« Je prêche avec ma caméra, je veux faire changer les mentalités »

Aicha est une jeune activiste nigérienne. Sociologue de formation, elle réalise des documentaires pour sensibiliser sur les droits des femmes.

Sa force et son inspiration viennent de la première épouse de son père, sa mère étant décédée quand elle avait 5 ans. « Elle m’aidait à mémoriser les cours alors qu’elle ne savait pas lire. Elle me faisait répéter quand je buttais sur les mots. Je m’en suis rendue compte quand j’étais en CE2. Elle m’a confié alors qu’elle regrettait de ne pas être allée à l’école. C’est avec cette femme que j’ai compris la force de la femme. »

Très jeune déjà, elle s’engageait. « J’étais la porte-parole des élèves de ma région. J’ai aussi été désignée la cantatrice d’un hymne pour la région de Zinder. Au lycée je tenais un blog et je faisais du théâtre. » Elle se souvient : « en CM2, une camarade s’est mariée. Elle était brillante à l’école mais est devenue mère. C’est une chance que mes parents m’aient permis de continuer mes études. »

Elle commence une carrière en sociologie puis bascule dans le documentaire. « En tant que chercheuse en sociologie, je n’arrivais pas atteindre les populations que je décrivais. Le documentaire en langue locale me permet d’entrer dans tous les foyers. »

Crédit photo : Oxfam / Sylvain Cherkaoui

Elle veut libérer la parole des femmes avec ses films. « Je prêche avec ma caméra, je veux faire changer les mentalités. En tant que femme, je nage à contre-courant mais je crois en mon combat. La caméra est une arme. Ça atteint plus de gens. »

« Dans mes films je traite des sujets tels que le planning familial ou l’infertilité. J’utilise la sociologie. Je traite des sujets avec toute la pudeur possible pour ne pas choquer. »

« Les filles, battez-vous pour aller à l’école et celles qui n’ont pas eu cette chance, vous êtes capables de vous débrouiller avec les dix doigts de vos mains pour être autonome! »

Aicha, super héroïne du Sahel

« Je prêche avec ma caméra, je veux faire changer les mentalités. »

Politiques sociales et réduction des inégalités au Sahel

Les politiques publiques d’éducation, de santé et de protection sociale profitent à tous, mais elles bénéficient encore plus aux populations pauvres et parmi elles aux femmes, qui n’ont plus à financer ces services à partir de leurs revenus déjà très faibles ni à les substituer avec leurs services de soin non rémunérés. Pourtant si ces services publics sont essentiels, l’accès y demeure très inégal, entre riches et pauvres, urbains et ruraux, hommes et femmes, limitant les perspectives d’avenir d’une grande partie de la population.

Les États africains se sont engagés à consacrer des parts importantes de leurs budgets à l’éducation (20% de leur budget et 6% de leur PIB) et à la santé (15% de leurs budgets et 5% de leur PIB). Ils ont fait d’importants progrès pour donner accès globalement à ces services à une population grandissante, mais les efforts budgétaires sont encore loin du compte.

Quatre des pays sahéliens sont proches de consacrer 20% de leurs budgets nationaux à l’éducation, le Sénégal ayant même dépassé cet objectif. Mais au-delà des pourcentages, la faiblesse des budgets nationaux et le nombre très important d’enfants à scolariser, suivant une croissance démographique très importante, font peser d’énormes défis sur les systèmes éducatifs. Cela se reflète par exemple dans les budgets consacrés par enfant scolarisé. En 2012 pour l’éducation primaire, seuls le Sénégal et la Mauritanie atteignent le niveau de dépenses par élève considéré comme nécessaire pour offrir une éducation de bonne qualité.