Le changement climatique, notre pire ennemi dans la lutte contre la faim

Quand on parle changement climatique, on pense souvent fonte des glaciers, déforestation, émission de gaz à effets de serre… mais moins souvent lutte contre la faim. Pourtant le changement climatique peut avoir des conséquences dramatiques sur la sécurité alimentaire mondiale. Et l'immobilisme de la communauté internationale face menace d’affamer des millions de personnes à travers le monde. Et ne croyez pas être à l’abri. C’est tout le système alimentaire mondial qui est en danger. En 2050, 50 millions de personnes supplémentaires, soit la population de l’Espagne, risqueront de souffrir de la faim à cause du changement climatique.

Les phénomènes météorologiques extrêmes, l’imprévisibilité des saisons, la hausse des températures et l’élévation du niveau des océans perturbent déjà l’agriculture et la pêche. Et cela a des conséquences au quotidien pour les populations les plus pauvres, qui ne disposent pas des moyens techniques, humains et financiers pour s’adapter. Les prix des denrées alimentaires augmentent ; leur qualité diminue.

Rien que cette année, le Brésil a connu la pire sécheresse de ces dix dernières années. La récolte de café a été anéantie. Conséquence : le cours du café a augmenté de 50%.

Aux Philippines, Haiyan, le plus puissant typhon jamais enregistré, a ravagé le pays. Yeb Sano, délégué philippin pendant les dernières négociations climatiques internationales peut témoigner de l’ampleur de la catastrophe : « Plus d’un million de familles d’agriculteurs et 20 000 familles de pêcheurs peinent à recoller les morceaux, mais le défi à relever est de taille. 33 millions de cocotiers ont été abattus par la tempête et plus de 100 000 hectares de rizières ont été détruites. Les pertes du secteur agricole pourraient avoisiner le milliard de dollars au total. » 

« Aucune civilisation ne peut prospérer sans avoir les moyens de nourrir sa population ; beaucoup se sont éteintes suite à l’effondrement de leurs systèmes de distribution de l’eau et de production alimentaire. »

Au moment où la communauté internationale se réunit pour examiner le nouveau rapport du GIEC, le groupe d’experts international sur le climat, nous publions un rapport qui évalue la capacité de résistance de notre système alimentaire, en passant au crible 10 facteurs clés : financements, accès à l’eau, réserves agricoles

Parmi les révélations de cette étude :

  • En Californie, plus de 80 % des terres arables sont irriguées. Au Niger, au Burkina Faso et au Tchad, pays qui sont confrontés à des épisodes cycliques de sécheresse, ce chiffre n’atteint pas 1%.
  • Dans des pays pauvres comme le Malawi, moins de 1% des agricultrices et agriculteurs ont une assurance-récolte, contre 91% aux États-Unis.

Les exemples cités dans notre rapport sont nombreux et le verdict sans appel: nous ne sommes pas armés pour faire face aux impacts du changement climatique sur la faim dans le monde.

Pourtant il est possible d'agir. A condition de s'en donner les moyens… Les pays riches ont promis d’aider les pays pauvres à s’adapter aux changements climatiques, mais n’ont versé qu’environ 2% des financements nécessaires. On estime ces besoins à 100 milliards de dollars par an, soit 5% des richesses des 100 plus grandes fortunes du monde.

Ce sont ces questions que porte Oxfam dans les négociations internationales sur le climat, à Copenhague, Cancun ou plus récemment Varsovie. Lutter contre les effets du changement climatique, c’est aussi lutter pour la sécurité alimentaire dans le monde, et s’assurer que les pays pauvres ne devront avoir à choisir entre climat et lutte contre la faim.