Sahel : Les perspectives de récoltes s’améliorent mais la crise alimentaire est toujours là

L'ONG internationale Oxfam et le principal réseau régional de producteurs, le ROPPA[[Le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l'Afrique de l'Ouest (ROPPA) a formellement été fondé en juillet 2000 à Cotonou. Actuellement il regroupe 13 organisations paysannes nationales membres et des organisations paysannes membres associées.]], accueillent favorablement les conclusions de la réunion du PREGEC (Unité d'Appui à la Prévention et Gestion des Crises Alimentaires dans le Sahel) annonçant des perspectives de récoltes améliorées dans la région du Sahel.
Cependant, ces organisations rappellent aux gouvernements et à l'ONU que la crise est loin d'être terminée et qu'une augmentation de l'aide est encore nécessaire pour aider les agriculteurs et les éleveurs à surmonter le triple défi des sécheresses récurrentes, de la pauvreté persistante et de l'instabilité socio-politique.

« Les prévisions de meilleures récoltes sont encourageantes, mais les gouvernements, l'ONU et les organisations humanitaires ne devraient pas voir cela comme une excuse pour lever le pied. La crise alimentaire qui affecte des millions de personnes est loin d'être terminée. Les prix des denrées alimentaires restent extrêmement élevés, les moyens de subsistance et les revenus ont été épuisés et des millions de personnes vont avoir encore besoin de soutien pour se rétablir. Il serait inconscient de se retirer dès les premiers signes d'amélioration. Les progrès acquis grâce à l'aide des derniers mois en seraient fortement fragilisés, tout autant que la capacité des populations à se relever et à se construire un avenir« , explique Al Hassan Cissé, Coordinateur régional sécurité alimentaire d'Oxfam en Afrique de l'Ouest.

Pour éviter que la prochaine sécheresse ne se transforme en une urgence humanitaire, estiment Oxfam et le ROPPA, il est donc impératif que les bailleurs soutiennent les petits producteurs et investissent dans leurs capacités de production, dans les systèmes de protection sociale ainsi que dans les réserves alimentaires, ce qui permettrait de réagir rapidement aux crises futures et d'aider les communautés à gérer la volatilité des prix alimentaires.

Alors que les perspectives pour la récolte de 2012 semblent être au-dessus de la moyenne et laissent espérer une amélioration de la situation, certaines zones rencontrent toujours des difficultés. Dans le Nord du Mali par exemple, la production de riz pourrait baisser de 30% par rapport à une année normale et la moitié de tout le cheptel pourrait être perdue dans certaines régions et ceci du fait de l'insécurité qui limite les mouvements.

« Si de nombreux agriculteurs pensent que la situation va s'améliorer, beaucoup d'autres n'ont pas réussi à semer cette année ou ont vu leurs récoltes en partie détruites par les inondations. Pour sortir de cette crise, les agriculteurs ont besoin de semences, d'outils et d'engrais qui les aident à préparer la prochaine saison. Ils ont également besoin de soutien pour augmenter les rendements dans les années à venir. » déclare Djibo Bagna, Président du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l'Afrique de l'Ouest (ROPPA).

Bien que les précipitations aient été bonnes dans plusieurs régions, certaines zones du Tchad, du Niger et du Sénégal ont souffert du manque de pluies. Dans d'autres endroits, comme dans l'Est du Tchad, de fortes inondations ont entrainé la destruction de milliers d'hectares de terres cultivées.

En outre, beaucoup d'agriculteurs n'ont pas pu profiter des pluies abondantes des dernières semaines en raison de la crise alimentaire actuelle. Seuls 24% de l'aide d'urgence pour l'agriculture ont été financés et les organisations humanitaires n'ont été de en mesure de fournir les semences, outils et engrais nécessaires qu'à la moitié des 9,9 millions des personnes vulnérables ciblées.

Les prix des denrées alimentaires sont toujours élevés dans la région. En août, le prix du mil était 62% plus élevé que la moyenne des cinq dernières années au Niger et 73% plus élevé au Burkina Faso. Au Mali, il était 96% plus élevé qu'au cours des quatre dernières années.

La menace d'une invasion de criquets pélerins pèse toujours, en particulier au Niger et au Mali notamment entre mi-septembre et le mois d'octobre, au moment où les essaims pourront se former, migrer et menacer les récoltes.

Enfin, l'instabilité persistante au Mali et la tension accrue sur les personnes déplacées et les communautés d'accueil créent inévitablement de nouveaux défis et besoins.

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Mathilde Magnier / +33 1 77 365 76 00 / mmagnier@oxfamfrance.org

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Photo : Pablo Tosco/Oxfam
Fatimata Yameogo, 56 ans. Communauté de Tougouri, Province de Namentenga au Burkina Faso.
La région de Namentenga a été durement touchée par des inondations en 2010. Oxfam a commencé à travailler en 2011 avec les communautés affectées pour les aider à retrouver leurs moyens de subsistance.
En 2012, beaucoup des zones inondées en 2010 ont souffert de la sécheresse, ce qui a à nouveau fragilisé les communautés locales.

Notes aux rédactions

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