La France, mauvaise élève de la réponse humanitaire à la crise syrienne

La réponse de la communauté internationale aux besoins des Syriens, qu’ils soient encore dans leur pays ou qu’ils soient réfugiés, reste tout à fait insuffisante. C’est ce constat sans appel qui ressort d’un nouveau rapport publié aujourd’hui par Oxfam.

Intitulé « Solidarité avec le peuple syrien », il analyse dans quelle mesure les pays riches et puissants contribuent équitablement ou non au financement de l’aide humanitaire, à la réinstallation de réfugiés et aux efforts de diplomatie pour mettre fin au bain de sang en Syrie. Dans cette comparaison internationale, la France affiche des résultats médiocres, sur le plan de la réponse humanitaire en Syrie et au Moyen-Orient et sur le plan de l’accueil de réfugiés syriens sur son sol. Le détail du budget français 2016 publié mardi 6 octobre ne fait d’ailleurs état d’aucune augmentation substantielle des fonds humanitaires de réponse à la crise syrienne.  

«En Syrie, les violences s’intensifient, alimentées par la division de la communauté internationale et les transferts d’armes et de munitions aux parties belligérantes. Face à cette situation des plus sombres, nombre de Syriennes et Syriens se jettent littéralement à l’eau en quête d’un avenir meilleur » explique Andy Baker, qui dirige les opérations humanitaires d’Oxfam pour la crise en Syrie. « L’intervention humanitaire faiblit par manque de fonds – ou plus précisément, par manque de volonté politique de dégager des fonds, Les pays riches n’ont pas écouté les mises en garde » ajoute Andy Baker.

Difficile en effet de trouver des États exemplaires dans leur réponse à la crise syrienne, hors des proches voisins de la Syrie et des exceptions louables que sont l’Allemagne et la Norvège.

  • La Russie et la France manquent ainsi à tous leurs devoirs : elles ne font respectivement que 1 % et 22 % de leur part en matière d’aide humanitaire, 0 % et 5 % de leur part en matière de réinstallation de réfugiés syriens.
  • Le Royaume-Uni, les États-Unis et le Koweït ont certes donné des sommes considérables (apportant respectivement 229 %, 72 % et 538 % d’une contribution équitable), mais ils ne se sont pas montrés généreux dans leurs offres d’accueillir les réfugiés les plus vulnérables (26 % et 8 % pour le Royaume-Uni et les États-Unis respectivement, le Koweït n’ayant réinstallé aucun réfugié).
  • L’Allemagne et la Norvège montrent l’exemple, faisant preuve de générosité sur le plan du financement de l’aide (75 % et 186 % de leur part respective) comme de la réinstallation (112 % et 293 % de leur part respective).
  • En comparaison, on estime que la Jordanie, pays qui accueille plus de 628 000 réfugiés syriens, a dépensé 870 millions de dollars par an pour faire face à cette crise, ce qui représente 5 622 % de ce que serait sa contribution équitable.

« La France a récemment promis de mettre 125 millions d’euros à disposition pour soutenir la réponse à la crise syrienne et en Irak. Mais aucune traduction concrète de cette promesse n’apparaît dans le projet de loi de finances 2016, qui n’acte qu’une augmentation cosmétique d’un million d’euros des financements français pour l’urgence humanitaire. La France confirme ici son indifférence pour le sort des civils syriens » s’indigne Jean-Patrick Perrin, chargé de plaidoyer humanitaire à Oxfam France. Par ailleurs, l’accueil en France de 24 000 réfugiés arrivés dans d’autres pays européens ne répond pas au besoin de voies d’entrée sûres et légales pour les Syriens et Syriennes. « Les programmes de réinstallation ont été boudés par la France depuis le début du conflit syrien, alors qu’ils sont les seuls à garantir un accès sans risque à une terre d’asile » complète Jean-Patrick Perrin. 

Contact

Cécile Génot
Chargée de relations média
cgenot@oxfamfrance.org
01 77 35 76 02 / 01 85 34 17 66 / 07 82 63 47 57

Notes aux rédactions

  • Le rapport d’Oxfam examine deux indicateurs clés afin de déterminer le niveau d’engagement qui serait requis pour que chaque pays riche contribue équitablement àalléger les souffrances des personnes touchées par la crise en Syrie :
  1. La contribution de chaque pays au financement des efforts humanitaires par rapport àson poids économique (selon le revenu national brut)
  2. Le nombre de réfugiés syriens dans les pays voisins auxquels chaque État a promis d’accorder refuge par des offres de réinstallation ou d’autres formes de protection humanitaire, là encore par rapport à la taille de l’économie du pays donateur. Cela ne comprend pas le nombre de personnes ayant demandé et reçu le droit d’asile, dans la mesure où les États ont, en vertu du droit international, des obligations précises vis-à-vis des personnes qui arrivent sur leur territoire en demandant l’asile.
  • La réinstallation est une solution par laquelle un pays tiers (autre que le pays fui par le réfugié, le premier pays d’asile du réfugié –Jordanie, Liban, Turquie – et le pays de résidence habituelle) offre àune personne le statut de réfugié sur son territoire. Par exemple, il peut s’agir d’un réfugiéde Syrie vivant en Jordanie, auquel les États-Unis d’Amérique offrent un statut officiel, ainsi que les services connexes d’accueil et d’appui à l’intégration.
  • La répartition désigne le transfert de demandeurs d’asile entre pays membres de l’Union européenne. C’est une procédure intracommunautaire dans le cadre de laquelle les États membres conviennent de traiter une partie des dossiers pour les pays qui reçoivent un grand nombre de demandeurs d’asile sur leur territoire.
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