Pauvreté et changement climatique : pourquoi la santé des plus pauvres est plus menacée en France ?

La pauvreté rend particulièrement vulnérable aux conséquences du changement climatique sur la santé. Par exemple, une vague de chaleur aura davantage de conséquences sur la santé dans les quartiers pauvres. Un chiffre pour l’illustrer : dans les 20 % des quartiers les plus pauvres, le risque d’être surexposé à la chaleur est neuf fois plus important par rapport aux 20 % des quartiers les plus riches. L’État ne fait pas assez pour lutter contre ces inégalités dangereuses alors que des solutions pour protéger la santé des plus précaires existent.

En résumé :

  • Les personnes pauvres sont plus exposées aux canicules, inondations, feux de forêt et sécheresses.
  • Elles souffrent plus souvent de maladies qui aggravent leur vulnérabilité aux risques climatiques.
  • Les difficultés d’accès aux soins renforcent les dangers sanitaires du changement climatique.
  • Les territoires d’outre-mer cumulent pauvreté, services publics insuffisants et exposition forte aux risques climatiques.
  • Protéger la santé face au climat suppose de lutter contre la pauvreté, de garantir l’accès aux soins et d’investir dans les services publics.

Pourquoi est-ce que la santé des plus pauvres est particulièrement touchée par la changement climatique ?

Le changement climatique aggrave les inégalités face à la santé

Une personne pauvre est plus exposée aux risques climatiques tout en ayant moins de ressources pour s’en protéger, la rendant particulièrement vulnérable. Explications.

  1. Les personnes pauvres sont plus exposées aux risques climatiques. Les habitant·es des 20 % des quartiers les plus défavorisés ont neuf fois plus de risques d’être surexposé·es à la chaleur par rapport aux habitant·es des 20 % des quartiers les plus favorisés.
  2. Les personnes pauvres ont plus de risque de souffrir de certaines maladies les rendant plus sensibles aux risques climatiques. L’asthme est 1,6 fois plus fréquent chez les 10 % des enfants les plus pauvres par rapport aux 10 % des enfants les plus riches. Or, cette maladie chronique rend plus vulnérable aux fumées des feux de forêt ou à la pollution d’ozone, par exemple.
  3. Un risque climatique peut être plus meurtrier encore dans un territoire pauvre. Au cours de l’été 2025, plus un département était pauvre, plus la chaleur était responsable des décès survenus dans ce département. Dans l’Hexagone et en Corse, la part de la mortalité attribuable à la chaleur était 31 % plus importante dans les 10 départements les plus pauvres par rapport aux 10 départements avec le taux de pauvreté le moins élevé.

Le changement climatique n’est pas seulement une urgence sanitaire pour l’ensemble de la population, mais il creuse également les inégalités dans le domaine de la santé. En effet, il aggrave des inégalités qui existent déjà, par exemple en matière d’exposition à la chaleur, et touche des personnes dont l’état de santé est dégradé à cause de leurs conditions de vie, dont la précarité. Enfin, les risques climatiques sont particulièrement graves pour les personnes rencontrant des difficultés d’accès aux soins, par exemple parce que les consultations coûtent trop chères.

Liens entre précarité et santé face au changement climatique : un schéma pour tout comprendre

3 dimensions des inégalités de santé face au changement climatique - Oxfam

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C’est pourquoi la situation économique détermine la vulnérabilité au changement climatique.
Être pauvre en France, c’est avoir plus de risques de rencontrer un problème de santé à cause du changement climatique.

Les pauvres rencontrent des difficultés d’accès aux soins

Des frais de santé encore trop élevés et des procédures d’aides compliquées

Alors que leur santé est si vulnérable au changement climatique, les personnes pauvres ont souvent du mal à se soigner. En France, l’accès aux soins est en effet inégal et les personnes pauvres, entre autres, se heurtent à d’importantes barrières d’accès aux soins.
Les soins peuvent coûter très cher pour des personnes victimes de précarité et de pauvreté. Les frais de santé ne sont pas intégralement remboursés et le reste à charge que les malades pauvres doivent payer est important. En moyenne, les 10 % des ménages les plus pauvres doivent toujours payer 201 euros pour des soins par an.
Les solutions existantes pour prendre en charge ces frais restent trop difficiles d’accès. Les formulaires des demandes sont complexes et les procédures chronophages. C’est le cas de la complémentaire santé solidaire qui permettrait de réduire ces coûts de santé. Parmi les 10 % des personnes les plus pauvres, 12 % n’en bénéficient pas.

Faute de moyens, le renoncement aux soins

Faute de pouvoir payer, des personnes victimes de précarité doivent parfois renoncer à des consultations médicales. Les 20 % de la population la plus pauvre renoncent 80 % plus souvent à des soins pour des motifs financiers que la moyenne de la population. Ces personnes ne prennent pas de rendez-vous au cabinet médical ou ne se rendent pas aux urgences parce qu’elles ne pourront pas payer la facture des soins.

Une personne qui doit renoncer aux soins s’expose à un risque de développer des maladies plus graves. À titre d’exemple, une infection de la vessie qui n’est pas soignée peut se propager en quelques jours jusqu’aux reins. L’infection d’un rein (pyélonéphrite aiguë) accroît le risque de complications de cette maladie et demande une prise en charge plus lourde avec des antibiotiques, notamment.

Le renoncement aux soins aggrave la vulnérabilité au changement climatique. Ainsi, les vagues de chaleur, les inondations et les autres risques climatiques sont particulièrement graves pour la santé des personnes pauvres qui n’ont pas les moyens de se soigner.

 

Pauvreté et santé face au changement climatique - Oxfam

Dans les Outre-mer, pauvreté et risques climatiques se cumulent

Dans les territoires d’outre-mer, les inégalités sont aggravées par une triple vulnérabilité :
– une pauvreté plus forte,
– des services publics sous-dimensionnés
– et une exposition plus importante à certains risques climatiques.

Des territoires déjà en situation de précarité

53 % de la population guyanaise vit en-dessous du seuil de pauvreté et le taux de pauvreté s’élève même à 77 % à Mayotte. À l’instar d’autres services publics, l’accès aux soins y est très difficile, ce dont témoigne le faible nombre de lits d’hôpital. Si l’Hexagone compte un lit d’hôpital pour 186 personnes, il y a un lit pour 308 personnes en Guyane et même seulement un lit pour 710 personnes à Mayotte.

Des territoires particulièrement exposés aux risques climatiques

🌪️ Ce dont avait témoigné le cyclone Chido qui avait dévasté Mayotte en décembre 2024. Le cyclone a provoqué des traumatismes, a propagé des maladies à cause des difficultés encore plus grandes d’accès à l’eau potable et a été suivi d’une épidémie de leptospirose particulièrement intense. Une telle épidémie a de lourdes conséquences sur la santé, ainsi que sur le système de santé, car un tiers des personnes infectées doivent être soignées en soins intensifs.

🔥 Plusieurs territoires d’outre-mer sont également concernés par le risque de feux de forêt, comme la Nouvelle-Calédonie, où les feux de forêt et les feux de brousse brûlent chaque année environ 20 000 hectares de terres, libérant des fumées toxiques pour la santé.

💧 D’autres encore souffrent des difficultés d’accès à l’eau potable, aggravées par les sécheresses et la salinisation de l’eau potable. La salinisation de l’eau potable est accélérée par la montée du niveau de la mer, conséquence du changement climatique, et peut rendre l’eau potable impropre à la consommation, en premier lieu pour des personnes qui souffrent d’une insuffisance rénale. Les menaces que le changement climatique fait peser sur l’accès à une eau potable propre sont particulièrement graves lorsque la population n’a pas accès à l’eau courante à la maison, comme en Polynésie française où 38 % de la population sont dépourvues d’accès à l’eau potable dans leur logement.

Ibrahim Saïd – Mayotte, suite au passage du cyclone (2024)

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La démultiplication des risques dégrade la santé des habitant·es des territoires d’outre-mer. Tant que l’Etat ne renforce pas la protection de ces menaces, les inégalités entre ces territoires et l’Hexagone se creuseront encore aux dépens d’une population qui subit déjà d’immenses difficultés d’accès aux droits.

Si rien n’est fait, le changement climatique creusera les inégalités en France

Quelle sera l’impact santé du changement climatique en France dans les prochaines années ?

Les conséquences du changement climatique sur la santé des personnes pauvres ne cessent de s’aggraver, car la Terre continue à se réchauffer. La France est particulièrement concernée par le changement climatique : l’Hexagone et la Corse se sont déjà réchauffés de 2,4 °C par rapport à 1951 à 1980 et les territoires d’outre-mer sont particulièrement vulnérables à cause du cumul de plusieurs risques majeurs (montée du niveau de la mer, risques cycloniques…) et la faiblesse des infrastructures et services publics.
À l’avenir, les conséquences du changement climatique sur la santé en France vont encore s’aggraver. Entre autres :

  • Les épisodes de très forte chaleur deviendront encore plus fréquents, longs et intenses. En 2050, l’Hexagone et la Corse connaîtront huit fois plus de journées avec des températures d’au moins 35 °C par rapport à la moyenne de 1976 à 2005. Ces températures élevées sont dangereuses pour la santé et augmentent le risque d’une insuffisance rénale aiguë ou d’un infarctus cardiaque, entre autres.
  • Le risque de sécheresses continuera à s’aggraver, fragilisant l’accès à l’eau potable. L’eau manquera dans 57 % de l’Hexagone en 2050. La ressource en eau est également menacée dans les territoires d’outre-mer. En Martinique, par exemple, les pluies apporteront un quart moins d’eau en 2100 par rapport à la moyenne de 1991 à 2020. Les difficultés d’accès à l’eau potable peuvent favoriser la propagation de certaines maladies, comme le trachome ou la shigellose.
  • Les inondations vont devenir encore plus fréquentes. Dans la moitié nord de l’Hexagone, le nombre de larges inondations va augmenter de 30 % si le réchauffement atteint 2 °C par rapport à la moyenne de 1971 à 2000 et même de 70 % dans le pourtour méditerranéen. Les inondations menacent la santé, car elles propagent des maladies infectieuses, contaminent l’eau et les aliments.

Les inégalités face au changement climatique vont s’intensifier elles aussi

Alors que les plus pauvres sont particulièrement vulnérables à ces conséquences du changement climatique, le changement climatique est principalement causé par les plus riches. Une personne des 0,1 % des personnes les plus riches au monde émet en une journée ce qu’une personne des 50 % les plus pauvres émet en une année.

Pour l’heure, les efforts pour lutter contre le changement climatique restent largement insuffisants. En 2025, la concentration de CO2 dans l’atmosphère a même augmenté plus rapidement que jamais auparavant. Il est urgent de lutter contre le changement climatique et de protéger la santé de ses conséquences.

Comment protéger notre santé face au changement climatique ?

Nous n’avons plus de temps à perdre pour protéger notre santé des conséquences du changement climatique. L’État doit enfin agir :

  • Garantir l’accessibilité universelle des soins. À l’heure où le changement climatique fait exploser les risques pour la santé, il est plus inacceptable que jamais que des considérations financières fassent obstacle à l’accès aux soins. Pour ces raisons, le système de santé public doit être transformateur et accessible gratuitement.
  • Investir massivement dans le système de santé. Pour garantir la prise en charge des malades malgré les risques climatiques toujours plus importants, l’État doit lancer un grand plan de redressement de l’hôpital public en revalorisant leur budget de 6,3 milliards d’euros et en investissant 2,5 milliards dans la rénovation des bâtiments hospitaliers.
  • Lutter contre le changement climatique. Pour éviter des conséquences toujours plus graves, il est urgent d’accélérer la transition juste. Les plus riches, plus gros pollueurs, doivent enfin réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.
  • Protéger la population de la chaleur, notamment en accélérant la rénovation thermique des logements, en ouvrant des refuges de la chaleur comme des piscines ou des parcs. L’État doit permettre aux collectivités territoriales de rattraper le retard en garantissant des financements nécessaires sur le long terme.
  • Intégrer les risques climatiques dans tous les domaines de la vie. Le changement climatique ne menace pas uniquement l’hôpital, mais concerne tous les aspects du quotidien, comme le travail. Renforcer enfin la protection de la chaleur au travail permet de prévenir des risques de santé.

Foire à questions : la santé des plus pauvres face au changement climatique

Pourquoi les personnes pauvres sont-elles plus vulnérables au changement climatique ?

Parce qu’elles sont souvent plus exposées aux risques climatiques, disposent de moins de moyens pour s’en protéger et rencontrent plus de difficultés d’accès aux soins.

Quels risques climatiques menacent le plus la santé des personnes pauvres ?

Tous les risques climatiques, comme les canicules, les feux de forêt, les inondations, les sécheresses et les cyclones sont dangereux pour la santé des personnes pauvres.

Quel est le lien entre pauvreté et accès aux soins ?

Les frais de santé, les démarches administratives, l’éloignement géographique et le manque de services publics peuvent pousser des personnes pauvres à renoncer à des soins.

Pourquoi les territoires d’outre-mer sont-ils particulièrement concernés ?

Parce qu’ils sont particulièrement exposés à certains risques climatiques, comme les cyclones, les sécheresses ou la montée du niveau de la mer alors que beaucoup d’habitant·es ont moins de moyens pour se protéger de ces risques.

Comment réduire ces inégalités de santé face au climat ?

Il faut garantir l’accès aux soins, renforcer les services publics, investir dans le système de santé, protéger les logements et accélérer une transition climatique juste.

Pour aller plus loin :

Le rapport Oxfam « Santé et climat » :

Oxfam publie un rapport consacré aux impacts du changement climatique sur la santé, encore largement méconnus du grand public, des professionnels de santé et insuffisamment pris en compte dans les politiques publiques.

Dévoilant des données inédites, ce rapport alerte sur une véritable « double peine climatique » : les vagues de chaleur, inondations et feux de forêt augmentent les risques sanitaires tout en affaiblissant la capacité de réponse d’un système de santé déjà sous tension et fragilisé par des sous-investissements chroniques. En l’absence d’une anticipation renforcée des risques, le changement climatique aggravera les inégalités de santé déjà existantes.

La fiche mémo « 10 impacts du dérèglement climatique sur notre santé »