Selon le tout premier indice de l’engagement ouest-africain à réduire les inégalités 2019 élaboré par Oxfam et Development Finance International (DFI), les gouvernements d’Afrique de l’Ouest sont les moins engagés sur le continent à réduire les inégalités. Le Nigéria, la Sierra Leone et le Niger se classent en queue de peloton et le Cap Vert, la Mauritanie et le Sénégal en tête du classement régional.

L’indice présenté aujourd’hui, mesure, compare et classe l’engagement des gouvernements ouest-africains sur trois piliers : les dépenses publiques, la fiscalité et le marché du travail. Le rapport comprend également une analyse régionale du domaine de l’agriculture et des droits fonciers.

En plus d’être le continent le plus pauvre, l’Afrique est aussi un des plus inégalitaires, avec certaines des concentrations de richesse et de revenus les plus extrêmes au monde : au Nigéria, 5 hommes ont une fortune combinée plus importante que le budget du pays. Alors qu’un groupe restreint mais croissant de citoyens de la région devient incroyablement riche, une nette majorité d’entre eux n’a pas accès aux éléments les plus essentiels d’une vie digne, tels que l’accès à une éducation de qualité, aux soins de santé et à des emplois décents.

« Cet indice révèle que les gouvernements ouest-africains exacerbent les inégalités en sous-finançant les services publics, tels que la santé et l’éducation. Il montre également que les gouvernements de la CEDEAO sous-financent le secteur agricole, tout en sous-taxant les entreprises et les plus riches, et en ne luttant pas efficacement contre l’évasion et l’évitement fiscal ainsi que la corruption. C’est inacceptable », a déclaré Adama Coulibaly, directeur régional d’Oxfam en Afrique de l’Ouest.

Robin Guittard, porte-parole d’Oxfam France complète : « Les inégalités sont le terreau des crises et d’instabilité. Le Sahel nous rappelle constamment le risque de négliger les inégalités économiques et sociales. Dans des pays comme le Mali, la Mauritanie ou le Burkina Faso elles sont sources d’injustices et alimentent dangereusement violences, tensions entre communauté et défiance envers les gouvernants. La politique de l’autruche n’est plus une option, au risque de fracturer dangereusement les sociétés ouest-africaines. »

Oxfam lancera cet indice avant le forum politique de haut niveau (HLPF) de l’ONU pour le développement durable qui commence aujourd’hui à New York et exhorte les gouvernements des pays d’Afrique de l’Ouest à donner la priorité à la lutte contre les inégalités. 2019 marque la quatrième année de mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD), la réduction des inégalités étant un des 17 ODD.

« Il est temps pour les gouvernements ouest-africains de marquer un tournant. Pour renforcer leur engagement, les gouvernements doivent promouvoir une fiscalité progressive, augmenter les dépenses sociales, renforcer la protection du marché du travail, investir dans l’agriculture et renforcer les droits fonciers des petits agriculteurs. Nous ne pouvons pas vaincre la pauvreté sans lutter contre les inégalités, » a déclaré Adama Coulibaly, directeur régional d’Oxfam en Afrique de l’Ouest.

Un résumé du rapport en français est accessible ici

 

 

Notes à l’attention des rédacteurs :

  • Les trois pays d’Afrique de l’Ouest les plus engagés à la réduction des inégalités sont le Cap-Vert, la Mauritanie et le Sénégal. Les trois moins engagés sont le Nigéria, la Sierra Leone et le Niger.
  • Les pays de la CEDEAO perdent environ 9,6 milliards de dollars en avantages fiscaux offerts aux multinationales. Cela suffirait pour construire environ 100 hôpitaux modernes et bien équipés dans la région par an ou sept nouveaux hôpitaux par pays en un an.
  • Le Burkina Faso est le seul pays d’Afrique de l’Ouest parmi les dix plus engagés en matière de dépenses sociales au sein du continent Africain. C’est en Afrique de l’Ouest que la population a le moins accès à l’eau et à une éducation décente. Le Nigéria quant à lui a le pire score en matière de dépenses sociales non seulement en Afrique, mais dans le monde entier.
  • La couverture sanitaire universelle de l’Afrique de l’Ouest est la plus basse de toutes les sous-régions d’Afrique. La couverture sanitaire universelle moyenne dans la région de la CEDEAO est de 38%. Elle est de 47,2% en Afrique de l’Est et de 50,2% en Afrique australe.
  • Si tous les jeunes de 15 ans atteignaient un niveau d’éducation de base, la région de l’Afrique de l’Ouest pourrait augmenter sa croissance économique de près de 4%.
  • Les inégalités entre les populations rurales et urbaines sont particulièrement visibles en Afrique de l’Ouest. Par exemple, au Ghana, 62,3% des ménages urbains ont accès à de l’eau traitée et 88,6% de la population urbaine est raccordée au réseau électrique national, pendant que dans les milieux ruraux seulement 17,1% des ménages ont de l’eau potable et 48,3% de la population est raccordée au réseau électrique.
  • Les cinq hommes les plus riches du Nigéria ont une richesse combinée de 29,9 milliards d’USD, soit plus que l’ensemble du budget national du pays pour 2017 ; Alors qu’environ 60% de la population vit avec moins de 1,25 USD par jour (le seuil de la pauvreté absolue).
  • La quantité de richesse détenue en Afrique a augmenté de 13% entre 2007 et 2017. Les pays d’Afrique de l’Ouest qui ont enregistré la plus forte croissance de richesse sont la Côte d’Ivoire (43%), le Ghana (39%) et le Nigéria (19%). Ces augmentations de la richesse nationale représentaient une excellente opportunité d’améliorer la vie de nombreuses personnes, mais, malheureusement, cette richesse additionnelle est restée pour la plupart dans les mains d’une minorité d’habitants et à l’étranger (souvent non taxée).
  • L’Afrique de l’Ouest est la région d’Afrique avec la plus grande prédominance masculine dans le marché du travail. L’écart le plus large est en Mauritanie, où seulement 31% des femmes en âge de travailler occupent un emploi rémunéré, face à 67,7% des hommes. Au Bénin, c’est 45,5% des femmes et 69,9% des hommes qui font partie du marché du travail. Le marché du travail au Ghana est le plus inclusif de la sous-région, comprenant 74,8% de femmes et 79,2% des hommes en âge de travailler.
  • Les violations des droits du travail sont généralisées en Afrique de l’Ouest, où le secteur informel est la principale source d’emploi et où ses travailleurs, des femmes pour la plupart, vivent dans des conditions précaires et sont mal payées, parfois bien en dessous du seuil de pauvreté. Par exemple, au Sénégal, seulement 3,8% des emplois sont dans le secteur formel.
  • 35% de l’économie de l’Afrique de l’Ouest est consacrée à l’agriculture, qui emploie plus de 50% de la main-d’œuvre, des femmes principalement. Malgré cela, la plupart des gouvernements ouest-africains n’ont pas respecté la déclaration de Malabo, où ils se sont engagés à investir 10% de leur budget national dans l’agriculture.

Le rapport, le document méthodologique expliquant comment Oxfam a calculé les chiffres et l’ensemble des données est disponible sur demande.

Les calculs d’Oxfam sont basés sur les sources de données les plus complètes et les plus récentes disponibles.

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