Conférence sur la crise financière et économique mondiale

Crise financière : les pays riches sabotent la conférence de l'ONU

Du 24 au 26 juin 2009 s’est tenue au siège des Nations unies, à New York, la Conférence de haut niveau sur la crise financière et économique mondiale et son incidence sur le développement. Une rencontre guère prise au sérieux par les pays riches et qui s'est achevée sur des résultats consensuels…

Obtenue de haute lutte en décembre 2008, lors de la Conférence internationale sur le financement du développement à Doha (Qatar), par certains pays en développement et le président de l’Assemblée générale de l’ONU, le Nicaraguayen Miguel d’Escoto Brockmann, cette conférence avait non seulement pour but de prendre des mesures immédiates afin d’atténuer les effets de la crise, notamment sur les populations les plus vulnérables, mais aussi de repenser à plus long terme l’organisation de l’économie mondiale.

Après plusieurs mois de négociations et plusieurs retournements de situation qui ont menacé la tenue même de la conférence, le document final n’acte cependant aucune nouvelle décision, tandis que les ONG de solidarité internationale, à l’instar d’Oxfam International, n’ont vu dans cette rencontre faiblement médiatisée qu’une « occasion manquée ». Pour Bernice Romero, directrice des campagnes à Oxfam International, « les Etats membres ont échoué à protéger les populations pauvres de la crise alimentaire et des excès du capitalisme effréné ».

Désaccords et marchandages politiques

En cause : les désaccords persistants entre les pays ou groupes de pays les plus riches de la planète (Etats-Unis, Union européenne) et les pays du groupe des 77 (coalition de pays en développement) sur les conclusions et les recommandations figurant dans le document final de la conférence.

Opposés à l’adoption de solutions contraignantes et peu enclins à voir dans l’enceinte onusienne le lieu propice au règlement d’enjeux aussi politiques que la remise en cause du modèle capitaliste libéral, les pays du G8 n’ont en effet guère pris au sérieux une réunion qui a pourtant permis d’organiser des débats sur des questions essentielles et de lancer les prémices d’une gestion globale de la crise.

« Se réfugiant derrière des débats de procédure, les pays riches ont réussi à vider les documents issus de la conférence des recommandations très innovantes contenues dans le rapport de la commission Stiglitz, pour aboutir à des résultats consensuels », déplore Maylis Labusquière, d’Oxfam France. Mise en place à la demande de l’Assemblée générale des Nations unies, la commission pilotée par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz avait pour objectif de réfléchir à la réforme du système financier et monétaire international et de formuler des propositions contenues dans un [rapport d’étap qui vient d’être publié. Ces recommandations, qui ont largement inspiré les propositions avancées par les pays en développement au cours de la conférence de haut niveau, vont bien au-delà des réformes annoncées par le G20, après le sommet qui s’est tenu en avril à Londres : un contrôle plus strict des banques et des agences de notation, une suppression des paradis fiscaux et du secret bancaire, une réforme réelle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), la constitution de nouveaux organes des Nations unies, y compris un Conseil financier et économique du même niveau que le Conseil de sécurité etc…]]

Une occasion manquée d'aider les pays pauvres

Au final, un document expurgé des principales propositions formulées par les pays en développement, avec peu d’avancées concrètes sur la réforme des institutions financières internationales et des conditionnalités liées à leurs financements, la création d’une devise de réserve internationale qui se substituerait au dollar, la gouvernance mondiale, la fuite des capitaux, l’aide publique au développement ou encore l’allègement de la dette.

« Plus de 100 millions de personnes vont être plongées dans une extrême pauvreté cette année par la crise économique, rappelle Bernice Romero. Et tandis que leurs dirigeants seront absents du prochain G8, cette rencontre représentait une chance unique pour eux de se faire entendre. Mais elle n’a été qu’une occasion manquée. Les espoirs d’aider les pays pauvres par des propositions concrètes ont été ruinés par des marchandages politiques et le refus des pays riches de donner à l’ONU un rôle central dans la réforme de l’économie mondiale ».

La question du rôle régulateur de l’ONU n’est cependant pas totalement enterrée. Seule mesure concrète figurant dans le document final, la décision de mettre en place un groupe de travail ad hoc chargé d’assurer le suivi des questions soulevées lors de la Conférence inscrit celles-ci dans la continuité. Une manière aussi de signifier que le G20 n’aura pas complètement le dernier mot

Contact

Notes aux rédactions

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Obtenue de haute lutte en décembre 2008, lors de la Conférence internationale sur le financement du développement à Doha (Qatar), par certains pays en développement et le président de l’Assemblée générale de l’ONU, le Nicaraguayen Miguel d’Escoto Brockmann, cette conférence avait non seulement pour but de prendre des mesures immédiates afin d’atténuer les effets de la crise, notamment sur les populations les plus vulnérables, mais aussi de repenser à plus long terme l’organisation de l’économie mondiale. Après plusieurs mois de négociations et plusieurs retournements de situation qui ont menacé la tenue même de la conférence, le document final n’acte cependant aucune nouvelle décision, tandis que les ONG de solidarité internationale, à l’instar d’Oxfam International, n’ont vu dans cette rencontre faiblement médiatisée qu’une « occasion manquée ». Pour Bernice Romero, directrice des campagnes à Oxfam International, « les Etats membres ont échoué à protéger les populations pauvres de la crise alimentaire et des excès du capitalisme effréné ».

Désaccords et marchandages politiques

En cause : les désaccords persistants entre les pays ou groupes de pays les plus riches de la planète (Etats-Unis, Union européenne) et les pays du groupe des 77 (coalition de pays en développement) sur les conclusions et les recommandations figurant dans le document final de la conférence. Opposés à l’adoption de solutions contraignantes et peu enclins à voir dans l’enceinte onusienne le lieu propice au règlement d’enjeux aussi politiques que la remise en cause du modèle capitaliste libéral, les pays du G8 n’ont en effet guère pris au sérieux une réunion qui a pourtant permis d’organiser des débats sur des questions essentielles et de lancer les prémices d’une gestion globale de la crise. « Se réfugiant derrière des débats de procédure, les pays riches ont réussi à vider les documents issus de la conférence des recommandations très innovantes contenues dans le rapport de la commission Stiglitz, pour aboutir à des résultats consensuels », déplore Maylis Labusquière, d’Oxfam France. Mise en place à la demande de l’Assemblée générale des Nations unies, la commission pilotée par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz avait pour objectif de réfléchir à la réforme du système financier et monétaire international et de formuler des propositions contenues dans un [rapport d’étap qui vient d’être publié. Ces recommandations, qui ont largement inspiré les propositions avancées par les pays en développement au cours de la conférence de haut niveau, vont bien au-delà des réformes annoncées par le G20, après le sommet qui s’est tenu en avril à Londres : un contrôle plus strict des banques et des agences de notation, une suppression des paradis fiscaux et du secret bancaire, une réforme réelle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), la constitution de nouveaux organes des Nations unies, y compris un Conseil financier et économique du même niveau que le Conseil de sécurité etc…]]

Une occasion manquée d'aider les pays pauvres

Au final, un document expurgé des principales propositions formulées par les pays en développement, avec peu d’avancées concrètes sur la réforme des institutions financières internationales et des conditionnalités liées à leurs financements, la création d’une devise de réserve internationale qui se substituerait au dollar, la gouvernance mondiale, la fuite des capitaux, l’aide publique au développement ou encore l’allègement de la dette. « Plus de 100 millions de personnes vont être plongées dans une extrême pauvreté cette année par la crise économique, rappelle Bernice Romero. Et tandis que leurs dirigeants seront absents du prochain G8, cette rencontre représentait une chance unique pour eux de se faire entendre. Mais elle n’a été qu’une occasion manquée. Les espoirs d’aider les pays pauvres par des propositions concrètes ont été ruinés par des marchandages politiques et le refus des pays riches de donner à l’ONU un rôle central dans la réforme de l’économie mondiale ». La question du rôle régulateur de l’ONU n’est cependant pas totalement enterrée. Seule mesure concrète figurant dans le document final, la décision de mettre en place un groupe de travail ad hoc chargé d’assurer le suivi des questions soulevées lors de la Conférence inscrit celles-ci dans la continuité. Une manière aussi de signifier que le G20 n’aura pas complètement le dernier mot…

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