« Éduquer une fille, c’est éduquer toute la communauté »

Kadiatou est une jeune activiste nigérienne. Elle se bat pour les droits de femmes et lutte contre les traditions qui limitent l’émancipation de ses consœurs.

Kadiatou vient d’une famille royale où les femmes sont initiées à ne pas sortir du cadre traditionnel. Les femmes y ont un rôle bien déterminé. « Petite je voyais les femmes souffrir en silence, moi je n’acceptais pas de me taire. Ma famille me voyait comme une rebelle. C’était très dur, surtout avec mes parents. J’étais prête à tous les sacrifices, à force de persévérance, lassés, ils ont fini par accepter. Maintenant ils sont fiers de moi. »

Kadiatou est étudiante. Elle est aussi déléguée générale de la délégation des affaires féminines de l’Union des Etudiants Nigériens de l’Université de Niamey (UENUN), membre de COMDEF (Communication pour le développement) et du Conseil National de la Jeunesse du Niger.

Crédit photo : Oxfam / Sylvain Cherkaoui

Pour Kadiatou, l’éducation est la clé contre les violences dont souffre le pays. Pour ça elle mène des actions de sensibilisation dans les zones rurales de la région de Dosso. « On a beaucoup travaillé avec les parents, on a vu une évolution significative, maintenant il y a plus de filles que de garçons à l’école. Eduquer une fille c’est éduquer toute la communauté! »

Kadiatou est aussi impliquée dans la sensibilisation sur le planning familial, sujet tabou au Niger. « Être une femme au Niger, c’est se marier et avoir des enfants. Dans la région de Tillaberi on a fait une caravane avec le théâtre participatif pour sensibiliser les populations sur ces sujets de santé de la reproduction. On travaille aussi avec des jeunes leaders religieux qui nous appuient. »

« Il faut dépasser nos pratiques anciennes, les femmes et les jeunes ne sont pas que vulnérables, on a aussi un potentiel. »

Kadiatou, super héroïne du Sahel

« Éduquer une fille, c’est éduquer toute la communauté »

Les femmes dans les sociétés sahéliennes

Au Sahel, les femmes et les filles ont un accès limité aux ressources et aux espaces de prise de décision qu’il s’agisse de la vie publique, économique et politique ou parfois de la sphère privée. Normes sociales, croyances, attitudes, pratiques et lois discriminatoires sont la cause d’importantes inégalités différenciées et de la vulnérabilité des femmes sahéliennes.

Les femmes sont insuffisamment protégées contre les violences qui leur sont faites. L’absence de législation sur les violences domestiques légitime trop souvent les pratiques. Les mutilations génitales féminines sont criminalisées mais les lois sont souvent peu appliquées. Au Mali, 9 femmes sur 10 en ont été victimes. Enfin les femmes et les filles sahéliennes ont peu de pouvoir sur leurs corps et leurs choix reproductifs. Selon l’organisation Equilibre et Population, l’utilisation des méthodes contraceptives modernes ne concerne qu’entre 13% et 23% de l’ensemble des femmes âgées de 15 à 49 ans selon les pays et le taux de prévalence est encore plus faible chez les 15-19 ans.

Or l’accès à des services de santé sexuelle et reproductive est essentiel pour rendre les femmes autonomes et leur permettre de choisir si et quand avoir un enfant. Cela influe à son tour considérablement sur les opportunités économiques des femmes.