Afghanistan : Après dix ans de progrès, les droits des femmes menacés

Dans un rapport publié le 3 octobre, Oxfam rappelle que les acquis obtenus par les Afghanes en matière de droits au cours des dix dernières années pourraient significativement s'éroder, voire disparaître en cas d'accord de paix négocié à la va-vite.

Intitulé « Une place à la table des négociations, préserver les droits des femmes en Afghanistan », ce rapport Oxfam rédigé avec l'universitaire afghane Orzala Ashraf Nemat souligne que la protection des droits des femmes, longtemps présentée comme l'une des conséquences positives de l'intervention militaire internationale débutée le 7 octobre 2001, est dans une situation fragile. Après 2014, affirme Oxfam, les Afghanes pourraient être confrontées à des perspectives d'avenir difficiles, particulièrement si elles ne sont pas incluses dans le processus de paix.

Pour l'ONG, le recul de certains de ces droits acquis après 2001 est déjà visible. En effet, bien que de vraies améliorations aient été relevées dans le domaine de l'éducation, avec près de 2,7 millions de jeunes Afghanes actuellement scolarisées, contre quelques milliers sous le régime Taliban, les progrès enregistrés ailleurs sont discutables. Ainsi, depuis 2005, un quota impose la présence d'un minimum de 68 femmes au sein du Parlement afghan. Elles sont aujourd'hui 69 à y siéger ; en revanche, le gouvernement afghan ne compte qu'une seule femme ministre. Même tendance dans la fonction publique, où la part des femmes a chuté de 31% en 2006 à 18,5% en 2010.

Le rapport relève également que la loi historique portée par le gouvernement sur 'l'éradication des violences faites aux femmes', qui met sous le coup de la loi des pratiques traditionnelles comme les crimes d'honneur ou les mariages de mineurs, n'est en vigueur que dans 10 des 34 provinces du pays. Au cours du seul deuxième trimestre de l'année 2011, quelques 1 026 cas de violences faites aux femmes avaient déjà été enregistrés (contre 2 765 sur l'ensemble de l'année 2010).

De plus, prévient encore l'ONG, avec les récents soulèvements, la question des droits des femmes risque de chuter encore plus bas sur la liste des priorités du gouvernement. L'assassinat de Burhanuddin Rabbani, qui dirigeait le Haut conseil pour la paix, souligne bien toute la volatilité de la situation en Afghanistan actuellement.

« Au cours des dix dernières années, les droits des Afghanes ont progressé. Aujourd'hui, des femmes travaillent comme docteurs, avocates ou dans le milieu des affaires. Et surtout, de plus en plus de jeunes filles vont à l'école. Mais qu'en sera-t-il dans 10 ans ? Où en serons-nous? La vie devient de plus en plus difficile pour les femmes dans le pays. C'est la paix que nous voulons et non un accord mal ficelé qui nous confinerait une fois de plus à la maison. Notre voix doit se faire entendre », affirme Orzala Ashraf Nemat, co-auteure du rapport.

Pour Oxfam, le nombre de femmes siégeant actuellement au Haut conseil pour la paix n'augure rien de bon concernant leur éventuelle participation aux futurs pourparlers de paix avec les Talibans. Sur les 70 membres du conseil, créé pour piloter le processus de paix, seuls 9 sont des femmes. Oxfam appelle l'Etat afghan et la communauté internationale à mettre en place un processus de paix plus inclusif en amont de la conférence de Bonn en décembre prochain. Cette conférence tracera la trajectoire de l'Afghanistan au-delà de 2014 et doit intégrer toutes les composantes de la société afghane, dont les femmes. Oxfam demande aux dirigeants internationaux de veiller à ce que les Afghanes aient un rôle actif dans toutes les négociations, et les exhorte à promettre que tout accord politique avec des groupes tels les Talibans garantira les droits des femmes de manière explicite.

« Les Afghanes me disent avoir le sentiment de ne pas pouvoir se fier aux principaux acteurs du processus de paix pour garantir leur droits. Elles demandent une place à la table des négociations afin de préserver les gains acquis de haute lutte Plus les femmes auront d'intérêts à faire valoir dans le processus de paix, plus elles auront de chances de soutenir et promouvoir la réconciliation au sein de leurs familles et de leurs communautés, ce qui est essentiel pour garantir une paix durable », explique Louise Hancock, responsable d'Oxfam en Afghanistan et co-auteure du rapport.

« La Conférence de Bonn aura lieu dix ans après la conférence initiale qui avait posé les bases de la reconstruction de l'Afghanistan. Beaucoup d'erreurs ont été commises depuis. Les dirigeants internationaux doivent s'assurer que Bonn ne sera pas seulement un prétexte pour parler boutique, et que ce sera bien l'occasion de proposer des solutions concrètes pour offrir un avenir meilleur à l'Afghanistan. Le peuple afghan mérite une paix réelle, juste et durable, et non pas une transaction politicienne servant les intérêts d'une minorité. »

Oxfam appelle les dirigeants internationaux à s'assurer que tout accord de paix comporte des points garantissant les droits des femmes, tels que le suivi de la scolarisation des filles et du nombre de femmes dans la vie publique. Oxfam demande également à l'Etat afghan et à la communauté internationale de garantir que les femmes participent de manière significative à tous les niveaux des processus de paix, de manière à ce que le gouvernement afghan honore sa promesse d'un taux de représentation des femmes de 30% dans les administrations. L'ONG souhaite enfin que les dirigeants assurent le financement continu des services dont bénéficient les femmes, comme les écoles, les formations à la prise de responsabilité, ou l'accès aux services de base, et ce après 2014.

Note aux rédactions

élécharger le rappor
– Lire également le rapport du collectif d'ONG ACBAR La santé et l'éducation en Afghanistan : une coquille vide
oir le travail d'Oxfam France sur l'Afghanista

Contact presse

Mathilde Magnier : +33 1 77 35 76 00 / [mmagnier@oxfamfrance.org->mailto:mmagnier@oxfamfrance.org]

Contact

Notes aux rédactions

communiques-de-presseArray
(
    [0] => WP_Term Object
        (
            [term_id] => 687
            [name] => Communiqués de presse
            [slug] => communiques-de-presse
            [term_group] => 0
            [term_taxonomy_id] => 687
            [taxonomy] => category
            [description] => 
            [parent] => 0
            [count] => 1213
            [filter] => raw
            [cat_ID] => 687
            [category_count] => 1213
            [category_description] => 
            [cat_name] => Communiqués de presse
            [category_nicename] => communiques-de-presse
            [category_parent] => 0
        )

)
WP_Post Object
(
    [ID] => 4064
    [post_author] => 2
    [post_date] => 2011-10-03 14:34:22
    [post_date_gmt] => 2011-10-03 12:34:22
    [post_content] => 

Dans un rapport publié le 3 octobre, Oxfam rappelle que les acquis obtenus par les Afghanes en matière de droits au cours des dix dernières années pourraient significativement s'éroder, voire disparaître en cas d'accord de paix négocié à la va-vite.
Intitulé "Une place à la table des négociations, préserver les droits des femmes en Afghanistan", ce rapport Oxfam rédigé avec l'universitaire afghane Orzala Ashraf Nemat souligne que la protection des droits des femmes, longtemps présentée comme l'une des conséquences positives de l'intervention militaire internationale débutée le 7 octobre 2001, est dans une situation fragile. Après 2014, affirme Oxfam, les Afghanes pourraient être confrontées à des perspectives d'avenir difficiles, particulièrement si elles ne sont pas incluses dans le processus de paix. Pour l'ONG, le recul de certains de ces droits acquis après 2001 est déjà visible. En effet, bien que de vraies améliorations aient été relevées dans le domaine de l'éducation, avec près de 2,7 millions de jeunes Afghanes actuellement scolarisées, contre quelques milliers sous le régime Taliban, les progrès enregistrés ailleurs sont discutables. Ainsi, depuis 2005, un quota impose la présence d'un minimum de 68 femmes au sein du Parlement afghan. Elles sont aujourd'hui 69 à y siéger ; en revanche, le gouvernement afghan ne compte qu'une seule femme ministre. Même tendance dans la fonction publique, où la part des femmes a chuté de 31% en 2006 à 18,5% en 2010. Le rapport relève également que la loi historique portée par le gouvernement sur 'l'éradication des violences faites aux femmes', qui met sous le coup de la loi des pratiques traditionnelles comme les crimes d'honneur ou les mariages de mineurs, n'est en vigueur que dans 10 des 34 provinces du pays. Au cours du seul deuxième trimestre de l'année 2011, quelques 1 026 cas de violences faites aux femmes avaient déjà été enregistrés (contre 2 765 sur l'ensemble de l'année 2010). De plus, prévient encore l'ONG, avec les récents soulèvements, la question des droits des femmes risque de chuter encore plus bas sur la liste des priorités du gouvernement. L'assassinat de Burhanuddin Rabbani, qui dirigeait le Haut conseil pour la paix, souligne bien toute la volatilité de la situation en Afghanistan actuellement. "Au cours des dix dernières années, les droits des Afghanes ont progressé. Aujourd'hui, des femmes travaillent comme docteurs, avocates ou dans le milieu des affaires. Et surtout, de plus en plus de jeunes filles vont à l'école. Mais qu'en sera-t-il dans 10 ans ? Où en serons-nous? La vie devient de plus en plus difficile pour les femmes dans le pays. C'est la paix que nous voulons et non un accord mal ficelé qui nous confinerait une fois de plus à la maison. Notre voix doit se faire entendre", affirme Orzala Ashraf Nemat, co-auteure du rapport. Pour Oxfam, le nombre de femmes siégeant actuellement au Haut conseil pour la paix n'augure rien de bon concernant leur éventuelle participation aux futurs pourparlers de paix avec les Talibans. Sur les 70 membres du conseil, créé pour piloter le processus de paix, seuls 9 sont des femmes. Oxfam appelle l'Etat afghan et la communauté internationale à mettre en place un processus de paix plus inclusif en amont de la conférence de Bonn en décembre prochain. Cette conférence tracera la trajectoire de l'Afghanistan au-delà de 2014 et doit intégrer toutes les composantes de la société afghane, dont les femmes. Oxfam demande aux dirigeants internationaux de veiller à ce que les Afghanes aient un rôle actif dans toutes les négociations, et les exhorte à promettre que tout accord politique avec des groupes tels les Talibans garantira les droits des femmes de manière explicite. "Les Afghanes me disent avoir le sentiment de ne pas pouvoir se fier aux principaux acteurs du processus de paix pour garantir leur droits. Elles demandent une place à la table des négociations afin de préserver les gains acquis de haute lutte Plus les femmes auront d'intérêts à faire valoir dans le processus de paix, plus elles auront de chances de soutenir et promouvoir la réconciliation au sein de leurs familles et de leurs communautés, ce qui est essentiel pour garantir une paix durable", explique Louise Hancock, responsable d'Oxfam en Afghanistan et co-auteure du rapport. "La Conférence de Bonn aura lieu dix ans après la conférence initiale qui avait posé les bases de la reconstruction de l'Afghanistan. Beaucoup d'erreurs ont été commises depuis. Les dirigeants internationaux doivent s'assurer que Bonn ne sera pas seulement un prétexte pour parler boutique, et que ce sera bien l'occasion de proposer des solutions concrètes pour offrir un avenir meilleur à l'Afghanistan. Le peuple afghan mérite une paix réelle, juste et durable, et non pas une transaction politicienne servant les intérêts d'une minorité." Oxfam appelle les dirigeants internationaux à s'assurer que tout accord de paix comporte des points garantissant les droits des femmes, tels que le suivi de la scolarisation des filles et du nombre de femmes dans la vie publique. Oxfam demande également à l'Etat afghan et à la communauté internationale de garantir que les femmes participent de manière significative à tous les niveaux des processus de paix, de manière à ce que le gouvernement afghan honore sa promesse d'un taux de représentation des femmes de 30% dans les administrations. L'ONG souhaite enfin que les dirigeants assurent le financement continu des services dont bénéficient les femmes, comme les écoles, les formations à la prise de responsabilité, ou l'accès aux services de base, et ce après 2014.

Note aux rédactions

- élécharger le rappor - Lire également le rapport du collectif d'ONG ACBAR La santé et l'éducation en Afghanistan : une coquille vide - oir le travail d'Oxfam France sur l'Afghanista

Contact presse

Mathilde Magnier : +33 1 77 35 76 00 / [mmagnier@oxfamfrance.org->mailto:mmagnier@oxfamfrance.org]

Contact

Notes aux rédactions

[post_title] => Afghanistan : Après dix ans de progrès, les droits des femmes menacés [post_excerpt] => Dans un rapport publié le 3 octobre, Oxfam rappelle que les acquis obtenus par les Afghanes en matière de droits au cours des dix dernières années pourraient significativement s'éroder, voire disparaître en cas d'accord de paix négocié à la va-vite. [post_status] => publish [comment_status] => closed [ping_status] => closed [post_password] => [post_name] => afghanistan-apres-dix-ans-de-progres-les-droits-des-femmes-menaces [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2018-10-02 11:57:11 [post_modified_gmt] => 2018-10-02 09:57:11 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.oxfamfrance.org/pressrelease/afghanistan-apres-dix-ans-de-progres-les-droits-des-femmes-menaces/ [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )