Un an après la Conférence de Rome, la crise alimentaire se poursuit

Du 3 au 5 juin 2008, alors que des « émeutes de la faim » avaient déjà éclaté dans plusieurs dizaines de pays, le sommet de la FAO réunissait à Rome 181 pays avec pour objectif d’apporter des solutions durables à la crise alimentaire.

Un an plus tard, la situation n’a fait qu’empirer. Pourtant, les réunions de haut niveau sur l’agriculture et la sécurité alimentaire se sont succédées… avec le même constat : l’agriculture est la grande oubliée des stratégies de développement. 75% de la population pauvre dans le monde vit en milieu rural et survit grâce à une agriculture familiale. Or cette dernière n’a pas bénéficié des investissements nécessaires pour sortir ces populations de la pauvreté et si les prix des denrées alimentaires sont retombés fin 2008, ils restent largement au-dessus de la moyenne des dernières années.

« Avec les changements climatiques, la crise de l’énergie, la raréfaction de l’eau ou encore la spéculation sur les produits agricoles, la pression sur l’agriculture mondiale s’intensifie. La multiplication des achats de terres arables par des pays émergents, en particulier dans les pays du Sud, complexifie encore plus la situation. Aujourd’hui, près d’un milliard de personnes souffre de la faim et tout indique que cette tendance ne s’inversera pas en 2009. Au final, si rien n’est fait immédiatement, les populations les plus pauvres seront une fois de plus perdantes » affirme Jean-Denis Crola, d’Oxfam France.

Les politiques commerciales internationales, avec la libéralisation à marche forcée des économies des pays du Sud, et le manque d’investissement dans le secteur agricole, sont au cœur du problème. Les pays riches demeurent particulièrement passifs face à cette situation. Depuis le sommet de la FAO, 22 milliards de dollars ont été annoncés pour investir dans l’agriculture et trouver des réponses durables à la crise structurelle qui affecte les pays en développement mais en dépit de l’urgence, ces engagements tardent à être mis en œuvre sur le terrain. Selon la FAO, seuls 10% des montants annoncés avaient effectivement été délivrés en janvier dernier, principalement sous forme d’aides alimentaires d’urgence.

A Rome, Nicolas Sarkozy avait qualifié « d’erreur stratégique historique » le désintéressement de l’aide de la communauté internationale en faveur de l’agriculture, notamment familiale et vivrière, et annoncé que la France consacrerait un milliard d’euros dans les cinq prochaines années pour l’agriculture en Afrique sub-saharienne.

« Malgré les promesses de Nicolas Sarkozy, aucune augmentation de l’aide à l’agriculture en Afrique Sub-saharienne n’est prévue dans les années à venir. La crise alimentaire a été éclipsée par la crise financière et économique alors qu’elle est l’un des principaux facteurs d’instabilité internationale dans les prochaines années. Il est indispensable que les pays réunis au G8 en juillet prochain produisent une déclaration finale approfondie sur la sécurité alimentaire, le développement agricole durable et la lutte contre la pauvreté, spécialement en Afrique » ajoute Jean-Denis Crola.

Les chiffres du programme alimentaire mondial (PAM) démontrent que le nombre d’urgences alimentaires a doublé durant les 20 dernières années, passant d’une moyenne de 15 par an pendant les années 1980 à plus de 30 par an depuis le début des années 2000.

Notes

– 181 pays étaient représentés au Sommet de l’alimentation de la FAO – 43 représentés par leur chef d’Etat ou de gouvernement et 100 au niveau ministériel. 60 ONG et organisations de la société civile étaient présentes. Au total, on a compté 5 159 personnes dont 1 298 journalistes, photographes, cameramen et techniciens de télévision.

– L’aide à l’agriculture diminue depuis 1985 : la part de l'aide à l'agriculture est tombée de 17% au début des années 1980 à 8% à la fin des années 1990.

– Selon la Banque mondiale en 2007, alors que 75 % de la population pauvre mondiale vit dans les espaces ruraux, seulement 4 % de l'aide publique au développement va à l'agriculture dans les pays en développement.

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