Doha, un sommet à point nommé pour refondre le système économique mondial

Alors que plus de 180 pays se réunissent au Qatar du 28 novembre au 2 décembre pour un sommet des Nations unies sur le financement du développement, Oxfam France regrette qu’aucun chef d’Etat n’ait à ce jour confirmé sa participation. Seul Nicolas Sarkozy, en tant que président de l’Union européenne, fera un déplacement express à l’inauguration de la Conférence ce samedi 28 novembre.

Pourtant, face à la crise financière, les enjeux pour le développement des pays pauvres sont plus que jamais d’actualité. Après les réunions en petits comités (G7, G20) cette conférence est la première occasion de porter le débat au niveau des Nations unies.

A mi-parcours de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), décidés en 2000 par les Nations unies pour réduire la pauvreté de moitié d’ici à 2015, la Conférence de Doha vise à passer en revue la mise en œuvre des engagements du Consensus de Monterrey pour financer l'atteinte de ces OMD. En 2002, lors de ce sommet de Monterrey, de nombreux chefs d’Etat avaient pris des engagements clairs Selon six chapitres : 1. La mobilisation des ressources nationales, 2. Les investissements étrangers directs, 3. Le commerce international, 4. L’aide internationale, 5. La dette extérieure, 6. L’architecture internationale] pour assurer le développement dans les pays pauvres et garantir son financement, reconnaissant ainsi qu’au-delà des politiques des pays du Sud, des défauts structurels dans le système économique international empêchaient les pays pauvres et leur population de récolter les fruits de la mondialisation.

Ironie de l’histoire, une partie des mesures prônées par le Consensus de Monterrey (notamment l'ouverture rapide des marchés financiers et commerciaux) viennent de montrer leur limite alors que les crises alimentaire, énergétique et financière remettent en cause les progrès jusqu’alors accomplis dans certaines parties du globe vers la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Reste que les engagements en faveur de la mobilisation des ressources domestiques, au Sud, de l'augmentation de l'aide au développement, au Nord, et de la démocratisation des institutions internationales sont plus que jamais d'actualité.

Oxfam France demande à Nicolas Sarkozy d’aller au-delà du simple constat qu’il faisait à New York le 22 septembre dernier en déclarant ‘qu’aucun pays africain n’est dans les temps pour atteindre tous les objectifs du Millénaire pour le développement’ : « En tant que président en exercice de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy ne doit pas arriver les mains vides alors qu’une personne sur cinq dans le monde vit avec moins de 1,25 dollars par jour » déclare Maylis Labusquière, d’Oxfam France.

« La Conférence de Doha est snobée par la grande majorité des dirigeants politiques et des institutions internationales, alors qu’il s’agit du premier sommet sur des questions économiques et financières qui réunissent l’ensemble des pays des Nations unies depuis le début de la crise financière. La volonté affichée par les pays riches lors du G20 d’associer les pays en développement au processus de réforme du système économique et financier n’est plus de mise quand il s’agit de se rendre à Doha pour se confronter à l’ensemble des participants de la conférence » ajoute Maylis Labusquière.

Pour Oxfam France, l’ambition affichée par Nicolas Sarkozy de réformer en profondeur le système international ne sera crédible que si les propositions suivantes sont prises en compte lors de la Conférence internationale de Doha :

lancer un processus inclusif et transparent de réforme de l’architecture économique et financière mondiale sous l’égide des Nations unies, avec la pleine participation des pays en développement

La première mesure concrète de ce processus doit être d’acter à Doha une réforme ambitieuse de la gouvernance de la Banque mondiale et du FMI. En discussion depuis tant d’années, cette réforme a pour l’instant eu comme seul effet de voir le FMI augmenter en 2008 les droits de vote des pays en développement de 2% ; les pays du G7 conservant 45% des quotes-parts. Ces institutions ne peuvent pas jouer un rôle central pour réguler la mondialisation sans une réforme immédiate et profonde de leur fonctionnement.

mettre en avant la responsabilité des paradis fiscaux dans la perte des revenus fiscaux des pays pauvres

Les pays riches focalisent leur attention sur la corruption ou la grande criminalité pour expliquer la fuite des capitaux des pays en développement, alors que la principale responsabilité revient à l’évasion fiscale des multinationales qui localisent leurs profits au sein de filiales peu ou pas imposées. Cette pratique représenterait à elle seule 160 milliards de pertes fiscales pour les pays en développement chaque année, alors que ce manque à gagner pourrait constituer la première source de financement stable et non lié à des conditionnalités extérieures pour développer des politiques publiques comme des services de santé et d’éducation.

a minima mettre en œuvre les promesses d’aide au développement déjà faites

La Conférence de Monterrey avait poussé nombre de pays riches, au premier rang desquels l’Union européenne, à s’engager à consacrer 0,7% de leur Revenu National Brut à l’aide publique au développement pour financer les OMD. Pourtant, l’aide européenne, qui représente actuellement la moitié des flux d’aide internationaux, a globalement diminué entre 2006 et 2007 d’1,5 milliard d’euros. Contrairement aux engagements internationaux, depuis 2006, l’aide des cinq plus importants donateurs en volume est en baisse. Elle a chuté entre 2006 et 2007 de 9,9% en termes réels pour les Etats-Unis, de 30,1% pour le Japon, de 15,9% pour la France et de 29,1% pour le Royaume Uni.

« L’aide au développement ne doit pas servir de variable d’ajustement budgétaire face à la crise financière que traversent les pays riches, comme ce fut le cas dans les années 1990 La récession économique au début des années 1990 a fait reculer les montants d’aide internationale de 25%; le niveau de 1992 n’a été atteint qu’en 2003.
]. La conférence de Doha est une occasion unique de mettre en lumière les causes structurelles de la pauvreté et d’y apporter une réponse concrète et durable
» conclut Maylis Labusquière.

NOTES :

– Maylis Labusquière, d’Oxfam France, assistera à la conférence des Nations unies sur le financement du développement et sera à Doha du 28 novembre au 2 décembre et disponible pour des interviews sur place et par téléphone.

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