Dans le camp de réfugiés de Dadaab, l’urgence continue

La vie de dizaines de milliers de personnes est menacée alors que les fonds destinés à des services vitaux devraient se tarir d'ici deux à trois mois

Un an après que les images de Somaliens fuyant en masse la famine et les conflits pour venir trouver refuge dans le camp de Dadaab, au Kenya, aient fait le tour du monde, sept ONG mettent en garde contre un manque de financements critique auquel est aujourd'hui confronté le plus grand camp de réfugiés de la planète.

Les ONG préviennent que si 25 millions de dollars ne sont pas réunis au plus vite, au moins 200 000 personnes seront affectées par ce manque de financements. Les organisations appellent la communauté internationale à repenser son approche afin de trouver des solutions de long terme pour le camp. Les ONG soulignent également que si l'aide venait à manquer, l'insécurité dans la région pourrait s'aggraver.

La population de Dadaab a augmenté de près de 30% au cours de l'année passée. A l'heure actuelle, environ 465 000 personnes vivent dans le camp, les besoins y sont donc plus importants que jamais. Pourtant, l'attention de la communauté internationale s'est détournée du camp cours des derniers mois, ce qui explique que les financements n'aient pas suivi. Un manque de fonds dont la population de réfugiés de Dadaab ressent déjà les conséquences et qui pourrait s'aggraver davantage dans les mois à venir.

D'ici peu, 130 000 personnes seront sans abris adéquat et se trouveront contraints de vivre dans des tentes mal adaptées et ainsi susceptibles de ne pas résister longtemps aux conditions climatiques difficiles. Près de 30 000 nouveaux abris sont d'ores et déjà nécessaires, même si les fonds à disposition ne permettent de n'en obtenir que 4 000.

A partir du mois de septembre 2012, la fourniture de nouveaux services d'approvisionnement en eau et d'accès aux installations sanitaires pour 50 000 réfugiés seront largement menacés. Sans cette unique source d'eau potable et de nouvelles latrines, le risque de choléra sera fortement amplifié.

Les services de santé sont saturés et sous-equipés. Dans le camp de Hagadera à Dadaab, seules deux unités de soins sont à disposition pour traiter 78 000 personnes, soit quatre fois plus que ce qu'exigent les standards minimum d'urgence – une unité de soins pour 10 000 personnes. En octobre 2012, le personnel de santé d'Hagadera sera contraint de se retirer en raison du manque de financement.

Près de 164 000 enfants – plus de 70% des enfants de Dadaab- sont actuellement déscolarisés. Le manque d'éducation et d'opportunités professionnelles augmente le risque de recrutement de jeunes gens marginalisés par les milices et groupes criminels. L'éducation est un moyen vital de donner aux réfugiés les outils pour contribuer à la reconstruction, à la paix et à la stabilité de leur pays d'origine et, plus généralement, de la région. Les enfants qui sont en mesure d'aller à l'école sont plus de 100 par classe et seul un enseignant sur cinq bénéficie d'une véritable formation.

Près de 20% des familles vivant à Dadaab sont exposées à des menaces, à différentes formes de harcèlement et de discrimination. Les femmes et les enfants sont confrontés à des risques de violence sexuelle, notamment lorsque ces derniers vont chercher du bois ou marchent sur de longues distances pour se rendre dans les latrines mal éclairées. Les signalements d'actes de violence sexuelle ont augmenté de 36% entre février et mai 2012. Dans le même temps, les financements destinés aux programmes de protection ont diminué et le personnel formé pour dispenser des soins psycho-sociaux est en sous-effectif. Les réfugiés qui ne sont pas correctement abrités sont particulièrement vulnérables.

« En raison du manque de financements, tous ces gens qui ont fui d'intolérables souffrances ne sont pas en mesure de recevoir les soins dont ils ont besoin. En plus du coût humain, ce manque de fonds a aussi des implications pour la sécurité dans la région. Si les enfants ne vont pas à l'école et si les abris et les autres services proposés aux réfugiés ne sont pas adaptés, il pourrait en résulter une intensification du recrutement militaire, de la violence et de l'instabilité« , explique Stephen Vaughan, directeur de CARE au Kenya.

Le camp de Dadaab existe depuis vingt ans ; l'année dernière, les camps déjà particulièrement surpeuplés ont dû accueillir 160 000 nouveaux arrivants originaires de Somalie.

«  Les camps de réfugiés ne sont qu'une solution temporaire et la situation devient de plus en plus intenable. Nous avons besoin de financements immédiats pour sauver la vie de ces personnes mais nous ne pouvons pas continuer à injecter éternellement de l'argent dans un camp qui ne cesse de s'agrandir. Il est urgent d'adopter une nouvelle approche. Cependant, dans l'immédiat, le monde a le devoir de ne pas tourner le dos à Dadaab et aux besoins des personnes réfugiées ici« , ajoute Nigel Tricks, directeur d'Oxfam au Kenya.

Les organisations appellent à une solution durable et pacifique pour la Somalie afin que les refugiés puissent rentrer chez eux. Elles demandent également l'élaboration d'une vision à long terme qui s'appuie sur la création d'emplois et d'infrastructures pour que les réfugiés ne dépendent plus de l'aide à court terme. Alors que l'insécurité des camps entrave l'accès des organisations humanitaires, de plus grands investissements sont nécessaires pour renforcer les compétences et les capacités des communautés de réfugiés et des organisations locales afin qu'elles fournissent elles-mêmes des services.

« Depuis un an, les travailleurs humanitaires de Dadaab travaillent au maximum de leurs capacités dans des conditions extrêmement difficiles. Nous nous sommes engagés à fournir des soins de santé de bonne qualité mais, comme nous manquons de financements, il est probable que certains services essentiels finiront par être amputés, ce qui rendra les réfugiés plus vulnérables« , conclut Kellie Leeson, directrice régionale adjointe de l'International Rescue Committee (IRC).

Organisations signataires de ce communiqué : CARE ; Catholic Relief Services (CRS) ; Conseil danois pour les réfugiés (DRC) ; Fédération luthérienne mondiale (FLM) ; International Rescue Committee (IRC) ; Oxfam ; Terre des Hommes (TdH)

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