La « diplomatie du déplacement aérien » européenne doit se traduire en action alors que le cessez le feu s’effondre : Oxfam demande l’envoi urgent de troupes européennes en RDC

Les ministres européens des Affaires étrangères qui se réunissent demain à Bruxelles (lundi 10 novembre) doivent prendre des engagements clairs et s’entendre sur l’envoi de troupes additionnelles pour renforcer les Nations unies à l’est du Congo, a déclaré aujourd’hui l’organisation internationale Oxfam.

Le fragile cessez-le-feu ne tient plus, ce qui contraint des milliers de personnes à fuir à nouveau dans la panique et compromet la capacité des organisations humanitaires à atteindre ces personnes. La force de maintien de la paix des Nations unies, la MONUC, n’est pas parvenu à garantir la paix et à protéger les populations, alors que près de 250.000 personnes ont du quitter leurs foyers à cause des récents combats.

Nicolas Vercken, d’Oxfam France, a déclaré : « les ministres des Affaires étrangères français et britanniques se sont rendus de Kinshasa à Dar es Salaam en passant par Goma et Kigali le week-end dernier et ont clairement appelé au renforcement des troupes onusiennes , mais absolument rien n’a changé sur le terrain. Au lieu d’une « diplomatie du déplacement aérien », nous avons désormais besoin d’actes. Nos dirigeants ne peuvent pas faire de telles déclarations puis ne rien faire derrière pour protéger les civils ».

Depuis que les Ministres ont visité la région, des dizaines de milliers personnes supplémentaires ont du fuir les combats qui ont repris à Kiwanja et Rutshuru. Dans la journée de vendredi, des tirs nourris autour du camp de Kibati, à 5 km au Nord de Goma – où travaille Oxfam Grande Bretagne – a forcé des milliers de civils à fuir vers la ville de Goma.

« Après une nuit passée à se réfugier dans des familles d’accueil, des écoles et des églises, la plupart semblent être rentrés au camp, mais demeurent terrifiés et vulnérables. La situation demeure particulièrement tendue alors qu’à peine 200 mètres séparent les forces gouvernementales des positions rebelles. A Kanyabayonga, où travaille également Oxfam Grande Bretagne, des milliers d’autres personnes ont fui au cours de la journée de samedi tandis que l’armée congolaise se retirait de ses positions autour de Rutshuru. » a indiqué Juliette Prodhan, responsable d’Oxfam Grande Bretagne en RDC.

« Nous ne faisons qu’entendre de mauvaises excuses, un pays européen après l’autre, pour expliquer pourquoi ils ne peuvent pas aider et ils passent la patate chaude à un autre pays, un autre continent. Leur inaction a des conséquences humaines directes, comme en témoignent les milliers de personnes qui ont du fuir le camp de Kibati. Déjà 5,4 millions de personnes ont péri au cours des dix dernières années : combien d’autres devront encore souffrir avant que l’Europe n’agisse enfin concrètement ? L’Union européenne est en train de faillir à sa Responsabilité de Protéger les populations civiles» a relevé Nicolas Vercken.

« L’Union européenne est la mieux placée pour fournir rapidement les troupes additionnelles. Elle dispose d’une expérience fructueuse en matière de maintien de la paix, tant au Congo qu’au Tchad et a déjà pu démontrer son rôle vital dans la protection des civils. Les pays européens ne contribuent actuellement qu’à hauteur d’une centaine d’hommes aux 17.000 que comptent les Nations unies au Congo. C’est pourquoi nous venons de lancer une campagne urgente de mobilisation via notre site internet, ww.oxfamfrance.org/rd, par laquelle nous invitons les citoyens à écrire à Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes, pour lui demander notamment de plaider activement afin que la MONUC bénéficie à l'Est du pays du renfort de troupes européennes dont la priorité soit de protéger davantage les civils, créer les conditions sécuritaires favorables à l'acheminement de l'aide et faire respecter les accords de paix » a ajouté Nicolas Vercken.

Le fait de redéployer des troupes vers les Kivus et l’Est depuis le reste du pays ne constitue pas une solution car d’autres régions sont également instables et menacent de replonger dans un conflit ouvert. En faisant ainsi, on rendrait les civils vulnérables aux attaques. Dans l’Ituri et à Dungu, dans la Province Orientale, des milliers de personnes ont du fuir une recrudescence des combats, dont 57.000 rien que lors des attaques des 1er et 2 novembre derniers.

« Les ministres européens doivent saisir cette occasion, en collaboration avec leurs confrères des Nations unies et de l’Union africaine, pour trouver une solution politique, apporter les renforts militaires pour protéger les civils et s’assurer que le monde ne détourne pas les yeux du Congo, comme il l’a déjà trop fait par le passé » a dit Nicolas Vercken

NOTES :

– Lors du Sommet des Nations unies de 2005, presque tous les Etats du monde ont reconnu qu’ils avaient une “Responsabilité de Protéger” de protéger leurs populations du génocide, des crimes de guerre, des nettoyages ethniques et des crimes contre l’humanité ; ils ont également reconnu que la communauté internationale a la responsabilité d’abord d’aider les gouvernements nationaux à être en mesure de le faire et ensuite d’agir directement si un Etat s’avère incapable de protéger ses propres citoyens.

– La MONUC est la plus grande opération de maintien de la paix à travers le monde mais, dans un pays de la taille de l’Europe de l’Ouest, était déjà sous dimensionnée avant même que n’éclatent les combats les plus récents. Le responsable des opérations de maintien de la paix aux Nations unies, Alain le Roy, avait déjà demandé davantage de troupes dès septembre et a renouvelé son appel ces derniers jours.

– La campagne d’Oxfam France encourage le grand public à écrire par le biais de son site internet ww.oxfamfrance.org/rd à Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes, pour lui demander de :

– Plaider activement afin que la MONUC bénéficie à l'Est du pays du renfort de troupes européennes dont la priorité soit de protéger davantage les civils, créer les conditions sécuritaires favorables à l'acheminement de l'aide et faire respecter les accords de paix.

– Maintenir une pression sur tous les signataires des accords récents visant à désamorcer le conflit en RDC et œuvrer à l’implication de la communauté internationale au plus haut niveau en faveur de la relance du processus de paix.

– Le Réseau d'information et de documentation pour le développement durable et la solidarité internationale (Ritimo) ainsi que les ONG suivantes, membres du Réseau France-Afrique Centrale – RéFAC, soutiennent cette campagne : Action des Chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), Centre d’Information et de Solidarité avec l’Afrique (COSI), Comité de Jumelage de Villefontaine, Karibu, le Secours Catholique – Caritas France et WIMA / Solidarité avec les paysans du Nord Kivu ».

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Notes aux rédactions

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