Le flou des « financements climat » plonge les pays pauvres dans l’incertitude

Le financement de la lutte contre le changement climatique est un point majeur des négociations des Nations Unies sur le climat (COP 19) qui s'ouvrent aujourd'hui en Pologne.

Oxfam a analysé les montants que les principaux bailleurs de fonds, soutenant la lutte contre le changement climatique, se sont engagés à verser entre 2013 et 2015 (soit la fin de la période des financements dits « précoces »).

Selon Oxfam France, face au manque de transparence et l'opacité des méthodes comptables utilisées par les pays développés en matière de financements climatiques, les pays en développement peinent à comprendre quels seront les financements disponibles pour lutter contre le changement climatique.

Pourtant, la COP 19 est un pas essentiel afin de mobiliser des financements qui manquent à l'appel pour financer l'adaptation des pays en développement et obtenir un accord ambitieux lors de la COP 21 en 2015 qui se déroulera à Paris.

La France, en tant que future présidente de la COP 21 doit dès maintenant jouer un rôle leader afin d'inscrire les financements climatiques, notamment publics et innovants, à l'agenda des négociations internationales.

Pour Alexandre Naulot d'Oxfam France :

« Face à un tel manque d'engagement et de clarté des pays développés, les pays vulnérables ne peuvent absolument pas prendre les mesures nécessaires pour lutter contre les risques liés aux changement climatiques dont ils ne sont pas responsables. »

« Les pays développés ne peuvent pas continuer de tourner ainsi le dos aux pays en développement. La future présidence française peut dès maintenant passer à l'action : elle doit tout faire pour convaincre l'ensemble des pays riches à engager de manière transparente des financements publics, innovants, et additionnels entre 2013 et 2015, et d'ici à 2020. »

« Le Fonds vert, créé en 2010, ne peut plus désormais rester une coquille vide. La France doit donner le feu vert aux pays développés en annonçant dès Varsovie sa contribution à ce Fonds, grâce notamment aux revenus de la taxe française sur les transactions financières. »

« De telles actions permettront de rétablir la confiance et d'établir un accord ambitieux en 2015 à Paris. »

Ainsi, selon les analyses d'Oxfam :

  • 24 pays développés, dont la France, n'ont toujours pas confirmé les montants de l'aide qu'ils accorderont aux pays les plus vulnérables en 2013. Pire, les bailleurs les plus importants représentant 81% de ces financements précoces, n'ont pas encore annoncé le niveau de leurs engagements pour 2014. Un seul pays, le Royaume-Uni, a publié son plan de financement de la lutte contre le changement climatique en 2015.
  • Pour l'année 2013, selon les estimations d'Oxfam, à ce jour, les pays développés se sont publiquement engagés à verser environ 16,3 milliards de dollars au titre du financement de la lutte contre le changement climatique. Mais seuls 8,3 milliards ont été officiellement annoncés lors des négociations de l'ONU sur le climat et le montant net pourrait en réalité approcher les 7,6 milliards, certains pays ayant pris en compte le montant total des prêts engagés alors qu'ils leur seront remboursés. Par ailleurs, de nombreux points d'interrogation demeurent. Par exemple, à Doha, la France a annoncé que l'AFD consacrerait près de deux milliards d'euros au changement climatique en 2013, or les crédits budgétaires de l'APD française ont baissé de 6% en 2013, indiquant que le financement du climat risque de se faire aux dépens d'autres programmes existants en matière de santé et d'éducation.
  • Ces montants 7,6 milliards et 16,3 milliards de dollars se situent très en-deçà des estimations minimales du coût de l'adaptation au changement climatique pour les pays en développement, la fourchette d'estimation allant de 27 milliards à plus de 100 milliards de dollars. À titre de comparaison, les Pays-Bas consacrent 1 milliard d’euros par an pour protéger des inondations leurs zones côtières de faible élévation. Rappelons également qu'entre 2005 et 2011, les pays développés ont dépensé entre 55 et 90 milliards de dollars par an afin de subventionner les énergies fossiles.
  • Face à la complexité et l'opacité des méthodes comptables utilisées, il est impossible de comparer les derniers engagements avec ceux des années précédentes. Les financements de la plupart des pays semblent néanmoins stagner (ex. : Pays-Bas) ou diminuer (ex. : Suède).
  • Au lieu de venir s'ajouter au financement de l'action pour le climat, beaucoup de ces fonds proviennent des budgets d'aide publique au développement qui ne sont pas essentiellement destinés à l'action pour le climat.

L'an dernier, à Doha, les pays développés se sont engagés à indiquer leurs plans visant à mobiliser les 100 milliards de dollars par an promis à l'horizon 2020. Seuls les États-Unis, l'Union européenne, le Japon et la Nouvelle-Zélande ont respecté cet accord. Les informations soumises suscitent toutefois plus de questions que de réponses. Surtout, rien ne démontre que les 100 milliards de dollars seront atteints.

Notes aux rédactions

La note d'information d'Oxfam intitulée « After the Fast Start: Climate finance in 2013 and beyond » portant sur les pays développés qui ont annoncé leurs promesses de financement à Doha ou ont fourni une part importante des financements précoces entre 2010 et 2012, est disponible sur demande.

Les chiffres fournis sont basés sur les informations disponibles au moment de la publication.

Alexandre Naulot est en Pologne pour les deux semaines de négociation et disponible pour des interviews.

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Photo : Jerry Galea / Oxfam

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