La famine qui touche quatre pays exige du G7 des fonds et un engagement à œuvrer à la paix

À la veille du sommet du G7 qui s’ouvre à Taormine, en Sicile, Oxfam publie une note qui indique que la contribution des pays du G7 pour financer les opérations d’urgences et éviter la catastrophe alimentaire, est encore trop insuffisante. Oxfam appelle les pays membres du G7 à prendre les rênes de la lutte contre la famine, en commençant par apporter 2,9 milliards de dollars, soit la moitié des fonds demandés par l’ONU. Tarder davantage ne ferait qu’alourdir le bilan humain.

Pour Nicolas Vercken, directeur Etudes et plaidoyer d’Oxfam France : « L’échec politique a conduit à ces crises : la volonté politique est maintenant nécessaire pour les résoudre. Le G7 ne saurait quitter Taormine sans avoir fourni des financements d’urgence et des solutions précises pour régler les causes profondes de la famine. Les dirigeants des plus grandes économies ont le devoir d’agir pour que la catastrophe qui se déroule sous leurs yeux prenne fin. »

Alors qu’une famine meurtrière touche déjà 100 000 personnes au Soudan du Sud et menace de s’étendre au Yémen, à la Somalie et au nord-est du Nigeria, une famine généralisée dans ces quatre pays peut encore être évitée. Mais pour cela, les dirigeant-e-s du G7 doivent agir et injecter une aide massive, conjuguée à des pressions diplomatiques vigoureuses pour mettre fin aux conflits qui perdurent et attisent cette crise alimentaire. Oxfam appelle en particulier le nouveau Président français, Emmanuel Macron, à ne pas arriver les mains vides afin de faire des annonces concrètes pour répondre à court terme aux menaces de famines, et à plus long terme au changement climatique.

Aucun pays du G7 n’a contribué équitablement à l’aide financière pour ces quatre pays

Oxfam estime que, si chaque gouvernement du G7 répondait équitablement à l’appel de fonds des Nations unies, d’un montant de 6,3 milliards de dollars pour l’ensemble des quatre pays, cela permettrait de réunir près de la moitié des sommes nécessaires. À ce jour, seuls 30 % des fonds demandés ont été réunis.

Nicolas Vercken complète : « Il s’agira du premier sommet international de la présidence d’Emmanuel Macron. Il devra arriver à ce sommet en annonçant pour la France, membre du G7 particulièrement pingre en termes d’aide humanitaire, l’allocation d’au moins 130 millions d’euros supplémentaires pour faire face à cette crise et ses quatre menaces de famines simultanées. »

Conflit et famine

En plus de financer le fonds d’intervention des Nations unies, les dirigeant-e-s du G7 doivent faire pression pour obtenir des cessez-le-feu immédiats et mettre en place des processus de paix inclusifs, ainsi que pour garantir la sécurité d’accès aux zones dans lesquelles les organisations humanitaires ont des difficultés à atteindre les populations dans le besoin. Les violences armées ont chassé des millions de personnes de chez elles, les empêchant d’accéder à leurs champs et leurs emplois, aux marchés et à la nourriture.

Au Yémen, des pays, dont la France et d’autres membres du G7, continuent de fournir des armes, des munitions, des équipements militaires et un soutien technologique, logistique ou financier pour une intervention militaire qui enfreint les règles de la guerre. Au Soudan du Sud, trois années de conflit ont déplacé plus de 3,5 millions de personnes, dont 2 millions d’enfants. De même, les violences armées se poursuivent en Somalie où l’accès humanitaire est limité par le groupe Al Shabaab et d’autres parties au conflit. Quant au conflit qui déchire le Nigeria, il a gagné le Niger, le Tchad et le Cameroun voisins, obligeant 2,6 millions de personnes à fuir et laissant près de 11 millions de personnes dans un besoin urgent d’aide humanitaire.

La famine et la faim sont les symptômes manifestes de défis plus vastes – climat, migrations, inégalités – qui doivent être traités ensemble si l’on veut progresser.

Climat

Le changement climatique n’est pas une menace lointaine : il contribue au développement d’une catastrophe humanitaire en Somalie et dans d’autres pays de la Corne de l’Afrique. Rien ne pourrait davantage inciter les gouvernements du G7 à lutter activement contre le changement climatique que des souffrances d’une telle ampleur.

Pour Nicolas Vercken : « A la veille de la décision américaine, Emmanuel Macron devra non seulement réaffirmer son attachement à l’Accord de Paris mais aussi s’engager à augmenter les financements pour aider les pays les plus pauvres à faire face au changement climatique, y compris via les fonds générés par la mise en place d’une taxe sur les transitions financières européenne.»

Contact

Contacts presse :

Merryl Gouy :

mgouy@oxfam.org

07 68 30 06 17

Notes aux rédactions

Notes aux rédactions

1. Téléchargez le dernier rapport d’Oxfam (en anglais) sur ce que les gouvernements doivent faire pour écarter la menace d’une famine généralisée.https://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/bn-four-famines-190517-en.pdf

2.Oxfam assistera au sommet du G7 et ses porte-parole seront disposé-e-s à répondre à des interviews sur les « quatre famines » et le climat.

3.L’appel des Nations unies pour les « quatre famines » étaient initialement lancé pour 5,6 milliards de dollars http://interactive.unocha.org/emergency/2017_famine/index.phpavant d’être revu à la hausse à 6,3 milliards de dollars après la mise à jour du plan d’intervention pour la Somalie au début du mois http://reliefweb.int/report/somalia/somalia-humanitarian-response-plan-may-2017-revision

4. Selon FEWSNET, le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë a augmenté de 40 % au cours des deux dernières années : http://www.fews.net/global/alert/january-25-2017

Analyse des contributions équitables d’Oxfam : Oxfam effectue une analyse des contributions équitables en comparant les données du système de suivi financier des Nations unies (FTS – Financial Tracking System) et des informations partagées par les membres du G7 à leur revenu national. Aucun membre du G7 n’a contribué équitablement à l’aide financière pour ces quatre pays confrontés à la famine. (Le site du FTS ne tient peut-être pas encore compte des derniers engagements.)

Selon les chiffres des Nations unies, au 18 mai, seuls 30 % des 6,3 milliards de dollars ont été réunis. Pays par pays, cela signifie que le Nigeria ne reçoit que 21 % du financement nécessaire, la Somalie, 33 %, le Soudan du Sud, 42 %, et le Yémen, 21 %.

Les dirigeant-e-s du G7 doivent impérativement s’engager à financer leur contribution équitable pour chaque pays, tout en appelant les autres bailleurs à verser leur participation pour que plus personne ne meure de faim. Ces seules contributions représentent 492 millions de dollars pour le Nigeria, 703 millions de dollars pour la Somalie, 764 millions de dollars pour le Soudan du Sud, et 964 millions de dollars pour le Yémen.

Par ailleurs, le G7 doit s’engager à augmenter l’aide versée pour des solutions de plus long terme qui renforceront la résilience et amélioreront la sécurité alimentaire et la nutrition, et de cette façon, permettront d’éviter que toute crise future ne se transforme en catastrophe.

Seul un membre du G7 (le Royaume-Uni) a versé sa contribution équitable pour le Yémen, deux (le Royaume-Uni et le Canada) pour le Soudan du Sud, deux (le Royaume-Uni et l’Allemagne) pour la Somalie et deux (le Canada et l’Allemagne) pour le Nigeria.

L’engagement du Congrès des États-Unis de verser 990 millions de dollars pour lutter contre la famine dans les quatre pays est le bienvenu, mais il doit de toute urgence se traduire par une aide sur le terrain si l’on souhaite réduire les effets de la famine.

Consultez ou téléchargez l’analyse des contributions équitables d’Oxfam ici : http://oxf.am/ZERG.

Près de 30 millions de personnes sont confrontées à des niveaux alarmants d’insécurité alimentaire au Nigeria, au Soudan du Sud, en Somalie et au Yémen, dont 10 millions sont confrontées à une situation d’urgence et à des conditions de famine. (10 millions de personnes sont aux phases 4 et 5 de la classification IPC, et 20 millions supplémentaires à la phase 3.)

  • Soudan du Sud : 4,9 millions de personnes souffrent très gravement de la faim (phases IPC 3-5, dont 100 000 personnes déjà en situation de famine)
  • Yémen : 17 millions de personnes souffrent très gravement de la faim (phases IPC 3-4)
  • Somalie : près de 3 millions de personnes souffrent très gravement de la faim (phases IPC 3-4)
  • Nigeria : au moins 4,7 millions de personnes souffrent très gravement de la faim dans le nord-est du Nigeria (phases IPC 3-5)

Le changement climatique alimente également la catastrophe humanitaire en Afrique de l’Est où 13 millions de personnes souffrent très gravement de la faim. Et la Somalie est au bord de la famine : https://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/file_attachments/mb-climate-crisis-east-africa-drought-270417-fr.pdf

Oxfam œuvre directement et aux côtés d’organisations locales dans les pays concernés à la distribution de denrées alimentaires et autres activités d’aide essentielles tels que les transferts monétaires pour que la population puisse s’approvisionner dans les marchés locaux. Notre organisation travaille dur pour que chacun ait accès à de l’eau propre pour sa consommation, la cuisine, la toilette et l’assainissement afin de lutter contre les maladies hydriques comme la diarrhée ou le choléra. Nous aidons également les communautés vulnérables, en particulier les femmes, à vivre en sécurité et à accéder à l’aide dans ce contexte instable.

Précisions complémentaires

Engagements du G7 en matière de sécurité alimentaire et de nutrition : En 2015, le G7 s’est engagé à sortir 500 millions de personnes de la faim et de la malnutrition. Mais dans ces quatre pays, 30 millions de personnes connaissent actuellement une grave insécurité alimentaire, dont 10 millions sont confrontées à une situation d’urgence et à des conditions de famine. Selon les estimations, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë a augmenté d’environ 40 % au cours des deux dernières années. Les dirigeant-e-s du G7 doivent honorer leurs engagements en matière de lutte contre la faim et la malnutrition et accorder plus d’importance à la prévention des crises et au renforcement de la résilience de l’agriculture familiale, afin de réduire les besoins au fil du temps.

Migrations : Les dirigeant-e-s du G7 ont choisi un lieu symbolique pour se réunir : en Sicile, sur une côte européenne où des milliers de personnes ont perdu la vie en tentant de trouver refuge et sécurité. Le fait qu’ils s’apprêtent à fermer les yeux sur les souffrances des réfugié-e-s et migrant-e-s arrivant à leur porte et à négliger le défi de la migration et des déplacements forcés est d’autant plus déplorable. Les pays riches doivent se pencher sur ce défi, exercer une influence positive et pleine de compassion et adopter des mesures concrètes pour protéger la dignité et les droits des personnes sur les chemins de l’exil.

Inégalités : Dans un monde où une personne sur dix se couche le ventre vide chaque soir, la famine représente l’un des extrêmes des inégalités et est en soi le résultat de l’instabilité auxquelles les inégalités contribuent. Oxfam appelle les dirigeant-e-s du G7 à s’engager à définir un plan d’action complet pour combattre les inégalités croissantes, conformément à l’engagement qu’ils ont pris dans le cadre du Programme à l’horizon 2030 et des Objectifs de développement durable.