À quelques jours des municipales et à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Oxfam publie un rapport qui met en lumière les bonnes pratiques déployées par des communes françaises en faveur de l’égalité de genre. Celui-ci propose aussi un classement des plus grandes villes françaises, évaluées selon l’intégration de l’égalité femmes-hommes au sein des conseils municipaux et leurs performances en matière d’égalité professionnelle. Oxfam appelle les candidat·es à faire des droits des femmes une priorité pour les six prochaines années.

Télécharger le rapport « Pour des villes féministes ! »

Consulter l’ensemble des données par territoire : part de femmes maires, intégration de l’égalité de genre dans les conseils municipaux, répartition genrée des délégations, résultats de l’index Egapro et focus sur l’extrême droite.

Résumé des calculs d’Oxfam France pour les plus grandes communes françaises

Faible féminisation du pouvoir local

  • Seulement 24,7 % des postes clés de pouvoir à l’échelle locale sont occupés par des femmes.
  • Si les femmes représentent plus de 40 % des élu·es municipaux·ales, elles ne sont que 33 % des premières adjointes, 20 % des maires et 12 % des présidentes d’intercommunalités.
  • Les régions avec le le plus de femmes maires : les Pays de la Loire (24,8%), la Normandie (24,5%) et le Centre-Val de Loire (24,2%).
  • Les régions avec le moins de femmes maires : la Corse (11,7 %), les Hauts-de-France (18,7 %) et le Grand Est (18,8 %).

Là où l’égalité progresse, c’est quand elle est portée politiquement :

  • Un tiers des plus grandes villes françaises ne dispose pas d’élu·e en charge de l’égalité de genre et des droits des femmes. Parmi les plus mauvais élèves en la matière : Saint-Étienne et Toulon notamment.
  • À l’inverse : dans un tiers des plus grandes villes de France, l’égalité de genre est portée par une adjointe au maire, et dans un quart des cas par une conseillère municipale, située à un niveau hiérarchique inférieur. Les autres cas concernent des élu·es avec des délégations plus larges mais équivalentes.
  • Les régions bonnes élèves en matière d’intégration de l’égalité de genre dans les conseils municipaux : le Centre-Val de Loire, les Pays de la Loire et l’Île-de-France. Les mauvais élèves sont : les Outre-mer, la Bretagne et la Bourgogne-Franche-Comté.
  • Dans 4 des plus grandes villes, l’égalité est portée par la première adjointe, soit la numéro 2 de la ville : Angers, Bordeaux, Bourges, et Le Mans.
  • Seulement 3 des plus grandes villes françaises disposent d’élu·e dédié·es aux droits LGBTQIA+ : Le Mans, Nantes et Saint-Denis de La Réunion.

La répartition genrée des délégations dans les plus grandes villes françaises :

  • 72 % des élu·es en charge des finances sont des hommes.
  • 72 % des élu·es en charge des affaires sociales sont des femmes.
  • 94 % des élu·es en charge de la petite enfance sont des femmes.

L’égalité professionnelle dans les grandes villes de France :

  • La collectivité la plus exemplaire en France est Sarreguemines Confluences, communauté d’agglomération à cheval entre la Moselle et le Bas-Rhin avec un score de 108/100.

Parmi les 101 villes préfectures :

  • Les bons élèves sont : Nevers (100/100), Agen, Limoges, Saint-Brieuc, Tarbes et Tours (98/100).
  • Les mauvais élèves sont : Arras (65/100), Caen (66/100) et Montauban (67/100).

Un scrutin historique pour la parité

Pour la première fois dans l’histoire française, la parité s’appliquera dans l’ensemble des communes. Ce scrutin constitue donc une occasion majeure de féminiser le pouvoir local, où seulement 24,7 % des postes clés sont occupés par des femmes, selon l’index de féminisation du pouvoir d’Oxfam France.

« Les villes ont longtemps été faites par et pour les hommes, sans se soucier des enjeux liés à l’égalité de genre. Pour preuve : seulement un maire sur cinq est une femme », déclare Sandra Lhote Fernandes, responsable de la campagne Justice de genre au sein d’Oxfam France. « Cette élection historique doit être l’occasion de corriger le tir et de nommer davantage de femmes aux plus hauts postes de pouvoir au sein des exécutifs municipaux et intercommunaux, mais aussi au sein des services. »

Parmi les plus grandes villes françaises, Oxfam a calculé que :

  • 72 % des élu·es en charge des finances sont des hommes.
  • 72 % des élu·es en charge des affaires sociales sont des femmes.
  • 94 % des élu·es en charge de la petite enfance sont des femmes.

« Cette division sexuée des fonctions perpétue des stéréotypes anciens et limite l’accès des femmes aux postes décisionnels les plus influents. Il est temps d’en finir avec les schémas traditionnels où le maire, le premier adjoint et l’adjoint aux finances — considérés comme les postes les plus prestigieux — sont majoritairement occupés par des hommes, tandis que les femmes sont cantonnées aux affaires sociales ou à la petite enfance », souligne Sandra Lhote Fernandes.

 

Municipales 2026 : ces communes qui devraient inspirer les programmes des candidat·es

Alors que l’action du gouvernement en matière d’égalité femmes-hommes reste largement insuffisante, les villes sont bien placées pour prendre le relais : d’une part parce que l’égalité est une compétence partagée avec l’État, mais aussi parce que les maires sont témoins directs des inégalités et des violences structurelles que leurs citoyen·nes subissent.
Dans son nouveau rapport, Oxfam a analysé les politiques locales les plus ambitieuses en matière d’égalité sur l’ensemble du territoire. Premier constat : là où l’égalité progresse, c’est lorsqu’elle est portée politiquement.

  • Dans un tiers des villes, l’égalité est portée par une adjointe, parfois même par la première adjointe — soit le numéro deux de la municipalité —, comme à Angers, Bordeaux, Bourges ou Le Mans.
  • À l’inverse, un tiers des plus grandes villes françaises ne dispose pas d’élu·e en charge de l’égalité de genre et des droits des femmes. Parmi les plus mauvais élèves figurent notamment Saint-Étienne et Toulon.

Au-delà de l’analyse des exécutifs locaux, Oxfam France a étudié les pratiques innovantes mises en place ces dernières années par des communes françaises. À travers une centaine d’exemples,
l’organisation dresse un recueil — non exhaustif — de bonnes pratiques susceptibles d’inspirer les futur·es maires :

  • Faire de l’égalité un marqueur fort du mandat : Nantes se fixe l’objectif de devenir la première ville non sexiste de France d’ici 2030, et Angers se dote d’une première adjointe en charge de ces sujets, prônant une gouvernance de l’égalité.
  • Décortiquer les budgets municipaux pour vérifier si l’argent public bénéficie autant aux femmes qu’aux hommes : Lyon, Paris et Bordeaux sont des villes pionnières ayant mis en oeuvre la budgétisation sensible au genre.
  • Créer un statut municipal pour les familles monoparentales : Ris-Orangis est la première ville de France à créer ce statut pour faciliter l’accès aux services municipaux et accorder des tarifs préférentiels à ces familles particulièrement précaires.
  • Ouvrir des Maisons des femmes et de l’égalité : à Nancy, Clermont-Ferrand et Rochefort, ces structures accueillent et accompagnent les femmes victimes de violences.
  • Revaloriser les métiers du soin, majoritairement féminisés, en instaurant un SMIC à 1600 euros pour les agent·es municipaux·es, comme à Villeurbanne.
  • Faire de l’égalité professionnelle une réalité, comme au sein de la communauté d’agglomération Sarreguemines Confluences notée 108/100 à l’index EgaPro, ou à Nevers (100/100).

Rassemblement National : un désengagement chronique pour l’égalité de genre

Oxfam a analysé les villes dirigées par des maires d’extrême droite. Le constat est sans appel : un désintérêt chronique pour les droits des femmes.

Sur les 14 villes dirigées par l’extrême droite, une seule — Rognac (Bouches-du-Rhône) — dispose d’une élue en charge de l’égalité, avec un intitulé de délégation inhabituel : « droits des femmes et des hommes ». Perpignan, seule ville préfecture administrée par le RN, ne dispose pas d’élu·e spécifiquement dédié·e aux droits des femmes. Elle figure aussi parmi les mauvais élèves en matière d’égalité professionnelle, avec une note de 62/100 en 2024 et 73/100 en 2026 à l’index Egapro, s’exposant à des sanctions.

« Le Rassemblement national n’est pas un allié des droits des femmes, et le bilan des maires sortants en témoigne. À Perpignan, il existe des élus en charge de l’histoire du Roussillon, des relations avec la fourrière ou encore plusieurs élus au stationnement, mais aucun n’est spécifiquement chargé de l’égalité femmes-hommes », conclut Sandra Lhote-Fernandes.

 

Persistance des violences et des inégalités, et montée des masculinistes en France !

Oxfam France rappelle que les inégalités entre les femmes et les hommes et les violences persistent en France :

  • Toutes les deux minutes, une femme est victime de viol ou de tentative de viol.
  • Les femmes gagnent encore 22 % de moins que les hommes.
  • Les femmes ne représentaient que 28% des postes de pouvoir en France en 2025.
  • L’arrivée des enfants continue d’être la première cause d’inégalités économiques mais seulement un enfant de moins de 3 ans sur deux bénéficie d’un mode d’accueil formel.

Le Haut Conseil à l’Égalité alerte par ailleurs sur la montée inquiétante du masculinisme en France : plus de 10 millions de personnes adhéreraient à un sexisme hostile, légitimant discriminations et violences envers les femmes et les minorités de genre.

« À un an de la fin du second mandat du président Emmanuel Macron, force est de constater que l’égalité femmes-hommes n’aura pas été la Grande cause des quinquennats. Pour preuve, le budget du ministère chargé de cette « Grande cause » ne représente que 0,02 % du budget général de l’État et le budget total des politiques concourant à l’égalité a baissé pour la première fois depuis cinq ans dans le projet de loi de finances pour 2026 », déclare Sandra Lhote-Fernandes.

Contact presse

Marika Bekier, responsable presse Oxfam France
mbekier@oxfamfrance.org / 06 24 34 99 31
Notes aux rédactions :

Ce rapport est le 3ème rapport de la campagne « Les clés de la ville » d’Oxfam France, après les rapports « Pour des villes solidaires » (5 février) et « Pour des villes résilientes » (17 février). Télécharger le dossier de presse de la campagne pour en savoir sur les actions de différents groupes locaux d’Oxfam France organisées en amont des municipales sur la base des trois rapports.

Données sur les budgets des politiques en faveur de l’égalité (sources : documents de politique transversale égalité femmes-hommes).


Méthodologie : Les chiffres nationaux sont soit sur les 177 plus grandes villes de France (villes les plus peuplées par région et préfectures de département), soit sur les 101 villes préfectures de France.

Les recommandations d’Oxfam France pour des villes féministes :

1. Les fondations d’une ville engagée pour l’égalité femmes-hommes

  • Faire de l’égalité femmes-hommes une priorité politique et transversale du plan de mandat et adopter le triptyque promu par le centre Hubertine Auclert à savoir : un∙e élu∙e en charge de l’égalité femmes-hommes et à la lutte contre les discriminations au sommet de la hiérarchie du conseil municipal, un∙e chargé∙e de mission dédié∙e et l’attribution d’un budget spécifique pour l’égalité.
  • Développer la budgétisation sensible au genre afin d’évaluer plus finement l’impact des financements de la ville au regard de l’égalité entre les femmes et les hommes.
  • L’introduction d’éga-conditionnalités dans les subventions, autorisations et marchés publics passés par la commune.
  • Appliquer l’égalité professionnelle pour les agent-e-s des mairies et développer des initiatives qui contribuent à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes comme la revalorisation des secteurs féminisés et le prolongement des congés parentaux.
  • Adopter une approche intersectionnelle afin de répondre aux divers facteurs de discriminations que subissent les femmes et les personnes LGBTQIA+ (statut social, l’origine réelle ou supposée, l’identité de genre, l’orientation sexuelle, le handicap par exemple) pour que les politiques publiques locales soient adaptées et plus efficaces.
  • Ces recommandations doivent également se décliner à l’échelon intercommunal – avec un engagement d’appliquer également la parité au sein des instances exécutives intercommunales.

2. Les politiques sectorielles pour l’égalité et les droits des femmes sur les territoires.

Pour une réponse locale ambitieuse et coordonnée pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants.

  • Assurer un financement pérenne des associations de lutte contre les violences faites aux femmes.
  • Ouvrir des centres de prise en charge pluridisciplinaires accessibles 24h/24 et 7j/7, proposant accueil, accompagnement médico-social et hébergement d’urgence pour les femmes victimes de violences.
  • Mettre en place des observatoires territoriaux des violences sexistes et sexuelles afin de coordonner les acteurs locaux, recueillir et analyser les données, informer la décision publique et mener des campagnes de sensibilisation.
  • Renforcer la formation des agent·e·s en contact avec le public (police, accueil, périscolaire, petite enfance, médico-social, etc.) à la détection, l’orientation et l’accompagnement des victimes ; soutenir également les actions de sensibilisation en milieu scolaire et promouvoir une éducation au consentement dès le plus jeune âge.
  • S’inspirer et diffuser les initiatives, outils et ressources innovants visant à renforcer la protection des femmes contre les victimes de violences sexistes et sexuelles (femmes, enfants, minorités de genre) dans l’espace public.
    Faire du service public de la petite enfance une réalité
  • Faire du développement du service public de la petite enfance une priorité, avec un investissement massif dans la création de places en crèche et viser à un objectif « Un enfant une solution ».
  • Développer les places de crèches à vocation d’insertion professionnelle.
  • Développer les structures d’accompagnement pour les assistantes maternelles.
    Soutenir les femmes les plus vulnérables
  • S’inspirer des initiatives visant à créer un statut municipal de parent isolé, donnant accès à des droits et dispositifs spécifiques.
  • Lutter contre la précarité menstruelle en mettant gratuitement à disposition des protections périodiques dans les équipements municipaux.
  • Développer des dispositifs d’aide pour les femmes et les familles sans-abri.
    Agir pour l’insertion professionnelle des femmes
  • Développer des initiatives en faveur de l’insertion professionnelle des femmes, notamment en ciblant les femmes les plus éloignées de l’emploi.
    Soutenir les associations féministes
  • Augmenter les financements aux associations féministes.
  • Soutenir la création de lieu dédié au tissu associatif féministe sur le modèle des cités audacieuses soutenues par la Fondation des femmes notamment via le label des « lieux audacieux ».
    Insuffler la culture de l’égalité
  • Faire de l’égalité de genre et de la lutte contre l’homophobie une priorité des programmations culturelles de la ville avec des évènements dédiés et des campagnes de sensibilisation.
  • Renforcer les interventions auprès des jeunes publics, notamment par le soutien à l’EVARS, afin de diffuser la culture de l’égalité, du respect et du consentement dès le plus jeune âge et de déconstruire les stéréotypes de genre et le sexisme.
    Penser l’espace public de façon égalitaire
  • Intégrer la dimension du genre à l’ensemble des projets d’urbanisme et d’aménagement de l’espace public.
    Soutenir les droits des femmes dans le monde
  • Faire de l’égalité femmes-hommes une priorité des projets de coopération décentralisée notamment en soutenant les organisations féministes de premières lignes.
    Garantir une plus grande féminisation des postes de pouvoir clés à l’échelle locale
  • S’engager à nommer plus de femmes aux postes clés de l’exécutif municipal et au sein des cabinets et des postes d’encadrement des services.