Conflit en Syrie : les Syriens abandonnés par des pays donateurs majeurs

2,7 milliards de dollars manquent encore à l'appel de fonds des Nations unies.

Une étude menée par Oxfam, publiée en amont de la conférence des donateurs du mercredi 25 septembre à New-York, montre que de nombreux bailleurs de fonds n'ont toujours pas versé la contribution attendue au financement nécessaire pour répondre à la crise humanitaire en Syrie.

Un tiers des pays membres du Comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération économique et de développement (OCDE), représentants parmi les pays les plus riches du monde, ont donné moins de la moitié que ce qui serait attendu, au vu de la taille de leurs économies.

Le Qatar et la Russie ont tous deux fourni à peine 3% de ce qui serait considéré comme leur juste contribution à l'effort humanitaire, la Corée du Sud à peine 2%. Le financement de la France demeure inférieur à la moitié (47%) de ce qui serait attendu d'elle. Des insuffisances de financement que François Hollande avait d'ailleurs tenté de masquer en juillet dernier, en annonçant avoir débloqué près de 85 millions d'euros pour la crise syrienne alors qu'il s'agissait en réalité de dépenses déjà engagées. Le Japon n'a contribué qu'à hauteur de 17%. Les Etats-Unis sont aujourd'hui le plus gros bailleur de l'appel des Nations unies. Pourtant le pays n'a engagé que 63% de ce qui devrait être sa part et pourrait largement accroître ses efforts pour venir en aide aux personnes affectées par le conflit syrien.

S'il est plus urgent que jamais de trouver une solution politique au conflit syrien, il est indispensable que les pays donateurs, dont la France, le Qatar et la Russie, se concentrent également sur le financement de l'appel des Nations unies pour la Syrie, à hauteur de 5 milliards de dollars, déclare Oxfam.

Cette étude établit le montant de l'aide qui devrait être engagé par chaque pays, selon son PIB et sa richesse cumulée. Selon l'analyse d'Oxfam, plusieurs pays tels le Qatar, la Russie, les Emirats Arabes Unis et la France influencent la réponse internationale au conflit, mais n'ont pas été à la hauteur en matière d'aide humanitaire.

« Trop de pays donateurs ne fournissent pas les fonds qui sont attendus d'eux. Même si la conjoncture économique est difficile, nous sommes face à la plus grande crise humanitaire provoquée par l'Homme au cours des deux dernières décennies et nous devons y répondre sérieusement. L'ampleur de la crise est sans précédent et il est urgent que certains pays commencent à démontrer leur engagement pour la crise en Syrie en mettant la main au portefeuille« , déclare Colette Fearon, chef du Programme Syrie à Oxfam.

« En n'apportant pas l‘aide humanitaire nécessaire ces pays manquent à leurs devoirs. Les pays donateurs doivent prendre de réels engagements lors de la réunion de la semaine prochaine pour la Syrie, et ce afin de s'assurer que l'argent arrive au plus vite. Le temps des promesses est passé. La situation exige d'engager des fonds afin de sauver des vies. »

Les calculs d'Oxfam sont basés sur les données du Service de surveillance financière des Nations unies, le Fond central d'intervention d'urgence des Nations unies, ECHO ainsi que d'autres contributions bilatérales qui ont été confirmées par les bailleurs.

Oxfam appelle aussi tous les bailleurs de fonds à enregistrer leurs contributions auprès du Service de surveillance financière des Nations unies afin de maximiser l'efficacité et la transparence de l'aide.

« Quand les financements sont aussi faibles, chaque dollar compte. Nous voyons des personnes partir sans nourriture, sans abri ou sans eau chaque jour. Savoir qui fournit quelle forme d'aide et à quel endroit nous permettra d'aider autant de personnes que possible« , déclare Colette Fearon.

Les problèmes de financement affectent déjà la capacité des organisations à répondre aux besoins humanitaire et les obligent à prendre des décisions difficiles, notamment concernant l'utilisation du peu de fonds dont elles disposent.

L'étude d'Oxfam dresse également la liste des pays qui ont contribué généreusement à l'appel. Les pays ayant surpassé leur juste contribution sont le Koweït (461%), la Norvège (134%), l'Arabie Saoudite (187%) et le Royaume-Uni (132%). L'ONG accueille favorablement les nouvelles promesses de financement qui ont été faites lors du récent G20 mais déclare que les fonds doivent être versés aussi rapidement que possible afin de fournir l'aide qui est nécessaire au plus vite.

En juin, les Nations unies ont lancé un appel sans précédent à hauteur de 5 milliards de dollars pour la Syrie mais celui-ci n'est pour l'instant financé qu'à hauteur de 44%. D'autres appels de fonds sont en difficulté de financement. L'appel à dons d'Oxfam, à hauteur de 48,9 millions de dollars, soit le plus important jamais lancé par l'ONG, n'est pour l'instant financé qu'à 39%.

La situation humanitaire continue d'empirer en Syrie, alors que plus de deux millions de personnes ont fui le pays et se sont enregistrées comme réfugiés. En Syrie même, plus de quatre millions de personnes ont urgemment besoin d'aide.

Note aux rédactions

  • Consultez l'étude d'Oxfam sur les contributions par pays (en anglais).
  • Dans son estimation de la totalité des besoins, l'étude analyse quatre appels à dons : le plan SHARP des Nations Unies de 2013, le Plan de réponse aux réfugiés 5, le CICR et le FICR.
  • Cette étude s'appuie sur les fonds réellement engagés et non seulement sur ceux promis. Les données de financement ont été trouvées grâce au Service de surveillance financière (FTS) des Nations unies et en consultant les pays donateurs. Elle inclut aussi les contributions faites via d'autres canaux multilatéraux tels que l'Office humanitaire des communautés européennes (ECHO), le Fond central d'intervention d'urgence des Nations unies, ainsi que les contributions bilatérales.
  • La contribution équitable d'un pays est un pourcentage estimé sur la base sur de son Produit national brut. L'analyse de contribution équitable inclut les pays du Comité d'aide au développement ainsi que des pays à haut revenus qui ne sont pas membre de ce comité, tels la Russie.
  • Oxfam France a lancé un appel à dons pour contribuer à la réponse d'Oxfam dans les camps de réfugiés syriens au Liban et en Jordanie.
  • Contact presse
    Mathilde Magnier, mmagnier@oxfamfrance.org, +33 1 77 35 76 00

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    Photo : Luca Sola/Oxfam

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