La publication du Rapport mondial sur les crises alimentaires(1) met en lumière l’explosion des situations de crise alimentaire dans le monde.En 2020, 155 millions de personnes dans 55 pays, soit 20 millions de plus qu’en 2019, sont en situation de crise alimentaire (besoin d’une aide alimentaire et nutritionnelle urgente). En cause : la superposition des crises, climatique, sociale, sécuritaire, sanitaire et l’accroissement des inégalités. 

Un constat sans surprise

En 2020, 20 millions de personnes supplémentaires (l’équivalent de la population de Mumbai) ont été plongées en situation de crise alimentaire. Ceci résulte du prolongement d’une tendance mortelle : l’augmentation de 56% des personnes souffrant d’insécurité alimentaire aiguë dans les 39 pays étudiés par le rapport depuis 2016.

Pour Hélène Botreau, chargée de plaidoyer sécurité alimentaire à Oxfam “Les conflits sont les principales causes de la faim extrême, et leurs impacts sont en augmentation continue. Dans des pays comme la Syrie, le Soudan du Sud ou la République Centrafricaine, plus de la moitié de la population n’a pas accès à la nourriture nécessaire pour subvenir aux besoins essentiels et 15,8 millions d’enfants dans les 55 pays étudiés souffrent de perte de poids sévère due à une nutrition défaillante et aux maladies. Il s’agit d’un échec inacceptable et d’une violation totale des droits humains.”

Depuis 2016 ces chiffres de la faim extrême sont en hausse. Cette augmentation s’explique par la superposition des crises et le manque de volonté politique pour les traiter en profondeur. 

A ces crises sécuritaires et de conflits (déplacements de populations, pertes de ressources)(2) s’ajoute la crise climatique (sécheresses, invasions de criquets…)(3), . Partout dans le monde, la pandémie de COVID-19 a aggravé les inégalités et creuse encore davantage le fossé entre les plus riches et les plus pauvres. En janvier 2021, le rapport d’Oxfam « Le virus des inégalités »(4) révélait qu’en seulement 9 mois, les 1 000 personnes les plus riches du monde ont retrouvé leur niveau de richesse d’avant la pandémie COVID-19. Pour les personnes les plus pauvres, plus de 10 ans pourraient être nécessaires pour se relever des impacts économiques de la pandémie.

Pour Hélène Botreau, “La pandémie de COVID 19 est venu ajouter de l’instabilité économique au système alimentaire : perte de revenus, notamment pour les personnes déjà marginalisées, comme les femmes et les personnes vivant en milieu rural; et pertes de débouchés pour les producteurs et productrices et les travailleurs et travailleuses alimentaires(5). S’ajoutent à cela des difficultés financières supplémentaires pesant sur les Etats pour répondre à la crise sanitaire, aux dépens de mesures pour permettre l’accès à l’alimentation.

Rien qu’en Afrique de l’Ouest, 27,1 millions de personnes pourraient être confrontées à une crise alimentaire d’ici juin-août avec un besoin d’aide alimentaire et nutritionnelle immédiate. Cela représente une augmentation de 10 millions par rapport à juin-août 2020. 67 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer en situation de crise pendant la période de soudure.”

Des solutions identifiées

De nombreuses alertes ont été émises dès le début de la pandémie, par les Nations unies, ainsi que par Oxfam qui estimait que 12 000 personnes par jour ont pu mourir de la faim en 2020(6). Avec la hausse du nombre de personnes en situation de crise alimentaire, c’est une véritable catastrophe qui s’annonce.

Hélène Botreau explique Il s’agit avant tout d’un problème politique, plus que d’un problème de production alimentaire : la production agricole en Afrique de l’Ouest sur la dernière année a été bonne(7). Malgré les appels précoces et répétés des Nations unies, de la société civile et des pays les plus démunis, les moyens financiers pour contrer la crise alimentaire à court terme ne sont pas là (les fonds fournis par les pays riches ne totalisent que 5 % de l’appel lancé par l’ONU pour 2021)(8) mais surtout la volonté politique n’est pas au rendez-vous.”

En effet les gouvernements adoptent la politique de l’autruche : il n’y a aucune volonté de s’attaquer aux causes structurelles de la faim : les inégalités du système agricole et alimentaire qui sous-tendent la crise actuelle. D’ailleurs les gouvernements ne se sont pas emparés de la question lors du dernier comité pour la sécurité alimentaire (CSA), organe des Nations unies qui avait été tout spécialement réformé après les émeutes de la faim en 2009 pour permettre une réponse multilatérale et coordonnée. 

Si les gouvernements doivent tout mettre en œuvre pour sauver des vies dès maintenant, et financer l’appel des Nations unies, il ne faut pas que ces solutions “pansements” cachent la vraie solution: construire des systèmes agricoles et alimentaires plus résilients, justes et durables.”

Pour cela les gouvernements, les bailleurs de fonds, doivent remettre au centre de leurs priorités les petits producteur.trices et soutenir une transition radicale basée sur des principes agro-écologiques, permettant de faire face à toutes ces crises entraînant la hausse de la faim.

 

Notes aux rédactions

(1) Publication du Réseau mondial contre les crises alimentaires, regroupant l’Union européenne, l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation (FAO) et le Programme Alimentaire Mondial (PAM), réseau existant depuis 2016, qui dresse chaque année le bilan des niveaux de faim aigüe dans le monde (situations de crises alimentaire). Accéder au rapport https://www.fsinplatform.org/sites/default/files/resources/files/GRFC%202021%20050521%20med.pdf 

(2) plus de 1.1 million de déplacés internes au Burkina Faso et 2 millions (RPCA 2021); 53% de la population yéménite est en situation de crise alimentaire

(3)sécheresse au Cambodge en 2020 par exemple, invasion de criquets pèlerins en 2020

(4) accéder au rapport https://www.oxfamfrance.org/rapports/le-virus-des-inegalites/

(5)Par exemple, en Afrique de l’Ouest les mesures de santé publique pour faire face à l’épidémie continuent d’entraver, voire de bloquer, la transhumance transfrontalière – près de 57 000 éleveurs avec un total de 1.5 million de têtes de bétail bloquées en janvier 2021 – affectant les moyens d’existence des éleveurs et des autres acteurs de l’économie pastorale.

6 ) Accéder au rapport https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2020/07/Oxfam-le-virus-de-la-faim-090620-fr.pdf  

(7) conclusion du réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA) http://www.food-security.net/wp-content/uploads/2021/04/RPCA2021_RELEVE-CONCLUSIONS_FR.pdf

8) Soit 415 millions de dollars sur les 7,8 milliards réclamés pour lutter contre la faim dans le monde

Contact presse

Elise Naccarato – enaccarato@oxfamfrance.org – 0617348568