Les changements climatiques n’épargnent personne, ici et là-bas

Une canicule exceptionnelle, pouvant atteindre des températures de 34°C à 39°C, avec des pics possibles supérieurs à 40°C déferle actuellement sur l’Hexagone. C’est la deuxième canicule subie par la France en un mois. Des records de température absolue devrait être tristement battus dans certains régions, notamment à Paris. De plus, cette chaleur entraîne des sécheresses qui ont amené 73 départements à imposer des restrictions de l’usage de l’eau.

En France, un dérèglement climatique croissant

Pour illustrer les conséquences des changements climatiques dans le monde, l’Organisation météorologique mondiale a récemment invité des présentateurs météo à se projeter sur le bulletin que nous pourrions avoir le 18 août 2050. Résultat, en France, nous assisterions à des extrêmes de températures, avec par exemple 40 °C à Paris et 43 °C à Nîmes.

Pour toute l’Europe, les changements climatiques vont donc avoir – quand ce n’est pas dores et déjà le cas – des incidences majeures sur les températures (pics de chaleur et séquences de froid polaire), conduire à des épisodes extrêmes (incendies, inondations), à la disparition de certaines villes comme Amsterdam en raison de la montée des eaux, ou encore à l’anéantissement de certaines espèces animales et végétales.

Des conséquences déjà endurées par les pays du Sud, plus fortement exposés aux effets des changements climatiques. Les 1% les plus riches au monde génèrent en moyenne 175 fois plus de CO2 qu’une personne se situant dans les 10% les plus pauvres, comme le montrait notre Rapport sur les inégalités extrêmes et les émissions de CO2.

Des impacts climatiques accentués au Sud

Comme l’a démontré le rapport « Déracinés par le changement climatique » publié par Oxfam en 2017, les changements climatiques engendrent déjà de multiples bouleversements pour les populations les plus vulnérables dans les pays en développement : augmentation de la faim, détérioration des moyens de subsistance, aggravation des conflits, déplacements, etc.

Des cas de canicule en Inde du Nord et dans la corne de l’Afrique

Les récents records de température qui se sont abattus sur l’Inde du Nord sont, malheureusement, une parfaite illustration de ces effets en cascade. Du fait d’un retard de mousson, qui permet en principe de faire baisser les températures et d’irriguer les cultures, les températures, qui ont excédé les 50 °C, ont eu des conséquences dévastatrices : 78 personnes ont trouvé la mort depuis le début de l’épisode, la sécheresse des terres s’est accentuée et pourrait menacer 40% du pays en 2019, selon les chercheurs de l’Institut de Gandhinagar. L’eau s’est raréfiée, les comportements conflictuels se sont exacerbés (vente d’eau sur le marché parallèle, affrontements pour obtenir davantage de bidons d’eau que la quantité autorisée, etc.) et des villages entiers dans les régions de Bombay, de l’Uttar Pradesh et du Bihar se sont vidés, n’étant plus en capacité d’approvisionner correctement leurs habitants.

En Somalie et au Somaliland, les pluies trop rares confrontent des millions de personnes à une faim extrême, et sont le signe qu’une aide humanitaire à la hauteur ne peut plus se faire attendre. Les fonds d’urgence déployés jusqu’alors sont insuffisants pour répondre à des besoins aussi vastes.

A l’image de ce qu’il se passe dans ces pays, on estime que les populations vivant dans des pays à revenu faible et intermédiaire sont en moyenne cinq fois plus susceptibles d’être déplacées à cause de catastrophes climatiques extrêmes et soudaines que celles de pays à revenus élevés (lire notre rapport).

Les déplacés climatiques sont souvent les plus pauvres

Selon le rapport mondial 2018 sur les déplacements internes de l’IDMC (Observatoire des situations de déplacement interne), en 2017, 18,8 millions de personnes ont été déplacées en raison de catastrophes dans 135 pays. Les territoires les plus exposés à des risques élevés de catastrophes, situés dans le Sud et l’Est de l’Asie, dans le Pacifique et aux Amériques, ont été touchés de façon démesurée.

Les aléas climatiques ont été à l’origine de la grande majorité des nouveaux déplacements observés : les inondations ont chassé de chez elles 8,6 millions de personnes et les tempêtes (essentiellement des cyclones tropicaux) 7,5 millions.

Outre les incidences météorologiques, l’aggravation de la faim, de la pauvreté, des inégalités et des déplacements forcés sont donc sans égal dans les pays du Sud, et plus particulièrement en Asie, où se trouvent les 8 pays les plus exposés aux changements climatiques (Philippines, Japon, Bangladesh, Myanmar, Chine, Indonésie, Inde, Vietnam) d’après le rapport annuel de l’Institut des sciences économiques et de la paix.

Pour ces pays vulnérables, il est donc urgent d’agir.

Une responsabilité climatique à transformer en devoir

Une double obligation pour les pays riches

Parce que nous ne pouvons laisser des millions de personnes faire face – seules – à des changements climatiques dont elles ne sont pas les principales initiatrices, les pays riches ont une double responsabilité : agir pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre et aider les populations les plus vulnérables à faire face aux impacts des changements climatiques (voir notre rapport). Il faut rappeler que les 10 % les plus riches sont responsables de la moitié des émissions de CO₂ mondiales, tandis que la moitié la plus pauvre de la planète n’émet que 10 % des émissions.

Au-delà de la nécessité de limiter la hausse des températures à 1.5°C comme le préconisent les scientifiques du GIEC, et donc de mettre en œuvre une transition énergétique au niveau domestique, les pays riches doivent aider les populations les plus vulnérables à s’adapter aux impacts déjà dévastateurs des changements climatiques, en leur apportant une aide financière plus conséquente et mieux ciblée, sous forme de dons plutôt que de prêts. Mais aussi en leur permettant de se développer tout en limitant leurs propres émissions de gaz à effet de serre.

La France doit tenir ses engagements

Plus particulièrement, Oxfam demande à la France de respecter la promesse collective qui a été faite en 2009 de mobiliser conjointement 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour soutenir l’action climatique dans les pays en développement et d’œuvrer pour augmenter les financements climat dédiés à l’adaptation qui reste sous-financée actuellement.

En septembre prochain, la France participera au sommet du Secrétaire Général des Nations Unies pour le climat où elle sera cheffe de file sur le sujet des financements. La France devra être au rendez-vous et annoncer, si elle ne l’a pas encore fait au G7, une nouvelle contribution financière au Fonds Vert pour le climat de 2 milliards de dollars.

Sur les scènes nationale et internationale, la France ne doit pas attendre d’être devant les tribunaux pour être redevable de ses engagements en faveur de la préservation du climat.