Un nouveau rapport d’Oxfam fait état d’une montée indéniable des violences basées sur le genre (VBG) dans le monde entier pendant la pandémie de COVID-19, ainsi que du manque d’initiative dont font preuve gouvernements et bailleurs pour trouver une solution.

Le rapport, L’autre pandémie : Les crises interconnectées des violences basées sur le genre et de la COVID-19, évoque le nombre d’appels de personnes ayant été confrontées à des violences à des lignes d’écoute spécialisées dans la prise en charge des violences domestiques, dans dix pays, au cours des premiers mois de confinement. On y découvre une hausse allant de 25 à 111 % : 25 % en Argentine, 79 % en Colombie, 43 % en Tunisie, 50 % en Chine et en Somalie, 69 % en Afrique du Sud, 25 % au Royaume-Uni, 39 % à Chypre et 73 % en Italie. La Malaisie est en tête de ce classement, avec une augmentation de plus de 111 % de ces appels.

Dans de nombreux foyers, le coronavirus a exacerbé l’anxiété sociale et l’angoisse, le stress, la pression économique, l’isolement (aux côtés notamment de proches ou partenaires violents) et la consommation d’alcool et de drogue, des conditions qui réunies ont aggravé les violences domestiques.

En Inde, selon la commission nationale indienne pour les femmes, les violences domestiques ont augmenté de 250 % dans le pays. Les conseillers/ères spécialisé·es dans la prise en charge des violences domestiques ont indiqué être dans l’incapacité de prendre contact avec les femmes et les filles gravement blessées ou suicidaires ou les personnes dont le partenaire contrôlait l’accès au téléphone.

Le rapport montre que trop peu de pays ont pris la pandémie de violences basées sur le genre suffisamment au sérieux. Même avant l’exacerbation des VBG due à la pandémie, en 2018 seulement, plus de 245 millions de femmes et de filles ont été confrontées à des violences sexuelles ou physiques au sein du couple, un chiffre qui dépasse celui du nombre total de cas de coronavirus à l’échelle mondiale entre octobre 2020 et octobre 2021 (199 millions).

Gabriela Bucher, directrice générale d’Oxfam International, a déclaré : « Le fait que des millions de femmes, de filles et de personnes LGBTQIA+ aient à vivre cette double pandémie de violences et de COVID-19 est scandaleux. Les VBG ont été source de blessures, de détresse émotionnelle, mais aussi de pauvreté accrue et de souffrance. Toutes ces conséquences sont impardonnables et loin d’être inévitables. La pandémie a levé le voile sur l’inaction systématique des gouvernements du monde entier en termes de protection des femmes, des filles et des personnes LGBTQIA+ face aux violences auxquelles elles font face du fait de leur identité. »

Les organisations de défense des droits des femmes ayant pour mission de soutenir les femmes, les filles et les personnes LGBTQIA+ confrontées à des violences ont été plus susceptibles de subir des coupes budgétaires, au moment même où leur travail était le plus urgent. Lors d’une enquête d’Oxfam publiée en juin 2021, plus de 200 organisations de défense des droits des femmes réparties dans 38 pays ont signalé un amenuisement des financements et de l’accès aux espaces de prise de décisions. Sur ces 200 organisations, 33 % avaient dû licencier entre un·e et dix membres de leur personnel et 9 % avaient dû fermer.

Si 146 États membres des Nations Unies ont exprimé leur soutien à l’intégration de la lutte contre les violences faites aux femmes dans leurs plans de reprise et de réponse à la COVID-19, peu ont tenu leur engagement. Sur les 26 700 milliards de dollars de fonds mobilisés par les gouvernements et les bailleurs pour répondre à la pandémie en 2020, 0,0002 % seulement ont été investis dans la lutte contre les VBG.

Gabriela Bucher poursuit : « La pandémie a aggravé les discriminations liées au genre enracinées dans nos sociétés, et cela a renforcé la vulnérabilité des femmes, des filles et des personnes LGBTQIA+ aux violences et aux abus. Si les gouvernements n’adoptent pas délibérément des stratégies robustes dans lesquelles ils seront disposés à investir suffisamment pour résoudre ce problème, les progrès réalisés ces 30 dernières années en matière d’autonomisation des femmes pourraient être en danger. Nous devons empêcher ce retour en arrière, sans perdre une seule seconde. »

Quelques gouvernements ont toutefois pris des mesures pour endiguer la crise des VBG. Par exemple, en Indonésie et en Nouvelle-Zélande, des protocoles nationaux ont été introduits et les prestataires de services liés aux VBG sont considérés comme des travailleurs/euses essentiel·les. En Afrique du Sud, les mécanismes de signalement des VBG ont été renforcés.

La campagne des 16 jours d’action contre les violences basées sur le genre, qui commence aujourd’hui et se poursuivra jusqu’au 10 décembre 2021, donne l’occasion aux gouvernements, bailleurs de fonds et militant·es d’engager une réflexion sur les problèmes d’inégalités émergents qui mettent les femmes et les filles en danger, pour agir de toute urgence. La pandémie de COVID-19 a montré que lorsqu’ils passent réellement à l’action, les gouvernements peuvent approuver des mesures extraordinaires pour protéger leurs citoyen·nes et répondre à des crises meurtrières. Des mesures plus fortes doivent être prises pour combattre les violences basées sur le genre.

Oxfam recommande aux États et gouvernements de mettre en œuvre une réponse plus cohérente, holistique et multisectorielle pour lutter contre les VBG, afin d’assurer aux personnes ayant été confrontées à des violences de pouvoir accéder à des services efficaces et de qualité. Les gouvernements et les bailleurs doivent allouer plus de fonds aux organisations de défense des droits des femmes et aux mouvements féministes dont la mission est d’éradiquer les VBG et de venir en aide aux personnes ayant été confrontées à des violences. Il est également nécessaire d’investir davantage dans la collecte de données plus pertinentes et l’analyse des statistiques nationales ventilées par genre, afin de s’assurer que les interventions sont étayées par des données probantes.

Pour Gabriela Bucher, « Alors que, dans le monde entier, nous célébrons les 30 ans de la campagne des 16 jours d’action contre les violences basées sur le genre, nous devons nous rappeler qu’il est urgent d’adopter dans chaque pays des approches tenant réellement compte des questions de genre pour répondre à la crise de la COVID-19. Les gouvernements et les bailleurs doivent tenir leurs engagements envers la promotion de l’égalité entre les genres en investissant dans tous les secteurs qui pourraient avoir un impact sur les VBG. Seules de telles initiatives nous ouvrirons les portes d’un futur plus juste, plus sûr, dans lequel nous n’aurions pas à craindre les discriminations. »

Notes aux rédactions

La campagne des 16 jours d’action contre les violences basées sur le genre est un événement international se déroulant chaque année entre le 25 novembre, date de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et le 10 décembre, Journée des droits de l’homme. Cette année marque le 30e anniversaire de cet événement lancé en 1991. Cette campagne est une plateforme utilisée par des organisations et militant·es du monde entier pour appeler à la prévention et à l’élimination des violences faites aux femmes et aux filles.
Les données portant sur les appels à des lignes d’écoute spécialisées dans la prise en charge des violences domestiques et VBG dans dix pays à revenu faible, intermédiaire ou élevé lors de la première vague de la pandémie de COVID-19 sont tirées de plusieurs rapports des Nations Unies et d’ONG nationales et internationales, ainsi que de sources gouvernementales. L’augmentation des volumes d’appels est représentée sous la forme d’un éventail des valeurs les plus basses et les plus élevées pour les différents pays.

Pour en savoir plus ou pour organiser un entretien, veuillez contacter :

Gonzalo Recarte – Paris – grecarte@oxfamfrance.org

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