El Niño : les populations les plus vulnérables sont touchées de plein fouet

Une nouvelle carte du monde établie par Oxfam prouve encore une fois qu’il est urgent de financer l’adaptation au changement climatique pour les plus vulnérables

En 2016, au moins 60 millions de personnes dans le monde seront confrontées à la faim et à la pauvreté du fait des sécheresses et des mauvaises récoltes induites par El Niño [1]. Le phénomène, qui apparait de façon naturelle tous les deux à cinq ans, se manifeste cette année de façon dramatique et menace la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau.

Aujourd’hui, Oxfam publie une carte mondiale présentant les conséquences des variations météorologiques dues à El Nino sur le quotidien des populations pauvres. L’ampleur des dommages varie d’un pays à l’autre mais une constante demeure : malgré leurs efforts, bon nombre de gouvernements sont tout simplement dépassés. La carte fait également état de quelques-unes des actions menées par les équipes d’Oxfam sur place ainsi que les recommandations de l’organisation internationale qui se concentre dans l’immédiat à appeler à une concertation des efforts humanitaires. L’aide aux communautés sinistrées est en effet essentielle jusqu’au retour à des récoltes normales et au renforcement de la sécurité alimentaire.

Cet épisode El Nino rappelle, trois mois après la signature de l’Accord de Paris sur le climat, les liens entre le climat, la faim et la pauvreté ainsi que le besoin pour les pays les plus vulnérables de soutien financier de la part des pays riches pour s’adapter au changement climatique.

« El Niño est comme un accident de train au ralenti, explique Armelle Le Comteporte-parole d’Oxfam France. Tout le monde voit la catastrophe arriver sans pouvoir ou vouloir rien faire. Des signaux d’alarme ont été tirés, et des mesures prises mais l’ampleur des dégâts se révèle être au-delà de ce que l’on imaginait. Il frappe le plus fort ceux-là même qui sont le moins en mesure de résister, ceux qui n’ont pas les moyens financiers et techniques pour faire face. »

« De tels événements sont amenés à se produire plus fréquemment, et avec une intensité croissante, nécessitant en amont dans les pays les plus pauvres, infrastructures et moyens pour s’y adapter. Les pays en développement doivent déjà faire face au coût économique du changement climatique : ils devront débourser d’ici à 2050 près de 800 milliards de dollars par an pour financer l’adaptation [2]. »

Or Oxfam a révélé dans un rapport publié en novembre 2015 que seuls 5 à 8 milliards de dollars de dons par an sont actuellement destinés à l’adaptation [3]. Des données qui montrent  que la plupart des États n’ont pas pris la mesure de la gravité des risques climatiques, ce qu’El Nino est en train de leur rappeler.

« Après l’aide d’urgence les gouvernements et les bailleurs de fonds ont le devoir d’investir dans le long terme. Nous les appelons notamment à renforcer les mécanismes de résilience au changement climatique si l’on veut pérenniser les efforts faits depuis des années en faveur du développement et de la lutte contre la pauvreté,conclue Armelle Le Comte. »

Contact

Sarah Roussel – Chargée de la communication et des relations médias Climat/COP21
+33 (0)6 51 15 54 38 / sroussel@oxfamfrance.org / @Sarah_Roussel

Notes aux rédactions

CARTE MONDIALE DE L’IMPACT D’EL NIÑO : http://www.elninooxfam.org/fr

[1] El Niño désigne le réchauffement des eaux de surface dans l’océan Pacifique, au large de l’Amérique latine, qui entraîne une modification des courants marins et des vents, ainsi qu’un dégagement de chaleur dans l’atmosphère. Mais les effets d’El Niño dépassent cette zone et ont des incidences sur les conditions météorologiques à l’échelle planétaire. Tout indique que le lien de cause à effet existant entre El Niño et le changement climatique est réciproque : le changement climatique accroît la probabilité d’un « super » El Niño et, en retour, El Niño exacerbe le changement climatique en provoquant un dégagement important de chaleur de l’océan Pacifique. Le réchauffement de la mer sous l’effet du changement climatique pourrait doubler le risque qu’un épisode El Niño intense se produise. Le phénomène El Niño a induit une série d’événements météorologiques extrêmes et atypiques, principalement des températures très élevées, des sécheresses et des inondations dont les conséquences se font sentir avec une acuité particulière pour les populations pauvres. Ce sont en général les agricultrices et agriculteurs des pays en développement et les personnes qui se nourrissent et tirent un revenu de leurs cultures qui en sont les premières victimes. En savoir plus

[2] https://www.oxfamfrance.org/rapports/accord-de-paris-sur-le-climat-ce-qui-peut-changer-la-donne/