Santé privée … privés de santé !

{{Les systèmes de santé privés dans les pays pauvres sont inefficaces}}

De nombreux pays donateurs, y compris la France, font la promotion dans les pays pauvres des programmes de santé privés. Oxfam International publie aujourd’hui un rapport, « Optimisme aveugle : une remise en question des mythes concernant les soins de santé privés dans les pays pauvres », qui affirme que les systèmes de santé privés sont souvent inefficaces et mettent en péril les vies des populations pauvres.

Le rapport d’Oxfam International analyse les systèmes de santé de nombreux pays en développement et évalue les principaux arguments en faveur de soins de santé privés (meilleurs résultats à moindre coût, réduction des inégalités, responsabilisation…). Il conclut que, contrairement à ce qui est prôné actuellement par les bailleurs de fonds internationaux, la promotion du secteur privé n’est pas la panacée pour construire des systèmes de santé de qualité, accessibles à tous. Au lieu de promouvoir les systèmes de santé privés, il est nécessaire de renforcer les capacités des états du Sud à promouvoir des soins de santé publique et gratuits, seul moyen efficace pour sauver des millions de vies dans le monde.

Avec des investissements publics inadaptés, une gestion souvent déplorable des finances publiques, un soutien insuffisant de la communauté internationale et une promotion du secteur privé à tous crins, les systèmes de santé se sont écroulés dans les pays en développement. Les gouvernements de ces pays et la communauté internationale doivent les reconstruire.

« Après des années de désinvestissement, sous l’influence des bailleurs de fonds internationaux, les services de santé publique dans les pays pauvres sont délabrés En Afrique subsaharienne, l’espérance de vie des adultes ou le nombre d’accouchements assistés par du personnel qualifié ont reculé au cours des dix dernières années » déclare Sébastien Fourmy, d’Oxfam France.

« La réforme des systèmes de santé est aujourd’hui au cœur de l’aide au développement. La promotion du secteur privé par des organisations internationales telle que la Banque mondiale, soutenue par la France, doit être remise en cause ».

L’étude d’Oxfam démontre que plus un gouvernement investit massivement dans les services de santé, plus les taux de mortalité baissent.

« Grâce aux dépenses publiques de santé en augmentation au Sri Lanka par exemple, les Sri lankaises peuvent désormais espérer vivre aussi longtemps que les Allemandes malgré des revenus dix fois moins importants. Pour l’avenir des populations pauvres, seul le développement de systèmes de santé publics forts peut garantir l’accès du plus grand nombre aux services essentiels de santé, et ainsi améliorer sensiblement l’espérance de vie de pays entiers » explique Anna Marriott, auteure du rapport.

Oxfam France rappelle également que le gouvernement français n’a toujours pas validé sa nouvelle stratégie de coopération en matière de santé 2007 – 2012. « Les priorités sectorielles et géographiques de l’aide française ne sont pas claires. Aujourd’hui le gouvernement français se contente de souscrire à la stratégie que promeut la Banque mondiale en matière de santé. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, doit rompre avec cette position et appuyer une politique de coopération qui fait du renforcement des systèmes de santé publics et de la formation des personnels de santé la première des priorités » conclut Sébastien Fourmy.

Notes

Un récent rapport de la Société financière internationale (SFI), la section de la Banque mondiale dédiée à l’investissement privé, affirme que plus de la moitié des soins de santé en Afrique sont assurés par le secteur privé. En fait, suivant l’analyse qu’elle a fait des données utilisées par la SFI, Oxfam a établi que les petites boutiques qui vendent des médicaments dont la qualité est inconnue représentent près de 40% de cette offre privée.

Oxfam a également constaté que la Banque mondiale profitait de sa position incontestée dans le monde pour promouvoir un système de santé privé et ce malgré un manque évident de faits concrets. Dans le même temps, la branche privée de la Banque mondiale, la Société financière internationale (International Finance Corporation ou IFC) a récemment annoncé son intention de mobiliser un milliard de dollars pour financer le développement du secteur de santé privé en Afrique. De nombreux autres donateurs et organisations influentes ont également augmenté leur soutien à des projets de santé portés par des acteurs privés. L’agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), le département pour le développement international au Royaume-Uni (DFID) ainsi que la Banque asiatique de développement ont suivi l’exemple de la Banque mondiale et dépensé des millions de dollars destinés à financer des programmes d’aide internationale en passant des contrats avec des partenaires privés.

Le Liban possède un des systèmes de santé les plus privatisés des pays en développement. Il consacre aux soins de santé plus de deux fois ce que dépense le Sri Lanka, mais sa mortalité infantile et maternelle est plus élevée (respectivement 2,5 fois et 3 fois plus élevée).

Au Chili, le secteur privé a envahi le système de santé et le pays connaît par conséquent l’un des taux de naissance par césarienne les plus élevés et plus coûteux au monde alors que cette intervention n’est pas toujours nécessaire.

En Chine, la commercialisation des soins de santé a conduit à une diminution de moitié des vaccinations dans les cinq ans qui ont suivi les réformes. Les taux de prévalence de la tuberculose (TB), de la rougeole et de la poliomyélite sont désormais en hausse et pourraient coûter des millions à l’économie, que ce soit en perte de productivité ou en traitements infructueux.

Au Lesotho, 37% seulement des infections sexuellement transmissibles ont été traitées correctement par des prestataires privés sous contrat tandis que, respectivement, 57% et 96% l’étaient dans les « grands » et « petits » établissements de santé publique.

Aucun pays d’Asie à faibles ou moyens revenus n’est parvenu à proposer un accès universel ou quasi universel aux soins de santé sans compter uniquement, ou principalement, sur une offre de services publics financée par les impôts. L’augmentation de l’offre publique a entraîné d’énormes progrès en dépit de la faiblesse des revenus. Une femme du Sri Lanka, par exemple, peut s’attendre aujourd’hui à vivre aussi longtemps qu’une femme allemande, malgré un revenu dix fois inférieur. Si elle enfante, elle a 96% de chances d’être assistée par du personnel de santé qualifié.

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