Aide publique au développement française : sans budget et sans ministre

Le Comité d’aide au développement de l’OCDE a publié ce matin les chiffres de l’aide publique au développement (APD) 2013 pour chacun de ses Etats membres.

Si au niveau mondial la courbe repart fortement à la hausse, avec une augmentation de 6,1%, l’aide publique au développement française, quant à elle, est à la baisse pour la troisième année consécutive, reculant significativement de 9,8%. De l’ensemble des membres de l’OCDE, la France enregistre l’une des plus forte baisse.

Ces chiffres arrivent une semaine après la suppression du poste de Ministre délégué au développement. Alors même que les urgences mondiales et les défis du développement n’ont jamais été aussi grands, la France tourne un peu plus le dos à ses engagements internationaux, notamment celui de consacrer 0,7% du revenu national brut à la solidarité internationale.

L’APD française aura connu un point haut en 2010, depuis, elle ne cesse de baisser, passant de 0,45% en 2012 à 0,41% en 2013, en-deçà des prévisions de la Direction du Trésor. La France est désormais à la cinquième place des bailleurs en volume derrière le Japon, qui prend la 4ème place. Dans le même temps, malgré la crise, le Royaume-Uni a rempli ses engagements de consacrer 0,7 % de son RNB au développement, pour la première fois en 2013.

« L’OCDE vient contredire directement les autorités françaises qui, au moment du vote des budgets ne cessent d’argumenter sur la « stabilisation » des crédits d’APD. Or, ils sont en baisse, et très fortement, entrainant des répercussions pour les populations les plus vulnérables », déclare Christian Reboul d’Oxfam France.

Les  coupes budgétaires mises en place affectent déjà les programmes de soutien au développement des services publics, en particulier dans le domaine de la santé (santé materno infantile, renforcement des systèmes de santé des pays du Sud…). Malgré certains progrès accomplis en matière de politique de développement, via par exemple le vote en cours d’une loi d’orientation sur la solidarité et le développement, Oxfam France déplore également le manque de moyens mobilisés dans des situations de crises comme celles que traversent la Centrafrique aujourd’hui, le Mali ou la Syrie et tant d’autres, où les crédits d’aide au développement sont pourtant cruciaux.

« Plus de ministre du développement, forte baisse des budgets, nous assistons à une dépriorisation claire de la solidarité internationale dans l’action gouvernementale. Changement climatique, sécurité alimentaire, crises humanitaires, développement des services publics… la France baisse-t-elle les bras ? », s’interroge Christian Reboul.

Oxfam France appelle le gouvernement français à renoncer à la cure d’austérité qui frappe désormais les budgets pour financer les enjeux de développement mondiaux, notamment en faveur des populations les plus vulnérables et des Etats les plus fragiles. En dépit du rebond de l’aide mondiale, l’OCDE s’inquiète particulièrement de la baisse des flux d’aide en direction des pays les plus pauvres d’Afrique sub-saharienne et pointe du doigt la baisse de l’aide à destination de l’Afrique (5,6%).

Il faudrait même aller au-delà des engagements actuels : la lutte contre les causes et les conséquences du changement climatique impose en effet de mobiliser des financements additionnels. Aujourd’hui, les pays riches n’ont versé que 2 % des fonds nécessaires aux pays pauvres pour l’adaptation au changement climatique. Les financements innovants comme la taxe sur les transactions financières, doivent répondre à cet effort supplémentaire de solidarité.

Pour Christian Reboul :«La France n’a plus qu’un mois pour convaincre la coalition de pays européens d’affecter la taxe à la solidarité internationale, essentielle pour l’avenir des populations les plus pauvre. C’est la dernière chance pour la France d’exister encore sur la scène de la solidarité internationale ».

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Fanny Mantaux
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