Déplacement de Nicolas Sarkozy en RD Congo La France doit pousser l’UE à s’engager encore plus pour la sécurité des civils congolais

Oxfam France appelle Nicolas Sarkozy, qui doit se rendre jeudi en République démocratique du Congo, à faire de l’engagement français en faveur du retour de la paix et de la stabilité dans la région des Grands Lacs un exemple à suivre pour l’Union européenne et les Nations unies qui doivent contribuer davantage à la protection des populations civiles congolaises.

« Cette visite est un signal politique fort et bienvenu que la France envoie aux populations congolaises en détresse. Après un regain d’intérêt il y a quelques mois, la RDC n’est plus aujourd’hui à la Une des médias ou des priorités diplomatiques. Pourtant, la situation sur le terrain est toujours aussi critique : les pillages et les viols sont toujours aussi nombreux et on estime qu’environ 160 000 personnes ont été déplacées au Nord Kivu. Espérons que Nicolas Sarkozy saura témoigner de l’urgence de cette crise humanitaire auprès de ses partenaires du G20 la semaine prochaine à Londres » déclare Luc Lamprière, directeur d’Oxfam France, de retour d’une mission en RDC avec Mary Robinson, présidente honoraire d’Oxfam international.

L'accès humanitaire reste préoccupant dans une large partie du Grand Nord Kivu. A l'heure actuelle, les partenaires d'Oxfam International estiment à 55 000 le nombre de personnes déplacées dans la seule ville de Kanyabayonga, au Nord Kivu. Forcées de fuir leurs villages ou leurs maisons, elles n’ont plus aujourd’hui aucun accès à l'aide humanitaire.

Les Nations unies ont voté en novembre dernier l’envoi de 3 000 soldats de maintien de la paix supplémentaires pour renforcer la MONUC mais aucun n’a encore été déployé. Sur place, les Casques bleus attendent des avions de transport ou des hélicoptères, indispensables pour que leur mission soit le plus efficace possible mais à ce jour, seule la Belgique a promis un avion de transport.

Mais outre les différents groupes et milices armés encore actifs, les forces de sécurité elles-mêmes se rendent régulièrement responsables de nombreuses exactions et sont craintes des civils qu’elles sont censées protéger. Avec la récente intégration chaotique de groupes rebelles dans les forces armées régulières, et dans la perspective de nouvelles opérations militaires probables dans la région dans les semaines qui viennent, il est plus indispensable que jamais de procéder à une réforme en profondeur du Secteur de la Sécurité Selon l’OCDE, cela englobe « l’armée, la police et la gendarmerie, les organes de renseignement et autres organes similaires, les institutions judicaires et pénitentiaires ainsi que les instances civiles élues et dûment désignées auxquelles il revient d’en assurer le contrôle et la supervision » (Parlement, exécutif, ministère de la défense, notamment).].

La France avait pris l’initiative pour que le Conseil de Sécurité autorise le renfort de la Monuc en novembre dernier ; elle a su faire en sorte que son mandat soit clarifié et renforcé, afin de mieux protéger les civils en danger, notamment à l’Est du pays. Elle s’est également fortement impliquée dans la réforme de l’armée et de la police en RDC, mais les efforts de la communauté internationale restent très en deçà des besoins.

« Nicolas Sarkozy doit s’appuyer sur ce déplacement à Kinshasa pour s’assurer que l’Union européenne prenne enfin la mesure de ce défi : il faut prolonger le mandat de la mission de l’EUSEC et surtout en renforcer largement les capacités pour être à la hauteur du travail à accomplir. Ce déplacement présidentiel doit maintenant coïncider avec la concrétisation sur le terrain de ces promesses » précise Nicolas Vercken d’Oxfam France.

« Lors de notre visite en RDC il y a deux semaines, nous avons rencontré de nombreuses femmes qui ont témoigné de la réalité de la guerre et de la pratique endémique du viol dans leur pays, déterminées à faire changer les choses. La vie quotidienne au Nord Kivu est faite de pillages, d’enlèvements et de travail forcé. Les récits que nous avons recueillis ont mis en évidence, en particulier, le besoin d’écarter des forces armées les individus coupables de graves violations des droits humains, ce qui aujourd’hui est loin d’être le cas. Le déploiement des 3 000 casques bleus supplémentaires promis à l’automne dernier est donc une urgence vitale, de même que la traduction, enfin, dans les faits de l’obligation de protection des populations civiles. Il en va de la vie de ces femmes, de ces enfants soldats et de toute cette population qui vit dans la peur » conclut Luc Lamprière.

Notes

250 000 personnes ont été déplacées au Nord Kivu lors de la recrudescence des combats entre les groupes rebelles du CNDP et l’armée congolaise de fin août à fin décembre 2008. 1 million de personnes sont toujours déplacées à l’est de la RDC.

Les groupes rebelles du CNDP et l’armée congolaise font front commun pour mener une offensive conjointe contre le groupe rebelle du FDLR. Plus de 100 civils sont morts lors d’attaques de représailles et plus de 160 000 civils ont fui les combats depuis janvier 2009. L’extension prévue de cette opération dans la province du Sud Kivu risque de peser encore plus sur la capacité des casques bleus et de la communauté humanitaire à fournir une protection et une assistance adéquates, alors que les besoins continuent de se faire sentir au Nord Kivu, où les FDLR reprennent les positions dont ils avaient été évincés en janvier-février. Cette semaine, l’ONU a dénoncé les représailles contre la population civile de la part des FDLR mais aussi des forces armées gouvernementales dans la zone du Lubero.

Les civils dans d’autres régions de l’est de la RDC sont également menacés et doivent être mieux protégés. Plus de 900 personnes ont été assassinées par la Lord’s Resistance Army depuis Noël dernier, lors d’une opération de désarmement par la force dans la région du Haut Uele, à l’extrême nord-est du pays. Plus de 130 000 civils ont été déplacés dans cette région et les combats y font toujours rage.

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