Sommet de la FAO : une occasion manquée contre la crise alimentaire

Le sommet mondial de l’alimentation se clôture aujourd’hui sur un bilan décevant compte-tenu des enjeux pour le milliard de personnes qui souffre de la faim dans le monde, selon Oxfam France.

« Aujourd’hui, des millions de petits agriculteurs dans les pays du Sud font face à trois défis majeurs : la crise économique et financière, la crise climatique et la crise alimentaire, plus meurtrière que jamais. Trois crises étroitement liées qui doivent faire l’objet de la plus grande attention de la part des dirigeants politiques mondiaux. L’absence des dirigeants du G8, mis à part l’Italie, pays hôte du sommet, temoigne du fait que la lutte contre la faim n’est toujours pas une priorité pour les pays les plus riches » regrette Jean-Denis Crola d’Oxfam France.

Le sommet a cependant permis une importante avancée dans la gouvernance mondiale en confirmant le Comité de la sécurité alimentaire mondiale comme principal pilier politique, responsable de la mise en cohérence des politiques et de la coordination des interventions en faveur de la sécurité alimentaire. Cette avancée politique est cruciale car elle devrait permettre d’en finir avec l’éclatement des décisions politiques sur la sécurité alimentaire entre la FAO, la Banque mondiale et l’OMC.

Mais l’instauration d’un tel Comité de pilotage politique n’a de sens que si des moyens financiers adéquats sont débloqués. Or, sur ce point la déclaration finale du sommet est extrêmement décevante. Elle recycle des promesses vieilles de plusieurs mois, voire de plusieurs années, sur l’augmentation de l’aide publique au développement et la diminution de moitié des personnes souffrant de la faim dans le monde d’ici à 2015, mais sans aucun objectif concret.

Oxfam France regrette que la déclaration finale ne permette pas de détailler les étapes à suivre pour que les pays respectent leurs engagements.

« Il est nécessaire que les Etats s’engagent à créer un mécanisme de suivi des engagements, pour contraindre les pays donateurs à plus de transparence. Ce sommet était une opportunité pour aller plus loin et transcrire les engagements généraux en objectifs par pays avec des plans d’actions chiffrés et clairement définis dans le temps. C’est une opportunité manquée : chaque jour, 24 000 personnes continueront de mourir des conséquences de la faim » ajoute Jean-Denis Crola.
Représentant la France au sommet, Bruno Le Maire a rappelé la détermination de Nicolas Sarkozy à lutter contre la faim, et a pris position en faveur d’une déclaration plus avancée. Lors d’une conférence de presse commune avec le Ministre brésilien du développement agricole, M. Le Maire a souligné la nécessité pour les pays du G8 de mettre en œuvre leurs promesses et à décaisser l’argent promis lors du G8 en juillet dernier, assurant que la France respecterait son engagement de consacrer 1,5 millions d’euros à la sécurité alimentaire dans les trois prochaines années.

« Mais Bruno le Maire oublie de préciser que le 1,5 milliard promis par la France ne représentent que les dépenses actuelles de la France dans le secteur rural de l’ensemble des pays en développement, sans un centime d’argent frais. Si la France veut être crédible, il est nécessaire qu’elle donne l’exemple » souligne Jean-Denis Crola.
Dans la déclaration finale endossée par la France, les pays riches s’engagent à porter leur APD à 0,5% de leur PIB en 2010, alors même que le vote du budget à l’Assemblée nationale il y a quelques jours a confirmé un niveau attendu de seulement 0,44% de son PIB. « La France prend dans les enceintes internationales des objectifs qu'elle ne se donne pas les moyens d'atteindre.»

Note :

Deux rapports ont été lancés par Oxfam International à l'occasion du sommet de la FAO.

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