4ème Forum de Busan sur l’efficacité de l’aide : avec la Chine et l’Inde mais à quel prix ?

Le 4ème Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide de Busan, en Corée du Sud, s'est achevé jeudi 1er décembre 2011. Il a rassemblé plus de 2500 représentants de 160 pays, mobilisation qui souligne à elle seule l'importance de la question de l'efficacité de l'aide dans la coopération internationale. Le Document de position finale a le mérite d'être endossé, tant par l'ensemble des pays présents, dont la Chine et l'Inde, que par les organisations de la société civile. Mais il connaît des limites importantes.

Dans ce processus, Coordination SUD reconnaît le rôle contributif de la France, mais elle exprime son inquiétude quant au positionnement de certains membres du Gouvernement tel qu'exprimé dimanche au Sénat. A propos de l'aide publique au développement française, Pierre Lellouche déclarait lundi 28 novembre dans les colonnes du quotidien Les Echos : « On ne peut pas accorder plus de 10 milliards d'euros au titre de l'APD sans se demander comment nos emplois pourraient en tirer profit ».

A Busan, les représentants et ministres présents ont acté l'émergence d'une nouvelle ère dans la coopération au développement avec la création d'un Partenariat global d'ici juin 2012. L'heure n'est donc plus à une division du monde de la solidarité internationale entre pays bailleurs et pays récipiendaires, mais à une association d'acteurs multiples aux responsabilités différenciées et partagées. Pour autant, rien n'est dit sur la façon d'atteindre ensemble les objectifs fixés dans la Déclaration de Busan. Et au regard de la faible application de la Déclaration de Paris et des Accords d'Accra, il est à craindre que la mobilisation actuelle retombe largement d'ici juin 2012 et plus encore au-delà.

Les organisations de la société civile, encouragées par leur reconnaissance en tant qu'acteurs incontournables de l'aide au développement, ont été étroitement associées aux processus préparatoires du Forum. Elles déplorent, bien sûr, le recul significatif sur l'affirmation de l'importance de l'approche par les droits humains dans le Document Final. C'est en effet à ce prix que l'Inde et la Chine ont accepté, en dernière minute, de signer ce Document. Il faut espérer que les ONG de ces pays pourront s'appuyer sur les engagements de leur Etat, pour poursuivre leurs plaidoyers et que les pays du CAD de l'OCDE n'y trouveront pas, eux, une opportunité pour réduire leurs propres exigences en matière de droits humains. Si Coordination SUD apprécie la volonté de rassembler tous les acteurs autour d'un même texte, nous nous inquiétons des conséquences d'un tel recul sur des principes acquis depuis la déclaration d'Accra.

Concernant la reconnaissance du secteur privé comme acteur du développement, Coordination SUD s'inquiète de l'absence de normes de responsabilités sociétales et environnementales contraignantes. La
redevabilité et la régulation du secteur privé sont en effet des corollaires indispensables à cette intégration du privé, sauf à vouloir que la cohérence et le cadre réglementaire de l'aide au développement ne relèvent plus d'abord de la responsabilité politique des Etats. Les engagements concernant le travail décent restent insuffisants.

En outre, dans la Déclaration de Busan, l'affirmation des spécificités de la coopération Sud-Sud, imposée en dernière minute par la Chine et l'Inde, laisse la porte ouverte à de moindres exigences pour les pays émergents.
A tous ces égards, la position de la France laisse quelque peu circonspect. A vouloir intégrer le plus grand nombre, et à favoriser un retour sur investissement au niveau national de l'aide publique au développement,
ne risque-t-on pas de rogner sur des engagements primordiaux ? La France, aux côtés des signataires de Busan, doit aujourd'hui prouver sa volonté d'appliquer ses engagements. Coordination SUD y veillera avec assiduité.

Coordination SUD – Solidarité Urgence Développement est la coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale. Fondée en 1994, elle rassemble aujourd’hui plus de 130 ONG, dont une centaine via six collectifs (CLONG-Volontariat, CNAJEP, Coordination d’Agen, CRID, FORIM, Groupe Initiatives) qui mènent des actions humanitaires d'urgence, d'aide au développement, de protection de l’environnement, de défense des droits humains auprès des populations défavorisées mais aussi des actions d’éducation à la solidarité internationale et de plaidoyer.

Contact presse

Chantal Duray-Soundron, uray@coordinationsud.or / +33 (0)1 44 72 03 78 – +33 (0)6 59 04 37 77

Aller plus loin

n savoir plus sur Busan et les enjeux du foru
e site du quatrième Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide se tiendra du 29 novembre au 1 décembre 2011 à Busan en Corée du Sud
[Le travail d'Oxfam France sur l'aide au développement->-Aide-publique-au-developpement-]
– Lire le rapport [« Alignement et coordination de l'aide : mythe ou réalité->Coordination-et-alignement-de-l,1202], publié par Oxfam en septembre 2011

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