New York : le traité sur le commerce des armes se fait toujours attendre

A la veille de pourparlers cruciaux qui vont se tenir ce mois-ci à l’ONU, Oxfam France rappelle que la violence armée tue 2 000 personnes chaque jour et appelle la France à œuvrer de toute urgence pour lancer les négociations pour un traité sur le commerce des armes.

L’ensemble des Etats se réunissent ce mois-ci à l’ONU, à New York, pour débattre du lancement ou non des négociations formelles en vue de l’élaboration d’un traité sur le commerce des armes (TCA).

Oxfam France souligne que les pourparlers sur l’adoption d’un traité international efficace sur le commerce des armes classiques piétinent à cause des intérêts personnels et des manœuvres dilatoires de certains gros exportateurs d’armes.

« Huit gouvernements sur dix souhaitent l’adoption d’un traité sur le commerce des armes, tout comme la majorité de l’opinion publique. Une petite minorité d’Etats intransigeants ne peut bloquer le processus aux Nations unies » a déclaré Nicolas Vercken, d’Oxfam France.

« Il est indispensable d’aboutir au plus tard en 2012 à un traité véritablement efficace. C'est-à-dire qui puisse protéger des vies en garantissant le respect des droits de l’Homme, du droit international humanitaire ainsi que du développement. La France en particulier, membre permanent du Conseil de Sécurité et 4ème exportateur mondial d’armes, a une responsabilité de premier plan. Elle a déjà fait part de son soutien de principe au TCA mais elle doit à présent mettre toute sa diplomatie au service de ce projet et obtenir très rapidement l’ouverture des négociations » poursuit Nicolas Vercken.

Dans un rapport intitulé «L’inaction tu » publié aujourd’hui, Oxfam International et 11 autres organisations non gouvernementales qui soutiennent la campagne internationale « Contrôlez les armes » indiquent que près de 2,1 millions de personnes sont mortes directement ou indirectement en raison de la violence armée depuis que les Etats ont convenu en 2006 de la nécessité de réglementer le commerce des armes. C’est l’équivalent de plus de 2000 morts par jour, plus d’une personne tuée chaque minute.

Pour Jan Egeland, ancien sous-secrétaire des Nations unies aux Affaires humanitaires, et auteur de la préface du rapport : « Même s’il y a eu une baisse perceptible dans le nombre des guerres depuis la chute du mur de Berlin, le nombre d’attaques violentes contre des civils a atteint des niveaux intolérables. Seule une convention forte, claire et vérifiable pourra contrôler les transferts et mettre fin aux réseaux illégaux des courtiers en armes qui fournissent les armes de pauvreté massive et les armes de tueries massives de notre génération ».

Selon le rapport, parmi les 2,1 millions de décès -majoritairement de civils- plus de 700 000 ont été causés directement ou indirectement par des conflits armés, y compris en Afghanistan, en Somalie, au Soudan et au Sri Lanka. La guerre la plus meurtrière au monde, en République démocratique du Congo (RDC), s’est aggravée, ce qui a contribué à l’augmentation du nombre de morts.

« Le système actuel où il n’existe pas de contrôle mondial efficace du commerce des armes, et où les marchands d’armes peu scrupuleux peuvent facilement faire transiter des armes vers les pires zones de conflits du monde doit être réformé. Au Tchad, au Zimbabwe ou en Libye, la vente d’armes n’aurait jamais dû être autorisée et seul un traité international sur le commerce des armes mettrait un terme à de telles situations » conclut Nicolas Vercken.

Notes

Oxfam et ses alliés rappellent qu’un traité efficace n’entraverait pas le droit d’un Etat d’acquérir des armes à des fins de légitime défense et de respect de l’Etat de droit. La coalition appelle à l’autorisation de transferts internationaux d’armes basée sur les critères du droit international des droits de l’Homme, du droit international humanitaire et du développement durable.

Le rapport cite plusieurs cas où les gouvernements ont manifesté une volonté politique d’agir rapidement et efficacement quand ils le voulaient. Par exemple, il n’a fallu que 17 jours après les attentats du 11 septembre pour que tous les Etats gèlent les avoirs financiers des personnes liées au terrorisme alors que l’adoption de la Convention sur les bombes à sous-munitions a pris un peu moins de deux ans.

Oxfam France est le membre français de la confédération Oxfam International et fait partie de la campagne « Contrôlez les armes », un mouvement d’organisations non gouvernementales œuvrant en faveur d’un traité mondial régulant le commerce des armes. Ce rapport a été publié avec le soutien de l'Asociación para Políticas Públicas, le Forum africain pour la paix, la fondation indienne Control arms, l’Institut Sou Da Paz, Non-violence international, l’organisation Norwegian Church Aid, le Forum norvégien pour l’environnement et le développement, Saferworld, l’Institut Schweitzer, l’organisation Swedish Fellowship of Reconciliation et l’institut des femmes pour un développement alternatif (WINAD).

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