventionnées, privé-e-s d’une juste rémunération, principales victimes des changements climatiques, ils/elles sont particulièrement touché-e-s par la faim et la pauvreté.

Les femmes paient le prix fort

Les femmes sont à la fois celles qui souffrent le plus de la faim et qui sont le moins rémunérées pour leur travail en lien avec l’agriculture. Elles n’ont qu’un accès restreint aux ressources, alors qu’elles jouent un rôle crucial dans la sécurité alimentaire et représentent jusqu’à la moitié des producteurs alimentaires dans les pays en développement. Dans les pays les plus pauvres, seulement 13% des agricultrices possèdent les terres qu’elles cultivent.

– En chiffres –

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Le système alimentaire agro-industriel émet à lui seul un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre

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Quatre entreprises contrôlent près de 90% du commerce céréalier mondial

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Plus de deux milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à une alimentation en quantité et qualité suffisante.

Agroécologie et agriculture paysanne, des solutions durables face aux défis planétaires

Face aux nombreux défis que l’agriculture doit aujourd’hui relever, la transition agroécologique est une solution plébiscitée par l’ensemble de la société civile et notamment par la majorité des organisations paysannes et agricoles. Elle est aussi de plus en plus présente dans les débats scientifiques, agricoles et politiques internationaux.

Souvent réduite aux seules pratiques agricoles, l’agroécologie est indissociable du volet politique qui la compose. Elle propose une véritable alternative sociétale pour atteindre des systèmes agricoles et alimentaires durables, en s’attaquant aux causes profondes des problèmes et en fournissant des solutions globales qui s’inscrivent dans la durée.

Qu’est-ce que l’agroécologie ?

Définition :

L’agroécologie est une approche globale qui recouvre un ensemble de trois champs complémentaires et indissociables :

    1. Une science des écosystèmes agricoles s’appuyant sur les savoir-faire paysans ;
    2. Un ensemble de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et qui s’inspirent des lois de la nature ;
    3. Un mouvement social de défense des systèmes agricoles et alimentaires équitables

Si l’agroécologie n’est pas une notion nouvelle, ce n’est que récemment qu’elle est entrée dans le vocabulaire des organisations internationales et des institutions des Nations Unies. Ses contours ont été définis en 2018 par l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) qui a élaboré 10 piliers afin de rendre l’approche opérationnelle.

Les grands principes de l’agroécologie

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Une pratique agricole en interaction avec son milieu

La pratique agroécologique envisage l’ensemble du milieu dans lequel elle s’inscrit et vise à optimiser les interactions entre les végétaux, les animaux, les humains et leur environnement. Elle intègre ainsi de multiples dimensions (gestion de l’eau, reboisement, lutte contre l’érosion, biodiversité etc.) et se fonde sur une utilisation responsable et optimale des ressources naturelles.

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Une démarche participative

L’agroécologie se fonde sur la production conjointe et le partage de connaissances, en associant la science et les savoirs traditionnels, concrets et locaux des producteurs, permettant de stimuler les innovations agricoles et de faire face collectivement aux grands enjeux communs.

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Un système qui donne la priorité à l’alimentation

Dans l’approche agroécologique, l’agriculture n’est pas réduite à une simple activité marchande. Elle est d’abord et avant tout consacrée à la production alimentaire, aux besoins des consommateurs et des marchés locaux. La production, la transformation, la distribution et la consommation sont envisagées localement, ce qui est un élément central de l’approche agroécologique.

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Un modèle qui respecte les valeurs sociales et humaines

L’agroécologie met également l’accent sur les aspects sociaux et économiques des systèmes alimentaires. Elle vise à protéger et à améliorer les moyens d’existence des zones rurales, à reconnaître et soutenir le rôle clé des femmes dans l’agriculture et la transmission des savoirs, et à assurer des moyens de subsistance décents aux agriculteurs et agricultrices.

Résilience climatique, justice sociale, meilleure alimentation : les bénéfices de l’agroécologie

En prenant soin des territoires sur lesquels elle se développe, en encourageant la cohabitation de plusieurs cultures et l’utilisation de variétés traditionnelles et locales plus résistantes, l’agroécologie permet de réduire l’impact environnemental et climatique de notre agriculture et de notre alimentation. Elle facilite l’adaptation du système agricole aux perturbations liées aux changements climatiques et permet de préserver la biodiversité.

L’agroécologie participe à une plus grande justice sociale en remettant les paysannes et paysans au cœur du système de production et leur permet de se réapproprier tant les savoirs que les outils de production. Economiquement viable, elle leur assure une meilleure rémunération et permet d’augmenter les rendements agricoles dans une logique de cercle vertueux.

Enfin, l’agroécologie se préoccupe aussi de ceux qui consomment, en proposant une alimentation locale, de saison, plus diversifiée et de meilleure qualité. Elle implique le développement de circuits courts, plus rémunérateurs pour les producteurs et productrices et bénéfiques pour les consommateurs (prix, proximité, qualité), permettant de nouer de véritables relations de confiance.

Une jeune femme dans un champ au Ghana
Oxfam à Kaptua, a mis en place une pompe solaire pour aider les familles à être plus résilientes lors des saisons sèches. Photo : Nana Kofi Acquah/Oxfam

Opérer une transition agroécologique, une question de volonté politique

Une transition agroécologique est faisable mais nécessite une volonté politique et la mise en cohérence de nombreuses politiques publiques, parfois contradictoires. Si certains Etats ont saisi l’importance de changer de modèle agricole et de modifier nos habitudes alimentaires – en particulier depuis la pandémie de Covid-19 – ils sont encore trop peu nombreux et pas assez ambitieux, laissant l’agroécologie largement sous-financée.

De plus, de nombreux pays continuent de soutenir en parallèle des accords commerciaux écocides et de mener des politiques commerciales agressives pour l’environnement et les droits sociaux, qui nuisent à tout effort de transition agroécologique.

– Agroécologie et agro-industrie : le double jeu de la France –

Alors que, depuis 10 ans, la France montre un intérêt croissant pour le modèle agroécologique, elle fait dans le même temps à l’international la promotion d’un modèle agro-industriel à forts dommages sociaux, économiques et environnementaux. Une étude publiée par Action contre la faim, le CCFD-Terre solidaire et Oxfam France révèle ainsi que depuis 10 ans, la France a plus financé le développement de l’agro-industrie des pays du Sud (près d’un quart des financements recensés) que le développement de l’agroécologie (13,3%)

Si nous ne changeons rien à notre façon de produire et de consommer, les émissions de gaz à effet de serre issues du secteur agro-alimentaire pourraient augmenter de 30 à 40% d’ici 2050, tandis que le nombre de personnes souffrant de la faim pourraient augmenter de 10 à 20%.

L’agriculture familiale et paysanne est un secteur dont la croissance s’est révélée 2 à 4 fois plus efficace pour réduire la faim et la pauvreté que n’importe quel autre secteur. L’agroécologie a prouvé qu’elle était la meilleure approche agricole pour garantir le droit à l’alimentation de tout-e-s, répondre à la crise climatique et assurer des moyens de subsistance décents aux agricultrices et aux agriculteurs.

Ebook Agroécologie

Agroécologie : démarches, pratiques et moyens d’actions

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Source : 

[1] Voir notre rapport Une recette à la française : une pincée d’agroécologie pour une louche d’agro-industrie : https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2021/02/AGRO_Rapport_09022021.pdf