Le « Rapport mondial sur les crises alimentaires », publié aujourd’hui par le Réseau d’information sur la sécurité alimentaire (FSIN), révèle qu’en 2018, plus de 113 millions de personnes dans 53 pays étaient une situation de malnutrition aigüe et ont eu besoin d’une aide d’urgence en matière d’alimentation, de nutrition et de moyens de subsistance.

Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France réagit :

« Nous vivons dans un monde d’abondance, pourtant 1 personne sur 9 souffre toujours de la faim. Aujourd’hui, plus de 110 millions de femmes, d’hommes et d’enfants ont besoin d’une assistance humanitaire d’urgence, et les deux plus grosses crises alimentaires mondiales de la dernière décennie ont précipité 44 millions de personnes de plus dans la pauvreté. Les causes des crises sont humaines : elles sont provoquées par les conflits, les changements climatiques, et un système alimentaire mondial défaillant.

Des décennies de décisions politiques inappropriées ont permis aux grosses entreprises de prendre le contrôle de notre alimentation et de nos systèmes agricoles, reléguant au second rang la garantie d’un revenu décent pour les agriculteurs et la durabilité de nos systèmes alimentaires, derrière la course aux profits de leurs actionnaires. Dans le même temps, les gouvernements ont insuffisamment dédié leurs investissements nationaux et l’aide pour le développement au profit de l’agriculture familiale et paysanne. Les petits agriculteurs, parmi lesquels de nombreuses femmes, qui jouent un rôle fondamental dans l’alimentation de millions de personnes à travers le monde sont les premiers à pâtir de cette mauvaise orientation. »

« Les gouvernements du Nord comme du Sud avaient promis des réformes ambitieuses, mais les résultats sont minces. Nous devons changer de cap. Les gouvernements et les bailleurs doivent faire beaucoup plus pour soutenir les femmes agricultrices, et promouvoir l’égalité des sexes dans l’agriculture, afin que leur contribution à l’élimination de la faim soit pleinement libérée. Ils doivent également investir en premier lieu dans l’agriculture familiale et paysanne, secteur dont la croissance s’est révélée 2 à 4 fois plus efficace pour réduire la faim et la pauvreté que n’importe quel autre secteur. »

Crises alimentaires mondiales : les femmes rurales continuent à porter le fardeau de la pauvreté et la faim

Notes aux redactions :

  • La directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot, ainsi que d’autres porte-paroles d’Oxfam sont disponibles à Bruxelles ainsi que par téléphone pour des entretiens en anglais et en français.
  • La nouvelle note technique d’Oxfam « Crises alimentaires mondiales : les femmes rurales continuent à porter le fardeau de la pauvreté et la faim » analyse les mesures prises depuis la crise des prix alimentaire de 2007-2008 et souligne qu’elles ne sont pas suffisantes pour éviter de nouvelles crises ou éradiquer la faim.
  • Le «Rapport mondial sur les crises alimentaires » de 2019 prévoit que les conflits et l’insécurité resteront des déterminants majeurs de l’insécurité alimentaire aigüe et de la malnutrition en 2019, ainsi que les événements climatiques extrêmes comme le Cyclone Idai, et les sécheresses dans le sud de l’Afrique qui mettront en péril les moyens d’existence de centaines de millions de personnes dans ces régions.
  • Les femmes jouent un rôle crucial dans l’agriculture contribuant à nourrir des centaines de millions de personnes dans le monde. Néanmoins elles font face à une discrimination systémique – notamment lorsqu’il s’agit d’accéder au foncier ou de bénéficier de crédits financiers. Le rapport mondial sur les crises alimentaires de 2019 souligne que, dans toutes les régions du monde,les femmes sont plus à même d’être en situation d’insécurité que les hommes car elles sont affectées de manière disproportionnée par les effets du changement climatique, par les conflits et les déplacements de population. Dans de nombreux pays, comme en Afghanistan ou en Ethiopie, la situation des femmes s’est aggravée en 2019 et elles souffrent encore plus de malnutrition que l’année précédente.
  • Le rapport souligne aussi le besoin de plus de données, et de meilleure qualité, sur l’impact des situations de crise sur l’insécurité alimentaire chez les femmes. Cela permettrait de comprendre les causes sous-jacentes de la malnutrition et de les combattre plus efficacement.
  • Le prix des denrées alimentaires a brusquement augmenté de 83 % entre le début de l’année 2007 et mai 2008. Une deuxième flambée des prix, similaire, a eu lieu entre 2010 et 2011. Cette volatilité des prix s’explique par de nombreux facteurs, comme la spéculation sur les denrées alimentaires, une demande croissante pour les agro carburants, une diminution des réserves alimentaires, l’utilisation des grains comme alimentation animale, et les événements météorologiques extrêmes liés au changement climatique. Des problèmes structuraux sous-tendant ont aussi contribué à cette volatilité des prix : la libéralisation à outrance des échanges commerciaux agricoles, la concentration des acteurs agro-alimentaires dans les mains de quelques multinationales, la marginalisation des petits agriculteurs familiaux, un investissement public dans l’agriculture en berne et la baisse de l’aide pour le développement dans l’agriculture.
  • Les mesures prises et les investissements promis depuis la crise des prix alimentaire ont été inadéquats. Selon les estimations de l’ONU, il y a un déficit d’investissement dans l’agriculture des pays du Sud de plus de 260 milliards de dollars annuels.
  • Oxfam a analysé les données des projets européens d’aide au développement dans le secteur agricole et montré que, contrairement à ce qui était promis, seulement 2 à 3 % de l’aide européenne avaient été dédiés à la réduction des inégalités de genre dans l’agriculture.
  • Dans un rapport de 2008, la banque mondiale démontre qu’investir dans la croissance de l’agriculture paysanne et familiale est deux à quatre fois plus efficace pour réduire la faim et la pauvreté que d’investir dans un autre secteur.

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