Emmanuel Macron au sommet de l’Union Africaine : urgent d’augmenter l’aide française pour lutter contre la pauvreté au Sahel

28/06/2018

Emmanuel Macron est attendu ce lundi 2 juillet au Sommet de l'Union Africaine à Nouakchott (Mauritanie) et s'apprête à mobiliser la communauté internationale en faveur de son initiative pour le Sahel. Alors que la crise alimentaire menace à nouveau la région, Emmanuel Macrondevra, pour être crédible, faire des annonces concrètes sur les financements de la lutte contre la pauvreté au Sahel.

Les dernières statistiques du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires sont alarmantes : la sécheresse a plongé près de 6 millions de personnes dans l'insécurité alimentaire et les vies de 1,6 million d'enfants sont menacées par la malnutrition aiguë sévère - une augmentation de plus de 50 % par rapport à l'année dernière selon les Nations-Unies (1).

Pourtant, près d'un an après la création de l'Alliance Sahel (2), aucun financement supplémentaire n'a réellement été mobilisé pour l'accès aux services sociaux de base dans le cadre de cette Alliance. Malgré les beaux discours du Président Macron sur l'Alliance Sahel, la France n'alloue que 4,4 % de son aide au développement au Sahel (3) et aucun des pays du G5 Sahel ne figure parmi les dix principaux pays récipiendaires de l'aide française.

L'Alliance Sahel ne peut se réduire à un exercice de communication où des projets déjà existants sont simplement labellisés « Alliance Sahel ». Pour répondre à l'urgence actuelle et aux défis structurels de la région, Emmanuel Macron doit augmenter significativement l'aide française au développement pour lutter contre la faim et soutenir l'accès à la santé et l'éducation dans les pays du Sahel. La priorité doit être d'affecter dès 2019 l'intégralité de la taxe sur les transactions financières à la lutte contre la pauvreté, l'égalité femmes-hommes et le changement climatique, en particulier au Sahel.

Michael Siegel, chargé de plaidoyer sur le financement du développement à Oxfam France réagit : « Emmanuel Macron doit envoyer à Nouakchott un signal fort aux populations les plus vulnérables du Sahel, en particulier les femmes. En affectant l'intégralité de la taxe française sur les transactions financières à l'aide au développement, la France pourrait mobiliser une aide supplémentaire de 700 millions d'euros. A titre d'exemple, cela pourrait permettre à 9 millions de personnes d'accéder à des soins de santé primaire au Sahel, soit l'équivalent d'un tiers des besoins identifiés par l'Alliance Sahel».

Oxfam s'inquiète également des dérives sécuritaires qui sont au cœur de l'Alliance Sahel (4). Les mesures visant à endiguer le terrorisme, le crime organisé et les migrations au Sahel peuvent avoir des conséquences désastreuses sur le développement local et la sécurité des populations les plus vulnérables. Alors que le Sahel connait d'inquiétants reculs démocratiques, la France doit appeler les partenaires de l'Alliance Sahel à protéger les droits fondamentaux et à garantir la liberté d'expression de la société civile.

Michael Siegel ajoute : « D'un côté, Emmanuel Macron prône le développement du Sahel et de l'autre il ferme les yeux sur les atteintes aux libertés fondamentales dans des pays partenaires de l'Alliance Sahel. Si la France veut véritablement œuvrer en faveur de la stabilité au Sahel, elle doit soutenir davantage les contre-pouvoirs démocratiques qui sont les plus légitimes pour demander des comptes à leurs gouvernements et lutter contre la corruption.»

Contacts

Caroline Prak
cprak@oxfamfrance.org / 06 31 25 94 74 / Twitter : @carolineprak

Notes aux rédactions

(1) Bulletin OCHA, « Crise Alimentaire et nutritionnelle aiguë au Sahel », juin 2018.

(2) L'Alliance Sahel a été lancée sous l'impulsion d'Emmanuel Macron lors du sommet franco-allemand à Paris le 13 juillet 2017. Elle vise principalement à améliorer d'ici 2022 la coordination entre neuf bailleurs de fonds sur 500 projets de développement existants ou déjà prévus, d'une valeur totale de 7,5 milliards d'euros, dans les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad).

(3)Base de données de l'OCDE (Système de notification des pays créanciers) https://stats.oecd.org/Index.aspx?datasetcode=CRS1&lang=fr

(4) L'Alliance Sahel est le pendant « développement » de la Force conjointe transfrontalière du G5 Sahel dont l'objectif est de lutter contre « la menace terroriste et le crime organisé » (trafics d'armes, de drogue, d'êtres humains). Cette Alliance est une véritable consécration de l'approche française des 3D (défense, diplomatie, développement), et s'inscrit dans la tendance globale de décrire l'aide comme un moyen de contenir les migrations ou lutter contre le terrorisme, au détriment de l'objectif prioritaire de lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique.