Agrocarburants : le Parlement européen cède aux lobbies industriels

Le Parlement européen a voté aujourd'hui la modification de la directive Energies Renouvelables, qui oriente la production et la consommation d'agrocarburants en Europe.

Pour Oxfam France, en optant pour un plafond d'incorporation de 6% d'agrocarburants dans les carburants traditionnels, et en définissant un nouvel objectif contraignant de 7,5% d'incorporation d'éthanol dans l'essence, le Parlement européen a cédé aux lobbies industriels, et renoncé à l'ambition de réguler cette production aux effets pourtant dévastateurs sur l'environnement et la sécurité alimentaire mondiale.

L'issue de cette réforme repose désormais entièrement sur les épaules du Conseil européen, ce qui laisse aux lobbies industriels encore plus de temps pour renforcer leur stratégie agressive de désinformation sur les impacts des politiques de soutien aux agrocarburants.

Le Parlement européen a échoué aujourd'hui à assumer ses responsabilités en prenant les mesures qui s'imposent pour limiter drastiquement les incitations à la production et à la consommation d'agrocarburants en Europe. Les nouveaux objectifs proposés impliquent que l'Europe devra multiplier par 2,5 ses importations d'agrocarburants produits à partir de matières premières alimentaires d'ici à 2020. Les émissions de gaz à effet de serre liées au Changement d'Affectation des Sols Indirect (CASI) ne seront prises en compte que partiellement, et pas avant 2020.

Pour Clara Jamart, d'Oxfam France : « Le vote d'aujourd'hui est un aveu d'échec des politiques face aux lobbies industriels, qui bénéficient d'une manne financière indécente destinée à soutenir la production d'agrocarburants qui détruisent l'environnement, engendrent une déforestation catastrophique, et privent de leur droit à l'alimentation des centaines de millions de personnes dans le monde. »

« Chaque année, les subventions accordées à la production d'agrocarburants en Europe dépassent les 6 milliards d'euros. Si elle ne tombait pas directement dans la poche des plus importants industriels du secteur, une telle somme pourrait permettre de soutenir des projets qui permettent réellement de lutter contre le changement climatique et de renforcer la sécurité alimentaire mondiale. »

Fin 2012, le gouvernement français avait pourtant reconnu l'impact de la politique européenne de soutien aux agrocarburants sur la volatilité des prix alimentaires et la faim dans le monde. Parallèlement, la Commission européenne reconnaissait l'impact du Changement d'Affectation des Sols Indirect (CASI) de la production massive d'agrocarburants sur les émissions de gaz à effet de serre, et proposait entre autre de plafonner à 5% la part des agrocarburants dans la consommation énergétique du secteur européen des transports.

« Nos dirigeants français et européens doivent absolument corriger le tir, et aboutir à un compromis ambitieux pour enfin réformer en profondeur les politiques de soutien aux agrocarburants. Le rôle du Conseil européen sera essentiel, puisqu'il devra se positionner sur cette question avant la fin de l'année« , conclut Clara Jamart.

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